Quelle est la meilleure version de la Cantate BWV 61 de Jean-Sébastien Bach ?

Emmanuel Dupuy, Séverine Garnier et Emmanuelle Giuliani élisent la version de référence de la Cantate BWV 61 « Nun komm, der Heiden Heiland» de Jean-Sébastien Bach.

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Compte-rendu

On ne sait pas ce qui gêne le plus dans la première version Harnoncourt – 40 ans déjà : les limites techniques du chœur, à l’intonation instable (malgré les accents touchants des voix enfantines), ou le geste brutal, expressionniste du chef ? L’opposé en tout à cette lecture d’Harnoncourt, le voici : Masaaki Suzuki sait allier fraicheur et légèreté, joie et espérance. Mais les violons, un brin acides, peinent à varier le jeu, au diapason d’un chef qui finit par lancer l’ensemble en pilotage automatique.

La version de John Eliot Gardiner a pour elle d'évidentes qualités plastiques, une jovialité aussi, et un sens de la mesure. Anthony Rolfe Johnson offre hélas un timbre étriqué, et Olaf Bär marche sur la pointe des pieds ; l’orchestre bientôt abandonne la partie et prive l’ensemble de l’élan requis.

Evidemment, aujourd’hui on ne joue plus Bach comme Karl Richter. Sur des tempi lents, avec des effectifs opulents, une certaine ferveur s’élève pourtant, tandis que le discours est toujours soutenu et animé. Peter Schreier est irréprochable, tout comme Edith Mathis, au timbre plein et lumineux. Et lorsque Fischer-Dieskau prend la parole, Jésus en personne surgit ! Un plaisir indéniable… un rien pervers lâche un tribun.

Que d’ambivalences dans la seconde version de Nikolaus Harnoncourt ! Marquée immédiatement par son urgence, avec ses basses qui grondent et son chœur éloquent, c’est une vision engagée, tragique et sincère, qui profère au lieu de commenter. Les solistes, aux moyens solides, se laissent emporter par le sorcier Harnoncourt.

Esprit, clarté, dosage millimétré : Philippe Herreweghe est d’une cohérence absolue, conférant une unité impressionnante à la cantate, tout en variant le discours. De la subtilité, des relances, une lumière, des dégradés au service constant de la liturgie, tout y est : la soprano androgyne de Sibylla Rubens et un Christoph Prégardien en état de grâce rendent la version indispensable… Elle est choisie à l’unanimité (moins quelques voix) par le public.

Palmarès

N°1
Version D

Sibylla Rubens, Christoph Prégardien, Peter Kooy, Chœur et Orchestre du Collegium Vocale, dir. Philippe Herreweghe (HM, 1996) N°2
Version F

Christine Schäfer, Werner Güra, Gerald Finley, Arnold Schönberg Chor, Concentus Musicus Wien, dir. Nikolaus Harnoncourt (DHM, 2006)

N°3
Version A

Edith Mathis, Peter Schreier, Dietrich Fischer-Dieskau, Münchener Bach Chor und Orchester, dir. Karl Richter (Archiv, 1971)

N°4
Version E

Nancy Argenta, Anthony Rolfe Johnson, Olaf Bär, Monteverdi Choir, English Baroque Soloists, dir. John Eliot Gardiner (Archiv, 1992)

N°5
Version B

Ingrid Schmithüsen, Makoto Sakurada, Peter Kooy, Bach Collegium Japan, dir. Masaaki Suzuki (Bis, 1997)

N°6
Version C

Seppi Kronwitter, Kurt Equiluz, Ruud van der Meer, Tölzer Knabenchor, Concentus Musicus Wien, dir. Nikolaus Harnoncourt (Teldec, 1975)

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