Quelle est la meilleure version de la Messe du Couronnement de Wolfgang Amadeus Mozart ?

Bertrand Dermoncourt (Classica), Emmanuelle Giuliani (La Croix) et Piotr Kaminski (Diapason) élisent la version de référence de la Messe du Couronnement de Mozart.

Compte-rendu de La Tribune des critiques de disques du 17 mai 2015 (ré)écouter

Peut-on se satisfaire de solistes simplement corrects ? De surcroît quand le chœur se noie dans le flou, et que la battue du chef ne parvient jamais à varier le discours ? Non, la majesté de Colin Davis retombe comme un soufflé – on nage dans l’eau tiède.

La prise de son de la version Jochum se déploie avec générosité. Quel chœur, quel orchestre… quels solistes ! Oui… mais est-il besoin de telles voix pour si mal les employer ? L’ensemble dégage une emphase gênante, un mauvais goût qui nous fait un Mozart rococo qu’on ne goûtera pas trop.

Si on accepte des effectifs massifs et un tempo excessivement étiré – peu en phase avec ceux de notre époque – on sera touché par la musicalité à fleur de peau d’Igor Markevitch, la chair chorale somptueuse, ce mélange de rigueur et d’opulence que symbolise très bien l’incarnation solennelle de Maria Stader, aux moyens impressionnants… un peu affectée tout de même.

Frans Brüggen divise. N’y aurait-il pas des minauderies, des incohérences, des effets de loupe qui saccagent la fluidité d’ensemble ? Surement, mais cela reste éloquent, et la raideur un peu rhétorique génère beaucoup d’expressivité, en particulier lorsque la soprano Marinella Pennicchi prend la parole : son Agnus Dei est une supplique dite à genou, un cri de douleur déchirant.

De la lecture de Neville Marriner se dégagent naturel et simplicité. L’orchestre est l’évidence même dans Mozart et le chœur plein d’élan fraternel. Quelle impression de paix et de sérénité ! Et Ileana Cotrubas donne un solo bouleversant, avec cette larme impalpable dans le timbre.

Mais voilà, il y a Trevor Pinnock, qui parvient à un degré inouï de fusion entre chœur, solistes et orchestre. Sa direction concilie lisibilité, poésie, ferveur et humanité : tout se tient dans cette version d’une noble objectivité. Enfin, l’Agnus Dei de Barbara Bonney est un moment de grâce, entonné comme une berceuse d’enfant.

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Palmarès

N°1
Version D
Barbara Bonney, Catherine Win Rogers, Jamie MacDougall, Stephen Gadd, The English Concert, dir. Trevor Pinnock (Archiv, 1993) N°2
Version F
Ileana Cotrubas, Helen Watts, Robert Tear, John Shirley-Quirk, Schola Cantorum d’Oxford, Academy of St Martin-in-the-Fields, dir. Neville Marriner (Decca, 1971)

N°3
Version E
Marinella Pennicchi, Catherine Patriasz, Zeger Vandersteene, Jelle Draijer, Chœur de chambre des Pays Bas, Orchestre du XVIIIe siècle, dir. Frans Brüggen (Philips, 1991)

N°4
Version B
Maria Stader, Oralia Dominguez, Ernst Haefliger, Michel Roux, Chœur Elisabeth Brasseur, Orchestre Lamoureux, dir. Igor Markevitch (DG, 1960)

N°5
Version C
Edda Moser, Julia Hamari, Nicolaï Gedda, Dietrich Fischer-Dieskau, Chœurs et Orchestre de la Radio bavaroise, dir. Eugen Jochum (EMI, 1976)

N°6
Version A
Helen Donath, Gillian Knight, Ryland Davies, Stafford Dean, John Alldis Choir, London Symphony Orchestra, dir. Colin Davis (Philips, 1971)

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