Quelle est la meilleure version de la Symphonie n°8 de Dimitri Chostakovitch ?

Bertrand Dermoncourt (Classica), Emmanuelle Giuliani (La Croix) et Xavier Lacavalerie élisent la version de référence de la Huitième Symphonie de Dimitri Chostakovitch.

Compte-rendu de La Tribune des Critiques de disques du 28 juin 2015 (ré)Ecouter

Serviteurs légendaires de Chostakovitch, Kondrachin et son Philharmonique de Moscou sortent dès le premier tour… après quelque hésitation. En effet les discussions sont animées autour de la table, l’un défendant la lecture acérée du chef russe, les deux autres ne trouvant pas, dans cet orchestre chauffé à blanc, la tension qui ne vous relâcherait plus. Injuste ? C’est le jeu !

La manière un peu complaisante d’André Previn de déployer les pupitres du LSO trouve vite ses limites : le réglage est si peaufiné, les crescendos si parfaitement amenés que la nécessité intérieure manque cruellement ; comme si la lecture parodiait l’engagement au lieu de l’éprouver à fond.

Le Concertgebouw d’Amsterdam est une superbe machine orchestrale, et la prise de son restitue merveilleusement les équilibres. Haitink verse dans une noirceur sans excès, mais tout cela manque de théâtralité, d’urgence. Voilà une version euphonique, procurant un plaisir hédoniste : est-ce bien ce que la musique de Chostakovitch réclame ?

Tout coule sans effort sous la baguette de Kurt Sanderling. Avec une économie de moyens et un orchestre intrinsèquement plus limité que les autres, le chef allemand brosse des paysages dévastés dans des tempi lents et habités. La phalange cependant atteint ses limites au milieu de la Symphonie, et le balancier du destin et les cris de douleur sonnent soudain avec trivialité. Dommage.

La vision de Neeme Järvi est saisissante, car la jouissance du son ne va jamais à l’encontre de la force du message - bien au contraire : les cordes s’embrasent, les percussions claquent, les cuivres se déchainent avec un mélange de noblesse et d’héroïsme stupéfiant. Le message de Chostakovitch s’élève à l’universel, on est pris à la gorge.

L’interprétation d’Evgeny Mravinsky, créateur de l’œuvre en 1943, laisse sans voix. Sa Philharmonie de Leningrad, faite de glace pure, semble creuser avec les ongles l’angoisse des cinq mouvements. C’est âpre, rugueux, grinçant, comme un hurlement lancé au ciel. Nul mieux que Mravinsky ne sait animer les grands blocs dissonants de cette marche vers l’absurde, conférer à cette symphonie un expressionnisme poussé à un point pathologique.

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Palmarès

N°1
Version A
Orchestre Philharmonique de Leningrad, dir. Evgeny Mravinsky (Philips, 1982) N°2
Version B
Orchestre National d’Ecosse, dir. Neeme Järvi (Chandos, 1989)

N°3
Version F
Berliner Sinfonie-Orchester, dir. Kurt Sanderling (Berlin Classics, 1976)

N°4
Version D
Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam, dir. Bernard Haitink (Decca, 1982)

N°5
Version C
London Symphony Orchestra, dir. André Previn (EMI, 1973)

N°6
Version E
Orchestre Philharmonique de Moscou, dir. Kirill Kondrashin (Melodiya, 1967)

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