Partitions manuscrites : les trésors de la Bibliothèque nationale de France

Partitions manuscrites de Charpentier, Beethoven, Mozart, Strauss, Boulez… La Bibliothèque nationale de France regorge d'archives aux histoires passionnantes, publiées dans un nouveau recueil : Trésors de la musique classique du XVIIe au XXIe siècle.

Partitions manuscrites : les trésors de la Bibliothèque nationale de France
Wolfgang Amadeus Mozart, Don Giovanni,manuscrit autographe, 1787-1788, 25 × 29 cm, Musique, MS-1548 (3), f. 59., © BnF

Te Deum de Charpentier, Don Giovanni de Mozart, Appassionata de Beethoven, Carmen de Bizet, Symphonie alpestre de Strauss… quelques unes des partitions manuscrites les plus célèbres de la musique sont conservées au département de musique de la Bibliothèque nationale de France (BnF). C’est pourquoi cette dernière a décidé, pour la première fois de son histoire, de publier avec les éditions textuel un recueil contenant 34 Trésors de la musique classique, du XVIIe au XXIe siècle, sous la direction de Mathias Auclair, directeur du département de la musique à la BnF. 

Des manuscrits chargés d’histoire, d’anecdotes, et parfois même de polémiques, comme en témoignent les Esquisses du Sacre du printemps de Stravinsky, réputées préparatoires à la partition finale, mais dont les musicologues se demandent si le compositeur ne les auraient pas produites a posteriori… Pour Mathias Auclair « ces manuscrits sont la trace de la création. C'est peut-être en cela qu'ils sont un peu magiques : quand on n'entend pas la musique, on peut la lire et voir comment le compositeur a élaboré son oeuvre ».

Trois siècles de musique

La conservation des partitions manuscrites n’a pas toujours été une chose évidente. Au XVIIe siècle, lorsqu’un compositeur édite sa musique, il jette son manuscrit. C’est la raison pour laquelle malgré son immense production, on ne conserve aucun manuscrit de Lully, par exemple. Et c’est justement parce qu’il n’arrive pas à être édité que Marc-Antoine Charpentier recopie lui-même 550 de ses œuvres dans les 28 recueils que forment les Mélanges. Le compositeur du Te Deum est l’un des premiers dont les manuscrits intègrent la Bibliothèque royale, en 1727. 

Si les manuscrits de Charpentier sont extrêmement bien conservés, d'autres n'ont pas eu cette chance. La qualité du papier et de l'encre, son acidité, sont déterminants, à l'instar des manuscrits de Jean-Sébastien Bach dont la manipulation est aujourd'hui difficile. Ironiquement, c'est au moment où naît une volonté de conservation que la qualité du papier et de l'encre se détériore.

Johann  SebastianBach,  Du  Friedefürst,  Herr  Jesu  Christ,  BWV  116,  manuscrit  autographe  à  l’encre  noire,  1724,  35  ×  21  cm,  Musique,MS-1,  f.  3.
Johann SebastianBach, Du Friedefürst, Herr Jesu Christ, BWV 116, manuscrit autographe à l’encre noire, 1724, 35 × 21 cm, Musique,MS-1, f. 3., © BnF

Le manuscrit, un portrait graphique du compositeur

Avec Beethoven, la partition manuscrite devient un objet de culte, comme le souligne Mathias Auclair : « La vente des manuscrits de Beethoven à son décès est l'une des premières grandes ventes de manuscrits, avec des phénomènes de "fans", des gens qui veulent conserver un morceau du maître ». 

De Beethoven, la BnF conserve le manuscrit de l'une des plus grandes pièces du répertoire pianistique : la Sonate pour piano n°23 en fa mineur op. 57, dite l'Appassionata. Une pièce inestimable dans laquelle « on voit la personnalité du compositeur, son caractère tempétueux. C'est un manuscritde travail dans lequel Beethoven rature, rallonge le papier... ». On y lit également l'histoire de Beethoven, notamment dans les taches : « Il y a des auréoles sur le papier qui sont dues à Beethoven lui-même. Il était en Moravie avec son manuscrit tout juste terminé et a été pris sous une terrible averse. C'est la pluie de l'Europe centrale qui a tâché le manuscrit ».

Les Esquisses du Sacre du Printemps de Stravinsky sont aussi le reflet du compositeur. Stravinsky utilise une palette de couleurs pour illustrer sa musique : du bleu, du jaune, du rouge... quelques dessins ponctuent son manuscrit et forment un carnet inspiré de l’Art Nouveau. La partition, dont il fit cadeau à Diaghilev, a tout d’une oeuvre d’art graphique. Et c’est là que nait la polémique, comme l’explique Mathias Auclair : « Certains musicologues disent que ce manuscrit est une sorte de reconstruction, une manière pour Stravinsky de montrer qu'il avait cette oeuvre dans la tête et qu’on peut suivre la manière dont se développe l'œuvre. Certains pensent que c'est trop beau pour être vrai, et qu'il a réalisé ses esquisses après avoir composé le Sacre du Printemps. »

Intérêt historique, musicologique ou polémique, les partitions manuscrites de la Bibliothèque nationale de France sont à découvrir dans l’ouvrage Trésors de la musique classique, Partitions manuscrites XVIIe - XXIe siècle édité chez BnF Editions / textuel.