«Proust écrivain de la musique, l’allégresse du compositeur» par Cécile Leblanc -Sélection Prix France Musique des Muses

Sélectionné au Prix France Musique des Muses 2018, Cécile Leblanc est l'auteur de « Proust écrivain de la musique, l’allégresse du compositeur » paru aux éditions Brepols. Présentation de l'ouvrage et entretien avec l’auteur.

«Proust écrivain de la musique, l’allégresse du compositeur» par Cécile Leblanc -Sélection Prix France Musique des Muses
" Proust écrivain de la musique, l’allégresse du compositeur " de Cécile Leblanc, © France Musique

Quelques mots sur Cécile Leblanc

Cécile Leblanc est maître de conférences HDR à la Sorbonne-Nouvelle. Ses cours et ses recherches portent sur les relations qu’entretiennent la littérature et la musique à la fin du XIXe siècle. Après une thèse publiée chez Honoré Champion en 2005, intitulée Wagnérisme et création (1883-1889) et consacrée aux œuvres littéraires directement inspirées par le wagnérisme et surtout suscitées par la Revue wagnérienne, elle poursuit ses recherches autour de la presse musicale et de ses riches répercussions dans les œuvres littéraires. Elle a aussi participé à L’Encyclopédie Wagner dirigée par Timothée Picard et co-organise les soirées musicales et littéraires de l’Abbaye de Fontfroide chaque été depuis 2013.

Proust écrivain de la musique, l’allégresse du compositeur

Cécile Leblanc : Le savoir musical de Proust a joué un rôle majeur dans la rédaction de tous ses textes, essais ou fictions. Or ce savoir n’a pas toujours été pris au sérieux alors même qu’il irrigue toute la Recherche. Comment l’a-t-il acquis ? Si les salons mondains ont joué un rôle de laboratoire indéniable, Proust, à partir de 1912, leur retire presque tout rôle musical de premier plan et en fait des lieux d’apprentissage a contrario. C’est qu’il adopte le point de vue du critique musical déplorant, comme les musiciens qu’il fréquente, les mauvaises conditions d’écoute dans ces lieux où l’on finance la musique sans l’aimer vraiment. En conférant à son narrateur, qui n’est pas encore un artiste ni un écrivain, un ethos de critique musical, Proust peut, selon son souhait, véritablement renouveler le roman de l’artiste et légitimer l’écriture de la musique par un écrivain, ce que la musicologie récemment créée déniait aux « littérateurs ». Nourrie des thèmes favoris de la presse spécialisée contemporaine, la Recherche peut être considérée comme le roman du critique musical.

  • Quelle est la place de ce livre dans votre carrière ?

Ce livre est le résultat d’un long travail de recherches et a été présenté dans un premier temps devant un jury de la Sorbonne-Nouvelle en vue de l’obtention de l’habilitation à diriger des recherches. Puis, remanié, réécrit pour devenir un livre et non plus une thèse, il a été publié chez Brepols. Il constitue donc l’aboutissement d’une réflexion entreprise en vue d’approfondir les hypothèses selon lesquelles une œuvre comme celle de Proust est véritablement née d’une solide connaissance des débats esthétiques sur la musique de son temps, débats longuement explicités dans la presse spécialisée où l’auteur pouvait en prendre connaissance.

  • Qu'avez-vous cherché à montrer dans cet ouvrage ?

Ce livre a pour objectif de révéler combien la culture musicale de Proust puisée auprès des musiciens contemporains et dans la presse musicale de l’époque peut éclairer notre compréhension de ses textes et surtout, combien la Recherche abonde en scènes qui, loin d’être de simples anecdotes narratives, sont significatives des débats musicaux de son temps et des conditions d’écoute avec l’apparition de nouveaux moyens comme le pianola ou le théâtrophone dont Proust fait grand usage pour ses écoutes en aveugle. Les cahiers de brouillons de l’écrivain ont pu montrer nombre de notes prises pendant des discussions avec des musiciens, pendant des concerts, des écoutes solitaires ou après la lecture d’articles comme ceux du M. Croche de Debussy. Ainsi, les partitions du musicien fictif Vinteuil, apparu très tardivement sur les épreuves de Du côté de chez Swann en 1913, sont une synthèse des grandes tendances esthétiques du moment liées à la recherche de la modernité musicale.

  • Quels sont vos prochains projets ?

Le colloque "Proust et la musique" co-organisé à la Fondation Singer-Polignac en octobre 2016, a permis de réunir pour la première fois des musicologues, des musiciens et des littéraires pour évoquer les conceptions musicales et les scènes de concert qui parcourent la Recherche. Le colloque avait montré combien la musique chez Proust, non plus considérée seulement comme texte littéraire mais comme texte critique suscitait de riches réactions y compris chez les musiciens contemporains. Gérard Pesson a d’ailleurs accepté de collaborer à cet ouvrage collectif. Le livre qui en rendra compte est en cours d’élaboration.
J’ai également pour projet de continuer à dépouiller la presse musicale du début du vingtième siècle pour montrer combien la culture qui y est inscrite est éclairante pour comprendre les œuvres littéraires qui lui sont contemporaines et surtout à m’intéresser à des figures un peu oubliées comme le critique musical Camille Bellaigue ou la cantatrice Lucienne Bréval.

Librairies partenaires du Prix France Musique des muses