Quel avenir pour les conservatoires ?

« Quel avenir pour les conservatoires ? », c’est le thème du colloque organisé à l’Assemblée nationale mercredi 24 juin par François de Mazières, député-maire de Versailles. Objectifs : dresser un état des lieux de la situation et réfléchir aux mécaniques de financement durables entre l’Etat et les représentants des collectivités territoriales.

Quel avenir pour les conservatoires ?
(© MaxPPP)

Alors que les conservatoires régionaux et départementaux subissent les effets de la baisse des dotations de l’Etat, la ministre de la Culture Fleur Pellerin a récemment fait part d’un « réengagement» du gouvernement auprès de ces établissements, en décidant de nouer un « nouveau pacte » culturel avec les collectivités. Celui-ci stipulerait que les villes s’engagent à stabiliser leurs crédits à la culture, en échange du maintien des subventions de l’Etat sur trois ans. L’objectif est également de maintenir « une cohésion territoriale pour la culture » et de repenser le mode de fonctionnement des conservatoires.

C’est dans ce contexte en proie à de nouvelles mutations que, mercredi 24 juin, le député-maire de Versailles François de Mazières a réunit élus et acteurs de l’enseignement musical pour un colloque sur l’avenir des conservatoires.

Concernant la baisse des dotations de l’Etat, le bilan est morose : « plus de 300 heures d’enseignement de musique ou de danse ont été supprimées par les municipalités laissées seules en charge du budget de leur conservatoire » annonce le trompettiste et président de l’Association Nationale des Enseignants de Disciplines Artistiques, François Frémeau.

Les pactes pour la culture, quant à eux « ont dans le même temps, fait disparaître les modestes crédits affectés par le ministère de la culture aux conservatoires et aux écoles de musique » et seraient inefficaces selon la Sénatrice et Présidente de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication Catherine Morin-Dessailly.

Enseignement musical : l’appréhension des professionnels

Pour les professionnels présents, la crainte concernant l’enseignement musical ne fait que croitre, soulignant le rôle majeur des conservatoires dans l’accès et la diffusion de la culture.

Pour Fanny Reyre-Ménard, présidente de la Fédération des Usagers du Spectacle Enseigné (FUSE), l’inquiétude porte davantage sur la hausse des tarifs d’inscription et sur la diversité des inscrits que sur la qualité de l’enseignement dispensé dans les conservatoires. La crainte de voir les pédagogues les plus expérimentés – et les plus coûteux – s’en aller, au détriment de la qualité de la formation et de sa mixité est au centre du débat.

« C’est notre patrimoine ! » s’exclame le chef d’orchestre Hervé Niquet, pour qui le socle de ces établissements doit rester celui de l’apprentissage – parfois ardu – de la musique et du solfège. « Il est important que les gens sachent où ils sont ». Une idée largement soutenue par l’ensemble des participants, et notamment par l’actrice et ancienne administratrice générale de la Comédie Française Muriel Mayotte, qui relève le caractère vivant de ces écoles de partage, où la rigueur est indispensable à l’apprentissage de solides bases musicales.

Nombre de professionnels s’opposent également au remplacement progressif du travail individuel des instruments, jugés trop coûteux, par des cours collectifs et autres actions liées à la réforme des rythmes scolaires. Ces dernières relèveraient, d’après les participants, davantage de l’animation que d’un véritable enseignement. « L’ambition n’est pas de donner un vernis musical », proteste Joséphine Kollmannsberger, Maire de Plaisir et Vice-Présidente du Conseil départemental des Yvelines, mais de définir clairement les missions de ces établissements.

Une réorganisation territoriale encore incertaine

Si les solutions n’en sont qu’au stade des idées, un nouveau cadre d’organisation territoriale pourrait permettre une meilleure organisation des financements, dont les modalités varient d’une région à une autre. La situation doit être clarifiée.

Actuellement, ce sont les communes et intercommunalités qui assument une part prépondérante de ce financement. Leur prise en charge peut atteindre 90 voire 100% du budget de fonctionnement de ces écoles, alors que de « nombreuses » régions ne participent en aucun cas au financement de conservatoires à rayonnement régional (CRR).
L’objectif serait de rééquilibrer la charge en suscitant une plus grande implication de leur part ainsi que des autres niveaux de collectivités territoriales, notamment en ce qui concerne l’Etat, dont l’apport est jugé « fondamental » souligne François de Mazières.

Bon nombre attendent, dans les jours qui suivent, de nouvelles orientations du ministère de la Culture, dont le but serait de « redéfinir une politique permettant de répondre effectivement à sa mission essentielle qui reste de rendre accessible au plus grand nombre les œuvres capitales de l’humanité et d’abord de la France et de contribuer au développement de l’éducation artistique et culturelle… » ajoute la sénatrice Catherine Morin-Desailly

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