Quelle est la meilleure version de la Neuvième Symphonie de Beethoven ?

Quelle version de la Neuvième Symphonie de Beethoven choisir ? Stéphane Friédérich (Pianiste, Classica), Emmanuelle Giuliani (La Croix) et Philippe Venturini (Les Echos, Classica) élisent la version de référence de la fameuse Neuvième Symphonie de Beethoven.

Compte-rendu de La Tribune des critiques de disques du 26 octobre 2014

Seuls ont été pris en compte, dans le choix de ces six versions, les enregistrements réalisés au cours des 25 dernières années.

Son cycle Beethoven, paru l’an passé, a marqué les esprits : pourtant le grand Mariss Jansons, avec les forces de la Radio Bavaroise, rate sa Neuvième, pesante, au son étale, privée de relief. Amer constat.

John Eliot Gardiner et l’Orchestre Révolutionnaire et Romantique décapent la pâte beethovenienne, mais au risque de l’agitation : avec ses verdeurs et ses duretés, voilà un dépoussiérage qui frise l’anecdote.

Enregistrée peu avant, la version de Nikolaus Harnoncourt reçut en son temps une pluie de récompenses ; vingt trois ans plus tard, elle déploie la même énergie folle, mais ce son compact et cette verticalité agressive n’évitent pas les ronds dans l’eau… S’ennuyer avec Harnoncourt ? Un comble !

Sur instruments d’époque, comme Gardiner, armé d’un respect scrupuleux de la lettre beethovénienne, Jos van Immerseel propose une lecture à la fois souple et tranchante, très narrative : quel sens du phrasé dans l’Adagio ! Mais décidément, ce son de cathédrale… En vérité il y a mieux.

A la tête du luxueux Philharmonique de Berlin, Claudio Abbado sonde le cosmos (premier mouvement), précipite le troisième dans des abîmes malhériens puis dévoile toute l’ampleur de sa direction dans le quatrième ; le timbre d’airain de Bryn Terfel rachète même les stridences de Jane Eaglen dans l’Ode à la Joie ! Deuxième place méritée.

Tension, mystère, jubilation, maitrise du discours et des dynamiques : Osmo Vänskä et l’Orchestre du Minnesota livrent un fourmillement de détails au service d’une vision souveraine de l’architecture et du message beethoveniens. L’outsider créé la surprise et l’emporte sur Abbado ! Le public du studio 109 plébiscite lui aussi cette somptueuse Neuvième, peut-être la nouvelle référence de demain.

Palmarès

N°1
Version F
Chœurs et Orchestre du Minnesota, dir. Osmo Vänskä (Bis, 2006)

N°2
Version C
Chœurs de la Radio suédoise, Chœur de chambre Eric Ericson, Orchestre Philharmonique de Berlin, dir. Claudio Abbado (Sony, 1996)

N°3
Version B
Chœurs et Orchestre Anima Eterna, dir. Jos van Immerseel (Sony, 1999)

N°4
Version A
Chœur Arnold Schönberg, Orchestre de Chambre d’Europe, dir. Nikolaus Harnoncourt (Teldec, 1991)

N°5
Version D
Monteverdi Choir, Orchestre Révolutionnaire et Romantique, dir. John Eliot Gardiner (Archiv Production, 1992)

N°6
Version E
Chœurs et Orchestre de la Radio Bavaroise, dir. Mariss Jansons (BR Klassik, 2012)

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