Quelle est la meilleure version de La Mer de Claude Debussy ?

Emission diffusée en direct et en public du studio 106 de la Maison de la Radio. Avec la participation de Jérémie Cahen, Emmanuelle Giuliani et Denis Herlin.

Quelle est la meilleure version de La Mer de Claude Debussy ?
Couverture de l'édition originale de 1905 (détail) reproduisant La Grande Vague de Hokusai, © Edition Durand / BnF - DP

(ré)écouter l'émission : La Tribune des critiques de disques du 25 mars 2018

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Compte-rendu

Quantité d’infimes événements apparaissent sous la battue de Stéphane Denève. Mais cette Mer trop séquentielle souffre de lourdeur et manque de vision générale.

Le sens du flux et du reflux s’ordonne avec élégance, et François-Xavier Roth obtient une grande clarté de son orchestre. Mais comme tout cela est dépourvu de souffle et d’émotion !

On admire en premier lieu la magnificence de l’Orchestre de Cleveland, ses solos délicats, ses pupitres aux superbes dégradés, mais on cherche en vain, derrière la rondeur et la puissance ordonnée par Pierre Boulez, des chocs, des chaos, des climats, bref, toutes ces atmosphères qui jaillissent au sein du chef-d’œuvre de Debussy. Rutilant mais bien lisse.

Dans chacun des trois mouvements, Jos van Immerseel et ses musiciens réussissent admirablement les débuts, graves, menaçants, chargés de promesse. Et puis, sans doute en raison de tempi pesants, une impression de lourdeur, de froideur et d’inertie gagne l’ensemble : cela semble d’un coup décousu, artificiel, à la limite du cafouillage.

D’emblée, l’Orchestre philharmonique de Berlin fait respirer et resplendir sa pâte sonore : basses qui grondent, cordes chatoyantes, bois de lumière, quel festin ! Mais Simon Rattle ne varie pas beaucoup les humeurs, et sa tendance, optimiste, à s’en remettre entièrement à ce confort prive La Mer de sa dimension inattendue, inquiétante.

Une vision incantatoire dans le I, des soulèvements marins et des pulvérisations inouïes dans le II, des frissons, des tornades, un combat de titans dans le III : Michel Tabachnik combine l’urgence, la narration et l’éloquence, dans une Mer tour à tour charnelle et dramatique, toute en tension et en souplesse. Le Brussels Philharmonic et son chef nous plongent au cœur de la partition, dont voici la grande version moderne.

La Mer de Debussy

Palmarès

N°1 Version B

Brussels Philharmonic, dir. Michel Tabachnik (BPR, 2001)

N°2 Version F

Orchestre philharmonique de Berlin, dir. Simon Rattle (Warner, 2004)

N°3 Version D

Anima Eterna Brugge, dir. Jos van Immerseel (ZZT, 2012)

N°4 Version A

Orchestre de Cleveland, dir. Pierre Boulez (DG, 1993)

N°5 Version E

Les Siècles, dir. François-Xavier Roth (Actes Sud, 2012)

N°6 Version C

Royal Scottish National Orchestra, dir. Stéphane Denève (Chandos, 2012)