Quelle est la meilleure version de "Don Giovanni" de Mozart ?

Chantal Cazaux, Piotr Kaminski et Pauline Sommelet élisent la version de référence de "Don Giovanni" de Mozart.

Quelle est la meilleure version de "Don Giovanni" de Mozart ?
© Don Juan et la statue du commandeur par Alexandre-Évarsite-Fragonard

(ré)écouter l'émission : La Tribune des critiques de disques de dimanche 24 septembre 2017

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Compte-rendu

Le tempo de l’ouverture sera-t-il un critère déterminant ? « Trop lent ! » s’écrient les tribuns à l’écoute de Bernard Haitink, qui perpétue dès les premières mesures une tradition jugée romantique et éculée. Ce sera l’antienne de l’émission. Dommage pour le somptueux Don Juan de Thomas Allen.

A nouveau, Riccardo Muti et la Philharmonie de Vienne font les frais d’un tempo excessivement étiré ; de surcroît, la majesté des timbres cache mal l’absence d’enjeu et de drame. Pourtant William Shimell sort les griffes, séducteur qui joue à l’ogre, face à une Zerline, Susanne Mentzer, bourrée de charme.

Nikolaus Harnoncourt soigne les couleurs, déploie allant et énergie, mais glisse dans le drame d’inexplicables bizarreries. Face à un Thomas Hampson très sûr de lui, la distribution manque d’homogénéité, László Polgár en Leporello poussif et rocailleux, une Donna Elvira insuffisante (Roberta Alexander) et une Donna Anna, Edita Gruberova, diva jusqu’au bout des ongles.

Toute une époque ! Pour le film de Joseph Losey, Lorin Maazel dirige un Don Giovanni nerveux, ambigu. Atypique et assez agressif, le Don Juan de Ruggero Raimondi côtoie un délicieux Leporello, José Van Dam aux mots gourmands, et un trio féminin rayonnant – Teresa Berganza, Kiri Te Kanawa et Edda Moser… un brin criarde tout de même en Donna Anna.

C’est un des grands classiques de la discographie, le Don Giovanni de référence, celui devant lequel tous sont censés s’effacer. A-t-il vieilli ? Pas si sûr ! Carlo Maria Giulini lui insuffle tension, noirceur, dans une optique là encore assez romantique, mais où l’orchestre est le maitre du jeu, vrai partenaire des personnages. Eberhard Waechter campe un séducteur solide, avec à ses côtés un Giuseppe Taddei irrésistible en Leporello, et des dames au sommet – Joan Sutherland, Elisabeth Schwarzkopf, Graziella Sciutti. Peut-on faire mieux ?

Un orchestre mouvant, narrateur, un chef qui brosse le drame à chaque mesure, créé des reliefs, des chocs, des contrastes, et ce sur un tempo idéal dès l’ouverture. Vrai valet de comédie, le Leporello d’Alessandro Corbelli est drôle au possible, Bo Skovhus, un Don Juan au timbre d’airain et au caractère plein de morgue, tandis que les femmes impressionnent, parfaitement appareillées, juste dramatiquement et vocalement – mention spéciale pour la Donna Anna de Christine Brewer. Le Don Giovanni qu’on attendait.

Palmarès

N°1
Version F
Bo Skovhus, Alessandro Corbelli, Christine Brewer, Felicity Lott, Jerry Hadley, Nuccia Focile, Orchestre de chambre d’Ecosse, dir. Charles Mackerras (Telarc, 1995)

© Telarc
© Telarc

N°2
Version D
Eberhard Waechter, Giuseppe Taddei, Joan Sutherland, Elisabeth Schwarzkopf, Luigi Alva, Graziella Sciutti, Philharmonia Orchestra, dir. Carlo Maria Giulini (Warner, 1959)

© Warner
© Warner

N°3
Version B
Ruggero Raimondi, José van Dam, Edda Moser, Kiri Te Kanawa, Kenneth Riegel, Teresa Berganza, Orchestre de l’Opéra de Paris, dir. Lorin Maazel (Sony, 1978)

© Sony
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N°4
Version E
Thomas Hampson, László Polgár, Edita Gruberova, Roberta Alexander, Hans Peter Blochwitz, Barbara Bonney, Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam, dir. Nikolaus Harnoncourt (Teldec, 1988)

© Teldec
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N°5
Version C

William Shimell, Samuel Ramey, Cheryl Studer, Carol Vaness, Frank Lopardo, Susanne Mentzer, Orchestre philharmonique de Vienne, dir. Riccardo Muti (EMI, 1990)

© EMI
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N°6
Version A

Thomas Allen, Richard Van Allan, Carol Vaness, Maria Ewing, Keith Lewis, Elizabeth Gale, London Philharmonic Orchestra, dir. Bernard Haitink (EMI, 1984)

© EMI
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