Musiques populaires et musiques savantes : Aaron Copland

Chef de file de la musique américaine pendant quatre décennies, Aaron Copland fut le premier compositeur américain à s’affranchir des influences européennes afin de créer un langage basé sur un son « américain » qui est encore aujourd’hui reconnu par ses compatriotes comme authentique.

Aaron Copland

Retour au sommaire

Après avoir été formé auprès de Nadia Boulanger à Paris, et une fois de retour aux Etats-Unis, Copland élabore une esthétique visant à redonner à l’art savant de la composition son utilité sociale. Il s’impose une simplicité du langage, puisant dans les sources de la musique populaire américaine, allant du jazz au folklore, et en s’inspirant des grands mythes américains dans son œuvre. Dans le cadre de la thématique Musiques populaires, musiques savantes, proposée comme cadre de réflexion pour le Baccalauréat 2011, la démarche pour une « musique fonctionnelle » d’Aaron Copland illustre un autre XXe siècle, qui, à la différence des avant-gardes qui mettent en opposition le savant et le populaire, s’inspire du populaire pour revitaliser le savant.


APPALACHIAN SPRING

Genèse

Appalachian Spring fut composée pour le ballet de la chorégraphe américaine Martha Graham, et son titre, suggéré par Graham elle-même, fait référence aux monts Appalaches au sud de la Pennsylvanie. Il fut crée le 30 octobre 1944 à Washington dans sa version originale, pour 13 instruments. Par la suite, Copland en a fait une suite de concert, et dix ans après la création, une version pour grand orchestre (ballet et suite).

«Moi-même, je suis content que les deux arrangements soient disponibles"[...] dira le compositeur. "Avec le temps je suis venu à croire que l’instrumentation originale possède une clarté et se rapproche plus de ma conception originale que la version orchestrale plus opulente.»

Le sujet du ballet reprend un des grands mythes de l’histoire américaine : l’installation des colons à l’Ouest des Etats-Unis, avec ses chansons et hymnes populaires. Voici le programme comme il est décrit dans la suite :

«Le ballet raconte l’histoire d’une célébration de pionniers au printemps, autour de la construction récente d’une ferme dans les collines de Pennsylvanie, au début du siècle dernier. La future mariée et le jeune fermier qu’elle épousera montrent des émotions, de la joie comme de l’appréhension, que leur nouvelle alliance familiale invite. Un voisin plus âgé suggère de temps à autre la solide confiance de l’expérience. Un revivaliste [appartenant au Mouvement du Réveil protestant] et ses disciples rappellent aux nouveaux habitants les aspects étranges et terribles du sort humain. A la fin, le couple est calme et solide dans sa nouvelle maison.

L’instrumentation de la suite est identique à celle du ballet original : flute, clarinette en sib, basson, piano et double quatuor à cordes. »Aaron Copland : The Musical Voice of America

interview avec le chef d'orchestre Marin Alsop sur l'essence du son américain d'Aaron Copland par la NPR (en anglais)

** Traitement mélodique: réinvention de motifs populaires**

La musique d’Appalachian Spring regorge de motifs populaires stylisés et réinventés. Voici, à titre d’exemple, la mélodie Simple Gifts, une sorte d’hymne des Shakers dans les années 1840, qui sert de thème pour une série de variations :

Appalachian spring : Variations on a Shaker Hymn : Dopio movimento "A celebration / Bartok, Bizet, Copeland..."
Orchestre Symphonique de Detroit Antal Dorati, direction DECCA 4757615

Copland reprend la mélodie Simple Gifts dans le recueil intitulé "Old American Songs" (1952 et 1954), où il réinterprète une série de mélodies populaires, dans une version pour voix et petit orchestre :

Old American songs Livre I pour baryton et petit orchestre : Simple Gifts Thomas Hampson, baryton Orchestre de chambre de Saint Paul Hugh Wolff, direction TELDEC 9031-77310-2

Autre exemple de l’utilisation du folklore par Copland, la mélodie "Ching-a-ring chaw " du recueil "Old American Songs" :

Old American Songs Livre II pour baryton et petit orchestre : Ching-a-ring Chaw "The historic broadcasts 1923-1987 - NY Philharmonic Vol.5" Marilyn Horne, mezzo-soprano Leonard Bernstein, direction NEW YORK PHILHARMONIC NYP 9710/11

Traitement symphonique: les suites des ballets des cowboys

Billy the kid, suite d'orchestre : Prairie night COPLAND / AMERICAN SONGS / UPSHAW Orchestre de chambre de Saint Paul, direction : Hugh Wolff TELEDEC 9031-77310-2

Rodeo : Buckaroo Holiday

Rodeo : Hoe-Down Aaron Copland : Appalachian spring / Rodeo / Fanfare for the common man Orchestre Symphonique d’Atlanta Direction: Louis Lane TELARC TELA CD 80 078

Pour aller plus loin... Le jazz dans la musique de Copland

Ecoutez des extraits d’une interview de 1970 pour la BBC, où Copland aborde entre autres son rapport au jazz dans les années 1920 (en anglais).

