Quelle est la meilleure version de la "Sonate à Kreutzer" de Beethoven ?

Jérôme Bastianelli, Jean-Charles Hoffelé et Antoine Mignon élisent la version de référence de la "Sonate à Kreutzer" de Ludwig van Beethoven.

Quelle est la meilleure version de la "Sonate à Kreutzer" de Beethoven ?
Sonate à Kreutzer, peinture de René-Xavier Prinet (détail)

(ré)écouter l'émission : La Tribune des critiques de disques du dimanche 08 octobre 2017.

participez:

Votez ci-dessous pour votre version préférée.
Laissez un commentaire et tentez de gagner le disque France Musique de la semaine.

compte-rendu:

Dans l’un de ses tout derniers concerts, le légendaire Nathan Milstein se jette à corps perdu dans un Beethoven rugissant, face au piano nerveux de Georges Pludermacher : un style et une manière de faire un peu désordonnés mais non dénués d’émotion.

Est-ce ainsi qu’on appréhendait Beethoven il y a 60 ans ? La Sonate à Kreutzer selon Arthur Rubinstein et Henryk Szeryng, violon un poil acide, baigne dans une jolie intimité, mais le ton, trop voulu, trop linéaire, tout comme le déficit de couleurs lui impriment un ennui tenace.

Voilà un grand classique de la discographie beethovénienne. Tension, abandon et noirceur caractérisent la Kreutzer du duo Perlman / Ashkenazy. Au premier mouvement, empli de gravité voire de brutalité, succède un Andante con variazioni assez forcé et qui passionnera moins, en dépit de deux instrumentistes de rêve.

Difficile de départager le trio de tête. La lecture théâtrale et imaginative d’Augustin Dumay prend légèrement le pas sur le piano plus feutré de Maria João Pires : le virtuose déploie une atmosphère passionnée, un chant souverain, sans perdre de vue l’urgence et la folie. Quelle vie dans le I, quelle tendresse dans le II ! A peine relèvera-t-on ça et là une tendance à lisser le discours.

Energie, élégance, densité du propos : Isabelle Faust et Alexander Melnikov tracent un Beethoven à la pointe sèche, au charme ravageur. Des murmures, des éclairs, des emportements, une grâce quasi schubertienne dans le final, et, surtout, une lecture continuellement complice et convergente. Du grand art.

Lorenzo Gatto et Julien Libeer captent tout des méandres beethoveniens et livrent, dans une symbiose rêvée, une version confondante de naturel : tout coule avec simplicité, mariage de fièvre et de sobriété, de classicisme et d’effervescence, de fantaisie et de nostalgie (ah les délices du II !), révélant toutes les surprises et les aspérités d’une Sonate à Kreutzer fondues dans une seule et même vision. Magistral.

palmarès:

N°1
Version D

Lorenzo Gatto, Julien Libeer (Alpha, 2016)

CD Lorenzo Gatto, Julien Libeer
CD Lorenzo Gatto, Julien Libeer , © label Alpha

N°2
Version F

Isabelle Faust, Alexander Melnikov (HM, 2006)

CD Isabelle Faust, Alexander Melnikov
CD Isabelle Faust, Alexander Melnikov, © label Harmonia Mundi

N°3
Version B

Augustin Dumay, Maria João Pires (DG, 2002)

CD Augustin Dumay, Maria João Pires
CD Augustin Dumay, Maria João Pires , © label Deutsche Gammophon

N°4
Version C

Itzhak Perlman, Vladimir Ashkenazy (Decca, 1973)

CD Itzhak Perlman, Vladimir Ashkenazy
CD Itzhak Perlman, Vladimir Ashkenazy , © label Decca

N°5
Version A

Henryk Szeryng, Arthur Rubinstein (RCA, 1958)

CD Henryk Szeryng, Arthur Rubinstein
CD Henryk Szeryng, Arthur Rubinstein , © label RCA

N°6
Version E

Nathan Milstein, Georges Pludermacher (Teldec, 1986)

cd Nathan Milstein, Georges Pludermacher
cd Nathan Milstein, Georges Pludermacher , © label Teldec