Quelle est la meilleure version de la Sonate n°8 "Pathétique" de Beethoven ?

Sylvain Fort, Elsa Fottorino et Antoine Mignon élisent la version de référence de la Sonate n°8 "Pathétique", de Ludwig van Beethoven.

Quelle est la meilleure version de la Sonate n°8 "Pathétique" de Beethoven ?
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(Ré)écoutez l'émission : La Tribune des critiques de disques du dimanche 23 octobre 2016

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Compte-rendu

Peu de voix s’élèvent pour sauver Alfred Brendel, dont la Pathétique est jugée appliquée, sans envergure, ennuyeuse. Beaucoup trop d’artifices en réalité, dans ce Beethoven qui devrait couler de source. Une plongée en apnée, une urgence haletante, mais trop d’uniformité, et pas de place pour les nuances, les surprises et les changements d’éclairages : Emil Gilels donne une Pathétique tout d’un bloc, qui déroute et déplait par ses sonorités minérales ou métalliques, c’est selon.

Et si Maria João Pires tentait une Sonate “anti-Pathétique”? D’un jeu perlé et élégant, que d’aucuns jugent mat et mécanique, Pires ancre Beethoven dans le classicisme mozartien, lui refuse l’ardeur et la colère pour mieux l’arrondir. Pourtant dès l’Adagio du second mouvement, la coupe est pleine pour les trois critiques, qui rejettent catégoriquement l’option.

Le Grave du premier mouvement tout comme l’intrépide Allegro bénéficient de la pâte quasi orchestrale de Bruno-Leonardo Gelber, incroyablement engagé et vivant. Avec lyrisme, l’Argentin se lance dans une narration qui nous emmène et nous tient en haleine. Si l’Adagio ne convainc pas tout le monde, le Rondo final offre une démonstration de grand piano romantique : mais ne serait-ce pas au détriment des arrière-plans ?

Voici Beethoven mis à nu, sa puissance sombre exposée à travers un jeu noir et chargé : Claudio Arrau a ce ton très personnel qui vous fait basculer à la première mesure. Tragique et pris sur un tempo très lent, l’Adagio est crépusculaire, chargé du poids de l’humanité, quand le Rondo révèle l’épaisseur métaphysique d’une Pathétique qui devient un combat avec le démon. Une quasi première place pour le maitre.

L’accord initial tétanise, et tout au long de la Sonate, force et équilibre stupéfient : quelle autorité que celle de Stephen Kovacevich ! L’Adagio allie naturel et pudeur, et le Rondo conclut puissamment le discours. Mais au delà des qualités digitales, chaque silence est habité, rempli. Kovacevich nous immerge dans un Beethoven brillant, souverain, sculpté dans un marbre des plus rares.

Palmarès

N°1
Version C

Stephen Kovacevich (Warner, 1997)

Version C-500
Version C-500

N°2
Version F

Claudio Arrau (Decca, 1963)

Version F-500
Version F-500

N°3
Version B

Bruno-Leonardo Gelber (Denon, 1987)

Version B-500
Version B-500

N°4
Version E

Maria João Pires (Erato, 1979)

Version E-500
Version E-500

N°5
Version A

Emil Gilels (DG, 1980)

Version A-500
Version A-500

N°6
Version D

Alfred Brendel (Decca, 1994)

Version D-500
Version D-500

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