Quelle est la meilleure version de L'Apprenti Sorcier de Paul Dukas ?

Emmanuelle Giuliani, Christian Merlin et Philippe Venturini élisent la version de référence de l'Apprenti sorcier de Paul Dukas, en direct et en public du salon Musicora 2017.

Quelle est la meilleure version de L'Apprenti Sorcier de Paul Dukas ?
Image extraite du film Fantasia de Walt Dysney

(ré)écouter l'émission : La Tribune des critiques de disques du 30 avril 2017

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compte-rendu

Que de sérieux ! Jean Fournet n’a pas envie de s’amuser : sa direction molle et martelée enchaîne les sections de l’Apprenti sorcier sans reliefs ni climats, là où on aimerait du feu, du piquant… une histoire tout simplement.

A la tête d’une phalange qui scintille, Jean Martinon prend le temps de faire sonner l’orchestre de Paul Dukas et nous grise de sonorités. Mais c’est au détriment de la tension et du récit – l’apprenti et son balai font du sur place !

Si le Philharmonique de Berlin impressionne, James Levine confond narration et précipitation. Après un départ hésitant, il opte pour un tempo ultra rapide et sacrifie la truculence de l’orchestration pour un geste métronomique, où les péripéties de l’apprenti sont comme noyées dans ce bouillonnement sonore.

Un chef de théâtre, en voilà un ! David Zinmann débute prudemment, soignant le ciselé instrumental (les flûtes !), et sait ménager les surprises et faire monter le crescendo… Hélas, au beau milieu du poème symphonique, quand l’eau déborde et qu’il faudrait lâcher la bride, cette lecture à la pointe sèche reste dans un contrôle excessif et l’impression de panique générale en pâtit.

Et si on redécouvrait Louis Frémaux ? Tragique, implacable, son Apprenti Sorcier lance des clins d’œil au Stravinski du Scherzo fantastique, et dans un luxe de détails, assume un ton mordant, électrique, plein d’alacrité, à peine terni par une prise de son un peu lointaine. Une version qui a la finesse de traits du dessin animé de Walt Disney.

Soixante ans et pas une ride : quel miracle que l’Apprenti Sorcier de Charles Munch ! Nulle part mieux qu’ici on perçoit l’esprit du poème symphonique de Dukas, sa drôlerie, sa tendresse, son inquiétude lorsque la machine se détraque et s’emballe. C’est que la pulsation ne nous lâche jamais, variant et relançant constamment les épisodes, timbales qui claquent, moments d’effusion, basson goguenard… tempête de cordes. C’est drôle, coloré, imagé, d’une maîtrise instrumentale et d’une puissance d’évocation étourdissantes. Le tout dans une prise de son chatoyante.

Palmarès :

N°1
Version B

Orchestre symphonique de Boston, dir. Charles Munch (Sony, 1957)

Version Charles Much
Version Charles Much, © CD Sony

N°2
Version D

Orchestre symphonique de Birmingham, dir. Louis Frémaux (Warner, 1974)

version Louis Frémaux
version Louis Frémaux, © CD Warner

N°3
Version F

Orchestre philharmonique de Rotterdam, dir. David Zinman (Philips, 1978)

version David Zinman
version David Zinman, © CD Philips

N°4
Version E

Orchestre philharmonique de Berlin, dir. James Levine (DG, 1986)

version James Levine
version James Levine, © CD DG

N°5
Version A

Orchestre national de l’ORTF, dir. Jean Martinon (Warner, 1971)

version Jean Martinon
version Jean Martinon, © CD Warner

N°6
Version C

Orchestre de la Radio néerlandaise, dir. Jean Fournet (Denon, 1992)

version Jean Fournet
version Jean Fournet, © CD Denon