Musiques populaires et musiques savantes : Bela Bartok

Bac musique 2009 : guide d'écoute Bela BARTOK, Concerto pour Orchestre Sz. 116 (1943)

A la naissance du folklore imaginaireAllegro Barbaro
Zoltan Kocsis, piano
CD DENON 33C37-7813

Ecoutez la voix de Bartók parler de son intérêt pour la musique populaire, dans une émission d'archives de 1937. Interview avec Bela Bartók - Radio Bruxelles (1937)
Bartok Recordings From Private Collections
Hungaroton Classic - HCD 12334-37

L’intérêt de Bartók pour la musique populaire hongroise, et plus généralement la musique traditionnelle des Balkans, la musique slovaque et même la musique arabe (qu’il a entendu pour la première fois lors d’un bref séjour à Tanger en 1906) prend naissance dans sa jeunesse, dans une ambiance de revendications politiques et identitaires de plus en plus prononcées d’une Hongrie qui à l’époque fait partie de l’ Empire Austro-Hongrois multinational et multiculturel et où règne un germanisme exclusif.

Mais au-delà du contexte idéologique, dont l’objectif est d’abord d’identifier un patrimoine musical hongrois, il y a chez Bartók une vraie recherche d’un langage alternatif par rapport aux courants avant-gardistes qui se profilent avec le sérialisme, le néoclassicisme ou l'impressionnisme. Par rapport à ses contemporains, Stravinski ou Schönberg, Bartók choisit de rester dans la tonalité, en l’ouvrant sur les directions nouvelles, et dépasse en intégrant les éléments folkloriques la pure fascination par l’exotisme des sonorités peu connues, présentes déjà en musique depuis le Romantisme. Il ne suffit pas, comme il le déclare lui-même, d’incorporer les éléments mélodiques et rythmiques de la musique traditionnelle dans les techniques de composition savante. Selon Bartók, pour créer une musique « spécifiquement nationale » il faut nécessairement une démarche d’avant-garde, qui brise les cadres antérieurs et met fin à la prédominance de la musique germanique. D’ailleurs, quels sont les compositeurs qui l’ont marqué dans ses années d’études ? Brahms pour sa technique de composition, Liszt pour son écriture pianistique et le souvenir d'un énorme choc lors de l’écoute à Budapest de Ainsi parlait Zarathustra de Richard Strauss, Strauss qui devient son obsession et son modèle pour les premières œuvres.

Bartók en parle dans un article autobiographique, paru en 1921 (republié dans Musique de la vie) où il énumère les compositeurs qui l’ont marqué, puis rajoute :

« Il y a eu également un autre facteur, qui a eu une influence décisive sur mon développement : à cette époque (il en est aux années 1902-1903) prenait naissance en Hongrie le bien connu courant national, qui a pénétré également dans le domaine de l'art. On disait qu'il fallait créer, en musique également, quelque chose de spécifiquement national. Ce courant m'a déterminé, moi aussi, à tourner mon attention vers l'étude de notre musique populaire, ou plutôt vers celle qui était alors considérée comme la musique populaire magyare. »

Or, la musique hongroise se réduit aux alentours de 1900, au csardas tzigane, ou, comme dans les œuvres des Romantiques à l’instar de Brahms ou de Liszt, à une coloration pittoresque dans le traitement rythmique ou harmonique des œuvres dont l’inspiration est très loin du populaire :

« En étudiant la musique folklorique, j’ai découvert que ce que nous connaissions en tant que chansons folkloriques hongroises, n’étaient que les chansons triviales des compositeurs populaires et qu’elles ne contenaient aucune valeur particulière. J'ai donc ressenti le besoin d’approfondir cette question et en 1905 j’ai entrepris la collecte et l’étude de la musique paysanne hongroise, inconnue jusqu’alors. J’ai eu beaucoup de chance d’avoir trouvé un collègue dans ce travail avec Zoltan Kodaly, qui, grâce à sa grande expérience et son jugement dans toutes les sphères de la musique, pouvait me servir de conseiller d'une immense valeur."

