Philippe Jaroussky a-t-il trouvé sa voix ?

Mis à jour le jeudi 28 octobre 2021 à 12h17

Alors que le célèbre contre-ténor entame une nouvelle carrière de chef d'orchestre, France Musique analyse avec lui l'évolution de sa voix en plus de vingt ans de carrière. Décryptage en vidéo.

Philippe Jaroussky a-t-il trouvé sa voix ?
Les multiples voix de Philippe Jaroussky, © Getty / ullstein bild

Les voix de Philippe Jaroussky

Pourquoi et comment une voix de chanteur lyrique se modifie ? Quels sont les facteurs qui influent sur ces changements ? Le contre-ténor Philippe Jaroussky examine l'évolution de sa voix le long de sa dense carrière : de sopraniste à alto, contralto, en passant par mezzo.

Il était une voix

Philippe Jaroussky se remémore le moment où il a pris conscience de sa voix : il était alors un jeune violoniste de 18 ans se rendant à un concert Fabrice di Falco « un peu par hasard ». A la fois fasciné par la voix et le répertoire du contre-ténor martiniquais, Philippe Jaroussky s'est senti des capacités vocales similaires : « Je crois qu'on ne devient pas forcément contre-ténor, on l'est sans le savoir. J'étais très attiré par les aigus et je chantais instinctivement dans cette voix aiguë, peut-être parce que j'étais violoniste. J'aimais aussi jouer avec la même tessiture et je m'amusais effectivement à chanter très, très haut. »

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Une question de répertoire

Attiré par la musique baroque et le répertoire des castrats, le jeune contre-ténor développe sa voix en conséquence et développe « un plus grand ambitus ». 

Las de sa voix que tous qualifie « d'angélique», il cherche ensuite à développer une voix d'alto contre-ténor : après quelques petits soucis vocaux et de la fatigue, il renonce : « je me suis rendu compte que ma voix n'était pas aussi bien dans ce registre grave. Et puis, je suis redevenu après quelques années plus mezzo et et c'est aussi pour ça que j'ai créé mon ensemble [Artaserse] ». 

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Cet ensemble lui a également permis de sélectionner les musiques qui lui convenaient le mieux vocalement, car les rôles à l'opéra qu'on lui proposait n'était pas complètement adaptés à sa voix. 

Par ailleurs, il défend l'idée qu'un contre-ténor ne doit pas se limiter au baroque mais s'ouvrir à d'autres répertoires, comme la mélodie française, le lied, et « pourquoi pas la musique électronique ! » :  

Je crois qu'il y a encore énormément de choses à faire avec la voix de contre-ténor dans le futur. C'est une voix qui n'a pas fini de surprendre. 

Travail et progrès

Accompagné depuis ses débuts par la professeur de chant Nicole Fallien, Philippe Jaroussky ne peut envisager le travail sur sa voix sans cette aide :  « Comme la voix change toujours avec le corps, c'est toujours important d'avoir une oreille extérieure qui suive cette évolution. On continue à travailler la flexibilité parce qu'effectivement, à 43 ans, on n'a peut être plus la même flexibilité qu'à 25 ans. Mais on peut continuer à faire ses exercices, à faire ses gammes, comme un musicien. (...) C'est toujours très enthousiasmant de savoir que même encore maintenant, je peux continuer à faire des progrès ».

Les progrès s'appuient d'une part sur la somme de connaissances assimilées au fil des années et d'autre part sur la connaissance intime de sa propre voix, ce que l'on nomme « le troisième oeil » : contrairement aux autres musiciens, les chanteurs lyriques ne voient pas leur instrument, à savoir leurs cordes vocales, mais l'expérience faisant, ils ont appris à les ressentir de manière corporelle et énergétique. Alors, « le geste vocal se simplifie et on arrive à quelque chose qui paraît plus organique et moins travaillé. Je vais dans cette direction-là, d'essayer d'épurer ma façon de chanter tout simplement et d'arriver à quelque chose de peut-être plus plus simple, plus essentiel ».

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Dans le cadre de l'Académie Jaroussky, qu'il a fondé en 2017 avec pour objectif de démocratiser l'accès à la musique classique, le contre-ténor endosse à son tour le costume de professeur et guide les jeunes talents lors de masterclasses. L'un des conseils qu'il donne souvent aux chanteurs lyriques porte sur la projection vocale, en se basant sur sa propre expérience  : « J'ai beaucoup travaillé pour que la voix résonne le plus à l'intérieur de soi. C'est à ce moment-là qu'on trouve cette forme de projection qui est naturelle et qui va passer dans la salle » .

Développant actuellement sa carrière de chef d'orchestre, Philippe Jaroussky revient sur son parcours de chanteur lyrique, qu'il décrit comme « un passage »,  précisant avec humour que c'est « un passage qui dure parce que ça fait plus de 20 ans ». Il se revendique avant tout chose musicien : « ce qui compte pour moi, c'est avant tout de faire de la musique. Donc finalement, en enseignant ou en dirigeant, je suis autant heureux que quand je chante tout simplement, ce qui est important pour moi ».

Je me vois pas vivre sans faire de la musique, ça, c'est sûr.