Quelle est la meilleure version de la Sonate n°23 « Appassionata » de Beethoven ?

Avec la participation Elsa Fottorino, (Pianiste) Christian Merlin (Le Figaro), Antoine Mignon (Classica).

Quelle est la meilleure version de la Sonate n°23 « Appassionata » de Beethoven ?
Ludwig Van Beethoven Compositeur et pianiste allemand (Bonn, 1770 - Vienne, 1827)

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Compte rendu

Aucun mystère… ou si peu. La lecture d’Alfred Brendel laisse songeur. Hautement pensée à coup sur, elle pâtit d’une réalisation approximative, où les contrastes sont comme lissés, sans la moindre surprise. Etrange.

C’est un instrument flamboyant que Daniel Barenboim prend à bras le corps, obtenant dans le premier mouvement un bel équilibre entre les décharges explosives et une émotion à fleur de peau mais le second mouvement s’enlise immédiatement dans le statisme.

Bienvenue au spectacle ! Chez Bruno-Leonardo Gelber, l’Allegro initial est outrancier, avec un jeu à la limite de l’expressionnisme le clavier claque, les sons agressent – on en ressort irrité mais avec l’envie d’en savoir plus. Contemplatif, le second mouvement hypnotise, tandis qu’un irrépressible vent de folie souffle sur le troisième. Electrisant, décidément, mais n’est-ce pas trop quand même ? Une vision disputée, classée sur la seconde marche par un tribun.

Du récit, du drame, un sens du discours puissamment affirmé, et pour couronner le tout, une superbe sonorité : Stephen Kovacevich connaît son Beethoven, tendre ici, rageur là, soignant comme peu d’autres les dynamiques, dans un mouvement lent constamment mouvant. Quel dommage alors que le final soit si confus, voire laborieux sur le plan technique ! Des limites inattendues chez ce maitre.

Apre débat pour la première place. Maurizio Pollini se distingue par un respect scrupuleux du texte graves veloutés et aigus cristallins se coulent dans une architecture admirablement maitrisée, fluide, éloquente… évidente : le Beethoven à recommander en première écoute. Mais ne manquerait-il pas à ce coloriste un soupçon de tension, d’urgence ? De là à parler de neutralité…

Largement plébiscité par le public, Emil Gilels s’impose du début à la fin, d’une constance aveuglante tout au long de la Sonate. Assez lent, son Allegro du premier mouvement renferme une douleur intérieure, le mouvement lent déploie une noblesse souveraine – une simplicité naturelle qu’un tribun juge trop scolaire – et le troisième emporte tout, avec une perfection digitale qui n’a d’égale que le maintien intellectuel. Si le toucher n’a pas le charme des versions précédentes, Gilels affirme la rage et la fièvre de l’Appassionata avec une force sans concession et une volonté implacable. Chapeau bas.

Palmarès

N°1
Version E
Emil Gilels (DG, 1974)

N°2
Version F
Maurizio Pollini (DG, 2002)

N°3
Version C
Stephen Kovacevich (EMI, 1999)

N°4
Version D
Bruno Leonardo Gelber (Denon, 1988)

N°5
Version B
Daniel Barenboim (DG, 1981)

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