" Ouvertures à la française " - Sélection du Prix du Livre France Musique-Claude Samuel 2021

Sélectionné pour le Prix du Livre France Musique-Claude Samuel 2021, "Ouvertures à la française : migrations musicales dans l’espace germanique" de Louis Delpech est publié chez Brepols.

" Ouvertures à la française " - Sélection du Prix du Livre France Musique-Claude Samuel 2021
Couverture du livre "Ouvertures à la française : migrations musicales dans l’espace germanique" de Louis Delpech (Brepols), dans La Sélection 2021 du Prix du Livre France Musique-Claude Samuel
La Sélection 2021 du Prix du Livre France-Musique Claude Samuel
La Sélection 2021 du Prix du Livre France-Musique Claude Samuel

L’auteur 

Louis Delpech est l’assistant d’Inga Mai Groote à l’université de Zurich et rédacteur en chef de la Revue de musicologie. Ancien élève de l’ENS Ulm, diplômé du Conservatoire de Paris, il a étudié la philosophie et la musicologie à la rue d’Ulm et à la Sorbonne avant de passer l’agrégation de musique et de soutenir sa thèse en musicologie. Il prépare son habilitation à diriger les recherches. 

L’ouvrage

La musique française d’Ancien Régime est souvent vue comme une étrange exception culturelle dans une Europe baroque tout acquise à la musique italienne. Les nombreux exemples d’acclimatation du style français dans l’espace germanique entre 1660 et 1730 – de Johann Sigismund Cousser à Johann Sebastian Bach en passant par Georg Muffat et Georg Philipp Telemann – invitent cependant à ouvrir les yeux sur un phénomène complexe et méconnu. La migration de nombreux musiciens français dans l’Empire, leur engagement dans de prestigieuses chapelles ducales et princières, la circulation de sources musicales manuscrites et imprimées, sont autant d’aspects essentiels que ce livre aborde au croisement de l’histoire des migrations, de l’anthropologie historique et de la musicologie. L’ouvrage s’organise en cinq grands chapitres consacrés à l’Europe galante comme marché du travail, à l’administration de la musique française, aux carrières et aux mobilités des musiciens, à la circulation des sources musicales, et à l’invention allemande du style français.

  • Quelle est la place de cet ouvrage dans votre carrière ? 

Ce livre répond à une question que je me suis posée très jeune, lorsque j’ai entendu parler pour la première fois, puis joué sur l’orgue et le clavecin des pièces de Bach dans le « style français ». J’avais bien le sentiment qu’il s’agissait d’un aspect décisif, mais qui restait un peu obscur à mes yeux. Pour ma thèse, mon choix s’est très naturellement porté sur cette question, car la transmission du répertoire français dans l’espace germanique autour de 1700 et la circulation des musiciens français n’avait pas encore été étudiées de manière approfondie. Ma fascination pour la culture allemande et pour le XVIIe siècle rendaient aussi ce sujet très attractif. Cet ouvrage représente donc l’aboutissement d’un travail de plusieurs années, mené dans le cadre de ma thèse de doctorat sous la direction de Thierry Favier (Poitiers) et Michael Heinemann (Dresde). 

  • Qu’avez-vous chercher à montrer avec cet ouvrage ? 

J’ai cherché à traquer au plus près du terrain la circulation de la musique et des musiciens à une époque où les migrations étaient une réalité qui n’a rien à voir avec celle que nous connaissons aujourd’hui. J’ai aussi essayé de comprendre ce que pouvaient représenter la musique et le style français pour des compositeurs et des théoriciens de langue allemande de cette période, notamment dans l’entourage de Johann Sebastian Bach. Même si je n’ai pas encore trouvé de réponse à toutes mes questions, j’ai l’impression que le fait d’avoir étudié ces différentes facettes de façon très concrète peut nous aider à sortir des sentiers battus et des idées reçues pour porter un regard étonnamment neuf sur ce phénomène. 

  • Quels sont vos prochains projets ? 

Voyager, aller au concert, au musée et au cinéma dès que cela sera possible… D’ici là, je prépare la publication de mon prochain livre, que je viens de terminer, sur les relations entre mémoire et musique. J’ai cherché à comprendre pourquoi, depuis le début du XXe siècle, la musique et le son apparaissent comme une clé très efficace mais aussi très mystérieuse pour approcher et décrire le fonctionnement de la mémoire humaine. C’est le cas pour des écrivains comme Proust bien sûr, mais aussi pour des philosophes comme Bergson, Husserl, Adorno, ou pour des scientifiques comme Freud et Halbwachs. Ce travail permet d’éclairer d’un jour nouveau l’oeuvre de Strauss ou de Debussy, la Recherche de Proust ou la Montagne magique de Thomas Mann, mais aussi de jeter un pont vers des questions très actuelles sur le rôle de la mémoire musicale dans la clinique des maladies dégénératives, dans l’économie digitale de la musique, voire même son exploitation par ce que Shoshana Zuboff nomme le « capitalisme de surveillance ».