Quelle est la meilleure version de la Symphonie n°82 « L’Ours » de Haydn ?

Emmanuelle Giuliani (La Croix), Christian Merlin (Le Figaro) et Philippe Venturini (Les Echos) élisent la version de référence de la Symphonie n°82 « L’Ours » de Joseph Haydn.

Compte rendu de la Tribune des critiques de disques du 3 mai 2015.

Y aurait-il une façon de ne plus jouer Haydn aujourd’hui ? Peut-être celle de Leonard Bernstein à la tête du New York Philharmonic, une référence de longue date pourtant, sortie dès le premier tour ; dans ce Haydn qui regarde vers le XIXe siècle, le discours se noie dans l’opulence, et outre la virtuosité, il y manquera l’essentiel : le charme.

L’opposé inverse, le voici : Bruno Weill et le Tafelmusik Baroque Orchestra se jettent avec élan dans la symphonie, offrant naturel, questions, relances, bref, tout ce qu’on attend d’une interprétation « historiquement informée » ; or c’est là que le bât blesse, car tout devient si attendu, si lisse, si prévisible finalement, qu’on ne tarde pas à bailler.

« Lisse » est un mot étranger à Nikolaus Harnoncourt, dont le Haydn gronde, éructe, pétarade, agresse… déroute ! Le drame guette en permanence, c’est asséné, bourru, violent, tout sauf tiède. Une direction qui peut fasciner ou au contraire agacer : « quelle absence de goût ! » déplore un tribun. Une version « clivante »… mais surement à connaître.

Antal Dorati et son Philharmonica Hungarica font figure de classique de la discographie. Ils offrent un Ours bon teint, sans lourdeur aucune, soucieux de clarté des plans sonores et de variété dans les humeurs. Mais le menuet tourne à vide, sans la moindre surprise, et la lecture s’avère excessivement sage.

Inattendu dans ce répertoire, Esa-Pekka Salonen opte pour des tempi vifs et une nervosité virevoltante : c’est un peu carré et symétrique, mais quelle tenue, quelle fermeté ! Avec en sus une jubilation qui est l’esprit même de Haydn. Cette course haletante, comme chorégraphiée, divise pourtant, peut-être parce qu’elle laisse de côté toute question philologique…

L’Allemand Thomas Fey dirigeant l’Orchestre Symphonique de Heildeberg est l’oustider de l’écoute. Elève d’Harnoncourt, il en fuit certains excès et se lance dans une lecture savoureuse et survitaminée, faisant jaillir mille détails à la mesure : le discours n’est pas décousu pour autant mais offre ce que la musique de Haydn a de plus jouissif, de plus tendre et de plus imagé. Du théâtre, de la vie, tout y est.

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Palmarès

Symphonie n°82 « L’Ours » de Haydn N°1
Version B
Heidelberger Sinfoniker, dir. Thomas Fey (Hänssler, 2001)

N°2
Version C
Orchestre de chambre de Stockholm, dir. Esa-Pekka Salonen (Sony, 1989)

N°3
Version A
Philharmonica Hungarica, dir. Antal Dorati (Decca, 1971)

N°4
Version E
Concentus Musicus Wien, dir. Nikolaus Harnoncourt (DHM, 2001)

N°5
Version F
Tafelmusik, dir. Bruno Weill (Sony, 1994)

N°6
Version D
New York Philharmonic, dir. Leonard Bernstein (Sony, 1962)

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