Quelle est la meilleure version de la Sonate n°2 "Funèbre" de Frédéric Chopin ?

Elsa Fottorino, Stéphane Friédérich et Piotr Kaminski élisent la version de référence de la Sonate n°2 op.35 "Funèbre" de Frédéric Chopin.

Quelle est la meilleure version de la Sonate n°2 "Funèbre" de Frédéric Chopin ?
Frédéric Chopin ©Wodzinska (1835)

Seuls ont été pris en compte les enregistrements des 40 dernières années.

►(ré)Ecouter l'émission

Participez

Votez ci-dessous pour votre version préférée
laissez vos commentaires et tentez de gagner le disque France Musique de la semaine.

Compte-rendu

L’excès de rubato n’explique pas tout : Ivan Moravec se montre impatient, énervé, et dans sa volonté d’en découdre avec la Sonate Funèbre, ne va pas jusqu’au bout du son ; oui, ce superbe piano chante, mais se révèle bien frustrant. Nikita Magaloff déploie une belle amplitude sonore : c’est un Chopin classique, mais un poil ronflant dans son énoncé. La Marche Funèbre déçoit par son manque de dynamiques et son déficit d’émotions. On reste sur sa faim.

Naturel et sobriété caractérisent le Chopin de Maurizio Pollini, dont la Sonate est un modèle d’équilibre. Mais une certaine distance s’instaure à la longue, voire une monochromie, qui sera fatale au troisième mouvement, surtout bien fait et prosaïque.

Tout l’orchestre, Kissin vous l’offre sur un plateau : sa conception grandiose convoque des orgues dans les basses, des trompettes dans l’aigu. Virils, haletants, les deux premiers mouvements laissent la place à un troisième, symphonique, pensé pour une cathédrale, magnifiquement construit au demeurant, avec son pathos assumé. Le Finale, perdu dans les brumes, inquiète.

Se rire de la mort, multiplier les saillies sardoniques à une allure qui défie l’entendement : le cérébral Ivo Pogorelich ose tout mais captive de bout en bout. C’est violent, concentré, fascinant jusqu’au hors-sujet. Telle une scène de cinéma, la Marche Funèbre offre une succession d’instantanés, quand le final lorgne sur Scarbo de Ravel. Secousses garanties.

Capté en concert, Grigory Sokolov prend de sacrés risques, mais trouve, dans un respect absolu du texte, matière à une narration flamboyante. La Marche Funèbre, portée par un rare sens du crescendo, sonne le glas, tendue, urgente, sans jamais verser dans le mélodrame. Et le Finale, servi par cette même maîtrise digitale et une imagination dramatique grisante, s’impose comme une évidence. Chapeau bas.

Palmarès

N°1
Version D

Grigory Sokolov (Naïve, 1992) N°2
Version F

Ivo Pogorelich (DG, 1981)

N°3
Version A

Evgeny Kissin (RCA, 1999)

N°4
Version C

Maurizio Pollini (DG, 1984)

N°5
Version E

Nikita Magaloff (Philips, 1978)

N°6
Version B

Ivan Moravec (Vox, 2002)

Sur le même thème