Quelle est la meilleure version de la Symphonie n°2 "Le Double" de Henri Dutilleux ?

Berrand Dermoncourt, Emmanuelle Giuliani et Jean-Charles Hoffelé élisent la version de référence de la 2e Symphonie d'Henri Dutilleux.

Quelle est la meilleure version de la Symphonie n°2 "Le Double" de Henri Dutilleux ?
Henri Dutilleux © Maxppp / Franz Chavaroche

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Compte-rendu

Avec Jukka-Pekka Saraste, on n’est pas loin de frôler le contresens : le Finlandais plaque un geste brutal sur l’orchestration foisonnante de Dutilleux, la prive de ses nuances, de ses respirations, de ses arrière-plans. Quelques couleurs à la Roussel jaillissent de la lecture chatoyante de Plasson : les timbres du Capitole brillent, les traits fusent, mais la dimension terrienne l’emporte – comme s’il manquait l’onirisme, le mystère : autant dire l’essentiel.

Voilà une manière absolument exaltante de faire rugir l’orchestre ! Des grappes d’accords se répandent en autant de phrases vives, piquantes, comme si Yan Pascal Tortelier lançait continuellement la musique en avant. Peut-être cette belle version verse-t-elle trop dans le premier degré, malgré une dimension incantatoire envoûtante.

La phalange de Seattle scintille et s’épanouit dans une prise de son rutilante, avec douze solistes en état de grâce. Chapeau Ludovic Morlot ! La Symphonie évolue dans un univers étrange, hanté dira-t-on : moins de doutes, moins d’interrogations, mais un climat uniment tragique, tendu, monolithique.

A l’opposé, Semyon Bychkov nous plonge dans un bain grisant : les bois crépitent, les violons chantent des phrases pleines de tendresse, petit ensemble et orchestre dialoguent dans une liberté contagieuse, une folie douce s’empare de tous. Voici la version limpide, éloquente, qui rend justice à la palette infinie de Dutilleux.

Une matière inflammable, de la lave en fusion : Charles Munch, créateur de l’œuvre, signe une lecture habitée, angoissée, chargée de mille ambivalences ; urgence et nécessité intérieure caractérisent ce Double, ténébreux et pourtant si humain, organique, joué, comme si leur vie en dépendait, par des musiciens chauffés à vif. Indispensable.

Palmarès

N°1
Version E

Orchestre des Concerts Lamoureux, dir. Charles Münch (Erato, 1967) N°2
Version D

Orchestre de Paris, dir. Semyon Bychkov (Philips, 1992)

N°3
Version F

Seattle Symphony, dir. Ludovic Morlot (SS Media, 2015)

N°4
Version B

BBC Philharmonic, dir. Yan Pascal Tortelier (Chandos, 1992)

N°5
Version A

Orchestre du Capitole de Toulouse, dir. Michel Plasson (EMI, 1998)

N°6
Version C

Toronto Symphony Orchestra, dir. Jukka-Pekka Saraste (Finlandia, 1998)

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