Quelle est la meilleure version de la Sonate n°14 "Clair de Lune" de Beethoven ?

Sylvain Fort, Christian Merlin et Antoine Mignon élisent la version de référence de la Sonate n°14 "Clair de Lune" de Ludwig van Beethoven.

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Compte-rendu

Certes, ses Beethoven ont toujours fait autorité, mais la Clair de Lune n’est pas le point fort d’Emil Gilels, qui ne passe pas le premier tour : que d’artifices, de lignes brisées, d’effets de rubato appuyés ! Trop de surprises tuent la surprise : on cherche en vain toute forme de simplicité, on a le mal de mer. Autre monstre sacré beethovenien, Wilhelm Kempff a mal vieilli : le premier mouvement privilégie le chant mais néglige le mystère et la profondeur de l’harmonie, tandis que l’Allegretto du second laisse perplexe, lourd et sans saveur. Ennuyeux.

A Stephen Kovacevich, il ne manque rien… sauf peut-être l’essentiel. Ce Beethoven littéral, servi par d’impressionnants moyens digitaux, émane bien sur d’un piano magnifique, mais le musicien est tellement démonstratif qu’il frôle le pilotage automatique. Où sont la poésie, le chant, la fièvre intérieure ?

Le premier mouvement énoncé par Claudio Arrau prend son temps, marmoréen, tenu, retenu même. Mais derrière ce tempo imperturbable s’élève une déclaration d’une rare pudeur, miraculeuse de fluidité. Qu’importe si l’Allegretto frôle l’expérimental, car le troisième mouvement, dans sa folie conceptualisée, est d’une noblesse altière.

Voici Alfred Brendel à son meilleur. Derrière un discours narratif très imagé, le maitre fait preuve d’une rigueur toute classique, jamais sèche cependant. Le climat est inquiet, interrogatif, avec des dialogues pleins de sous-entendus. Joué sans pédale, son Presto Agitato est coupant, implacable – certains lui reprocheront l’absence de démesure qu’on est en droit d’y attendre.

La Sonate Clair de Lune dans toute sa plénitude : Bruno-Leonardo Gelber trouve le ton, le timbre, la conduite et l’intention de chaque note, sans jamais se complaire. Hypnotique, l’Adagio Sostenuto laisse le souffle coupé, l’Allegretto est malicieux, et le mouvement final s’incarne avec une chair et une puissance fulgurante. La version de l’ile déserte.

Palmarès

N°1
Version D

Bruno-Leonardo Gelber (Denon, 1987) N°2
Version E

Alfred Brendel (Vox, 1962)

N°3
Version A

Claudio Arrau (Philips, 1962)

N°4
Version F

Stephen Kovacevich (Warner, 1999)

N°5
Version B

Wilhelm Kempff (DG, 1965)

N°6
Version C

Emil Gilels (DG, 1980)

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