Quelle est la meilleure version de L'Art de la Fugue de Jean-Sébastien Bach ?

Elsa Fottorino, Christian Merlin et Aurélie Moreau élisent la version de référence de l'Art de la Fugue de Jean-Sébastien Bach.

Quelle est la meilleure version de L'Art de la Fugue de Jean-Sébastien Bach ?
Manuscrit de la fugue inachevée de JS Bach, © Berlin State Library / Wikipedia - DP

(ré)écouter l'émission : La Tribune des critiques de disques du 22 janvier 2017.

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Seules ont été prises en compte les versions pour piano

Compte-rendu :

L’Art de la Fugue ou un Nocturne de Chopin ? La lenteur émolliente et le rubato excessif de Tatiana Nikolaïeva diluent le contrepoint : le jeu se délite progressivement et nous assomme. Non !

Cédric Pescia décide de faire de la première Fugue un monument crépusculaire qui s’étire, s’étire… jusqu’à l’épanchement. La multiplication des dynamiques et le déficit de couleurs donnent une impression de confusion et de trop plein sonore qui sera fatale à la neuvième (double) Fugue.

Contradictoire. Vladimir Feltsman hésite entre plusieurs registres, construisant ou déconstruisant lignes et architecture selon un schéma intellectuel peu aisé à suivre. Certes, ce piano qui sonne comme un clavecin ou un pianoforte n’est pas sans charme, et la réalisation force l’admiration, mais tout cela tourne à l’expérimental.

Tonicité, verticalité, limpidité, voilà pour les plus ; dureté, rigueur professorale, obsession métronomique seront les moins : le Bach de Pierre-Laurent Aimard impose une nudité froide guère séduisante, avant de révéler un sens de la danse et une énergie jouissive dans les pages plus véloces. On reste partagé.

Sobre, Evgeni Koroliov fait le choix d’une lenteur habitée et éclaire la polyphonie comme de l’intérieur. Délié, fluide, son piano se fait orgue et révèle une part visuelle. Une finesse et une noblesse dans le dépouillement qui le hissent quasiment à la première place !

Sur un tempo stable et un ton solennel, Grigory Sokolov fait surgir de son clavier tous les timbres de l’orchestre. L’atmosphère hypnotique happe dès les premières mesures, promesses d’un Bach dense, chantant, élevé, constamment renouvelé – la variété de l’ornementation dans la neuvième Fugue émerveille, et fait ressortir la clarté étincelante du discours et une sorte d’ivresse rythmique, quand la Fugue inachevée, elle, confirme la dimension métaphysique de ce Bach qui tutoie les sphères.

Palmarès :

N°1
Version A

Grigory Sokolov (Naïve, 1982)

CD Grigory Sokolov
CD Grigory Sokolov, © © Naïve

N°2
Version E

Evgeni Koroliov (Tacet, 1990)

CD Evgeni Koroliov
CD Evgeni Koroliov, © © Tacet

N°3
Version D

Pierre-Laurent Aimard (DG, 2007)

CD Pierre-Laurent Aimard
CD Pierre-Laurent Aimard, © © DG

N°4
Version F

Vladimir Feltsman (Music Masters, 1996)

CD Vladimir Feltsman
CD Vladimir Feltsman, © © Music Masters

N°5
Version C

Cédric Pescia (Aeon, 2013)

CD Cédric Pescia
CD Cédric Pescia, © © Aeon

N°6
Version B

Tatiana Nikolaïeva (Melodiya, 1967)

CD Tatiana Nikolaïeva
CD Tatiana Nikolaïeva, © © Melodiya

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