C’est justement avec le compositeur Zoltan Kodaly, ami et compagnon de route, qu’à partir de 1905 Bartók commença le collectage de la musique populaire en parcourant différentes régions des Balkans. Cette amitié et collaboration de deux hommes, qui s’étendra sur toute une vie, marque le début pour Bartók d’une véritable carrière d'ethnographe et d’ethnomusicologue, un travail de collectage, de transcription et d’enregistrement des mélodies populaires qui embrassera une grande partie de la musique traditionnelle européenne - et même au-delà (voyages en Anatolie et en Egypte). On estime qu’entre 1905 et 1918, Bartók a collecté près de 10000 mélodies : hongroises, roumaines, slovaques, bulgares, arabes, serbes ou croates. Dans un article de 1920, pour expliquer leur démarche, Bartók cite Zoltán Kodály :

« Il nous a été transmis si peu de choses par écrit de la musique hongroise ancienne que sans des recherches sur la musique populaire, il ne peut même pas y avoir de conception historique de la musique magyare. (...) pour nous, la musique populaire a plus de signification que pour les peuples qui ont développé depuis des siècles leur style musical particulier. Leur musique populaire a été assimilée par la musique savante, et un musicien allemand trouvera chez Bach et Beethoven ce que nous devons chercher dans nos villages : la continuité d'une tradition musicale nationale. »

Après la guerre de 1914-18, les frais des voyages deviennent trop élevés et les déplacements dans les régions des Balkans de plus en plus difficiles. Bartók est obligé de renoncer à ses campagnes de collectage. Entre les deux guerres, il effectuera seulement deux voyages : au Caire (1932) et en Anatolie (1936). Il termine son autobiographie par cette phrase un peu amère :

« Malheureusement, ce tournant favorable (qui précédait la guerre) a été suivi, à l'automne 1918, de l'effondrement politique et économique. Les troubles directement liés à ce dernier, et qui ont duré un an et demi, n'ont pas été le moins du monde propices à la création de travaux sérieux. Même la situation actuelle (en 1921) ne nous permet pas de penser à continuer les travaux de folklore musical. Nos propres ressources ne nous permettent pas ce « luxe » ; d'un autre côté - pour des motifs politiques et de haine réciproque - la recherche scientifique dans les territoires séparés de notre pays est quasiment impossible. Quant aux voyages dans des pays lointains, c'est quelque chose qu'on ne peut plus espérer... D'ailleurs, dans le monde, personne ne s'intéresse vraiment à cette branche de la musicologie : qui sait, peut-être qu'elle n'est même pas si importante que le croient ses fanatiques ! »

A partir de 1905 il y a très peu de compositions de Bartok qui ne portent pas de traces directes ou indirectes de ses contacts avec la musique populaire.
Il l’aborde de diverses façons; voici quelques grandes lignes du traitement des motifs de la musique traditionnelle chez Bartók :

• arrangement / transcription : appropriation par Bartók des mélodies populaires, pour lesquelles il réalise une harmonisation/orchestration

  • Six danses populaires roumaines pour piano (1915), transcrite plus tard pour différentes formations instrumentales
    Danses populaires roulaines, Sz.56, extr. N°1 : "Jocul cu bata" (danse du baton)
    Zoltan Kocsis, piano
    CD DENON 33C37-7813 • création d’une musique originale à partir des mélodies populaires, des thèmes modelés d’après les mélodies authentiques
  • Sonatine pour piano (1915) Massimiliano Damerini, piano CD ARTS 47216-2 • libre utilisation des éléments populaires (structure mélodique, intervalles, rythmes, esprit), leur développement selon les règles de la composition savante : folklore imaginaire - Sonate pour piano (1926)
    Zoltan Kocsis, piano
    CD DENON 33C37-7813