Il est intéressant de comparer les oeuvres où les références au jazz sont plus stylisées, comme le Concerto pour piano,

Concerto pour piano et orchestre : Molto moderato (molto rubato) "Aaron Copland : Oeuvres symphoniques de jeunesse" Aaron Copland, piano New York Philharmonic Leonard Berstein, direction SONY 47232/2
ou comme le The Cat and the Mouse pour piano,

The cat and the mouse Aaron Copland : Œuvres pour piano Nina Tichman, piano WERGO WER 6211-2

avec les œuvres où l’ambiance est sans aucune ambiguïté :

  • le recueil pour piano "Four Piano – blues" (1920-1948) : Freely poetic

Four piano blues : freely poetic "Aaron Copland : Oeuvres pour piano" Nina Tichman, piano WERGO 286 211-2 - et celui intitulé "Three Moods" : Jazzy (1920)

Three Moods : jazzy Copland : Oeuvres pour piano Ramon Salvatore, piano CEDILLE RECORDS CEDIL CDR 90000 021

DISCOGRAPHIE

Orchestre philharmonique de New York, Bernstein
Orchestre philharmonique de Los Angeles, Bernstein
Orchestre symphonique de San Francisco, Tilson-Thomas
Orchestre symphonique de Londres, Copland
Appalachian Spring Suite/Copland
Rarities and Masterpieces Appalachian Spring (Chamber Version)/Orpheus Chamber Ensemble, DG


FANFARE FOR THE COMMON MAN

Genèse

Lorsqu’il reçut la commande pour la Fanfare for the Common Man par Eugene Gossens, directeur musical de l’Orchestre symphonique de Cincinnati en 1942, Copland répondait à une commande adressée à 18 compositeurs pour des pièces courtes à caractère patriotique qui devraient s’inscrire dans la saison de l’orchestre. Dans une lettre adressée à Gossens, Copland explique que le titre de la composition est inspiré du discours du vice-président Wallace dans lequel il parlait du prochain siècle comme étant celui de« l’homme ordinaire (common man)»**.** C’est justement le contexte socio-politique de la naissance de l’œuvre qui a fait sa popularité. Gossens explique :

«C’est mon idée de faire de ces fanfares des contributions captivantes et significatives pour l’effort de guerre. Je suggère donc que tu donnes à ta fanfare un titre, comme par exemple « Une fanfare pour les soldats, ou pour les aviateurs, les navigateurs ».

Copland s’est fait un honneur de participer à ce projet patriotique :

«C’était l’homme ordinaire, après out, c’est lui qui faisait le sale boulot dans la guerre et l’armée. Il méritait bien une fanfare.»

Orchestration

Par conséquent, le dispositif instrumental est bien celui des orchestres de la musique militaire : cuivres, timbales, grosse caisse et tam-tam. Copland réutilisera le thème de la Fanfare dans le dernier mouvement de sa 3e symphonie (1946), mais il en modifia l’orchestration. Cette symphonie fut directement inspirée par les stratégies musicales de Chostakovitch que Copland admira tant.

Interprétation: une musique pour le peuple

Dans la Fanfare for the Common Man, nous retrouvons les éléments de l’engagement de Copland dans la création d’une musique pour le peuple : une simplicité imposée, un programme qui puise dans la mythologie américaine, et une référence directe aux idées progressistes que défendait Henry Wallace sous le mandat de Franklin Roosevelt. De nombreuses adaptations et reprises de la Fanfare témoignent de la place qu’elle occupe dans l’imaginaire collectif américain. Tout récemment, elle fut reprise lors de la cérémonie de l’inauguration de Barack Obama en 2009.

A écouter : les versions d'Emerson, Lake & Palmer, The Woody Herman Orchestra, Saving private Ryan (Il faut sauver le soldat Ryan), The Rolling Stones... ...............................................................................................

DISCOGRAPHIE

Orchestre symphonique de Londres, Copland
Orchestre philharmonique de New York, Bernstein
DVD Copland and the American Sound (dist. Integral)

SUR LE WEB - Quatre interviews d'Aaron Copland par la BBC - L’interview avec Aaron Copland en 1980 - Une discographie proposée par la NPR pour connaître Aaron Copland - Les archives des articles autour d’Aaron Copland dans New York TimesRetour

Sur le même thème

Mots clés :