Quelle est la meilleure version de la Passion selon Saint Jean de Jean-Sébastien Bach ?

Jérémie Bigorie, Emmanuel Dupuy et Eric Taver élisent la version de référence de la Passion selon saint Jean de Jean-Sébastien Bach.

Compte-rendu de La Tribune des critiques de disques du 21 juin 2015 (ré)écouter

Seuls ont été pris en compte les enregistrements des 30 dernières années.

Avec son timbre de bronze, Matthias Goerne en Jésus semble sorti d’une scène d’opéra – tout comme l’Evangéliste de Michael Schade et le chœur, généreux et nourri, bien qu’avare de nuances et trop peu intelligible. Défendue par un seul tribun, la lecture dramatique à souhait d’Helmut Rilling échoue dès le premier tour.

La version du ténor Peter Schreier, à la fois Evangéliste et chef d’orchestre, ne plait pas davantage, fustigée pour ses éclats surlignant le moindre détail. L’engagement paraît fabriqué à l’excès, tout est scruté à la loupe et on cherche en vain le flux métaphysique.

Philippe Herreweghe s’intéresse surtout à son chœur, très ouvragé et plutôt fervent, portant le poids du monde sur ses épaules. Toutefois cette éloquence ne parvient pas à masquer les errements d’un orchestre souffreteux et des solistes bien en dessous du niveau requis.

Ton Koopman et ses forces posent un vrai climat, où la pâte symphonique du lever de rideau se fond dans un chœur aux accents miséricordieux. Et tant pis si l’Evangéliste de Guy de Mey est maniéré, et si les solistes manquent de brio : le rapport voix / instrument est toujours cohérent, et cette version impose un ton et une poésie bien à elle.

Les basses grondantes du Concentus Musicus créent tout de suite un tableau inquiétant : Harnoncourt s’y entend pour créer l’effroi, ce qui n’attenue nullement certaines atmosphères éthérées plutôt hors propos et les préciosités d’Anthony Rolfe-Johnson en Evangéliste ; quel engagement pourtant chez cet artiste, de même que Robert Holl, et l’alto magnifiquement timbré de Marjana Lipovsek !

La grande lecture moderne, c’est John Eliot Gardiner qui nous la livre: le chœur se déploie sous une riche texture orchestrale, laissant le récit s’enfoncer en nous. Le drame s’incarne sous nos yeux, entrecoupé de silences éloquents et illuminé de solistes accomplis : en tête, Mark Padmore, Evangéliste touché par la grâce, et Bernarda Fink, qui se fait pourtant voler la vedette par la viole dans un « Es ist vollbracht » pénétrant.

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Palmarès

N°1
Version D
Mark Padmore, Hanno Müller-Brachmann, Peter Harvey, Bernarda Fink, Joanne Kune, Monteverdi Choir, English Baroque Soloists, dir. John Eliot Gardiner (SDG, 2003)

N°2
Version B
Anthony Rolfe-Johnson, Robert Holl, Anton Scharinger, Angela Maria Blasi, Marjana Lipovsek, Chœur Arnold Schönberg, Concentus Musicus Wien, dir. Nikolaus Harnoncourt (Teldec, 1993)

N°3
Version F
Guy de Mey, Peter Kooy, Klaus Mertens, Barbara Schlick, Gerd Türk, Kai Wessel, Koor van de Nederlandse Bachvereniging, Amsterdam Baroque Orchestra, dir. Ton Koopman (Erato, 1993)

N°4
Version E
Howard Crook, Peter Lika, Peter Kooy, Barbara Schlick, William Kendall, Catherine Patriasz, Collegium Vocale Gent, Orchestre de la Chapelle Royale, dir. Philippe Herreweghe (HM, 1987)

N°5
Version C
Peter Schreier, Robert Holl, Andreas Scheibner, Roberta Alexander, Marjana Lipovsek, Chœur de la Radio de Leipzig, Staatskapelle de Dresde, dir. Peter Schreier (Philips, 1988)

N°6
Version A
Michael Schade, Matthias Goerne, Andreas Schmidt, Juliane Banse, James Taylor, Ingeborg Danz, Gächinger Kantorei Stuttgart, Bach-Collegium Stuttgart, dir. Helmut Rilling (Hännsler, 1996)

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