La dernière œuvre orchestrale de Bartók est son Concerto pour orchestre de 1943. Exilé à New York depuis 1940, Bartók se sent bien seul. Il a du mal à se faire accepter en tant que compositeur dans sa nouvelle patrie, et en plus il est épuisé par une leucémie naissante et il ne compose plus. En août 1943, de son lit au sanatorium de Saranac Lake, au nord des Etats-Unis, Bartók accepte pourtant une commande du chef d'orchestre Serge Koussevitzky ; tarif : 1000 dollars. Le ler décembre 1944, à Boston, le Concerto pour orchestre lui apportera enfin la consécration américaine. Un véritable triomphe de la vie, comme Bartók le reconnaît lui-même :

" Exception faite du deuxième mouvement, proche d'un scherzo, la tendance générale est le passage progressif du caractère sérieux du premier mouvement et de la plainte funèbre du troisième à l'affirmation de la vie qui caractérise le finale."

Ce mieux-être sera de courte durée : Bartók n'écrira plus que la Sonate pour violon seul et deux concertos inachevés (le troisième pour piano et celui pour alto) avant de s'éteindre, le 26 septembre 1945. Retour

L'oeuvre au programme :
Bela Bartok, Concerto pour Orchestre Sz. 116 (1943)

  • 2ème Mouvement "Giuoco delle coppie"
  • 3ème mouvement "Elegia"

• Création : 1er décembre 1944 à Boston Symphony Hall, par l’Orchestre Symphonique de Boston, direction Serge Koussevitzky. C’est une des œuvres les plus connues et les plus accessibles du compositeur. Sur la demande du chef d’orchestre, Bartók retravailla la partition en février 1945 et composa une seconde version, plus longue de 22 mesures, version qui est plus souvent reprise aujourd’hui.

• Structure globale : architecture symétrique : forme d’arche (ABCBA), 5 mouvements, structure interne de chaque mouvement contenant des symétries : structure caractéristique pour certaines œuvres de Bartók

  1. Introduzione: Andante non troppo/Allegro vivace :Forme sonate
    1. Giuoco delle copie: Allegro scherzando : ABA
    2. Elegia: Andante non troppo/Poco agitato : Prélude/ABC/Postlude
    3. Intermezzo interrotto: Allegretto : ABABA
    4. Finale: Pesante/Presto : Forme sonate

• Concerto pour orchestre : la forme et l’esprit renvoient à la forme du concerto grosso baroque (le compositeur donne aux mouvements les titres en italien), dont l’idée est de mettre en valeur le dialogue de différents groupes d’instruments, plutôt que d’opposer un instrument soliste à la masse orchestrale

Bartok :

"Le titre de cette œuvre orchestrale d’allure symphonique s’explique par sa tendance à traiter les instruments isolés ou les groupes d’instruments de façon concertante ou soliste. Le traitement « virtuose » apparaît par exemple dans les sections fugato du développement du 1er mouvement (aux cuivres), dans les passages en forme de perpetuum mobile du thème principal du dernier mouvement (aux cordes), et, plus particulièrement, dans le 2e mouvement, ou des paires d’instruments entrent les uns après les autres avec des passages brillants."

DISCOGRAPHIE Concerto pour orchestre : Orchestre symphonique de Londres, SOLTI (Decca) Orchestre philharmonique de Hongrie, Kocsis (Hungaroton) Orchestre symphonique de Cleveland, Szell (Sony) Les autres œuvres : Bela Bartók : Complete edition (29 CDs), Hungaroton Le Château de Barbe-Bleue Le Mandarin merveilleux La musique pour cordes, percussion et célesta Mikrokosmos 4 et 5e quatuor à cordes 2e concerto pour piano et ochestre DVD BARTOK : CONCERTO POUR ORCHESTRE, LES CLEFS DE L’ORCHESTRE de Jean-François ZYGEL Orchestre Philharmonique de radio France Naïve 2009 BIBLIOGRAPHIE Bela Bartok : Ecrits, édités par Philippe Albéra et Peter Szendy, Genève, Contrechamps 2006 P. Citron : Bartok, Solfèges, Seuil 1963 ​

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