"Musiques dans l’Italie fasciste" C. Ginot-Slacik/M. Niccolai-Sélection du Prix France Musique des Muses 2020

Sélectionné pour le Prix France Musique des Muses 2020 "Musiques dans l’Italie fasciste" (1922-1943) de Charlotte Ginot-Slacik & Michela Niccolai est publié chez Fayard. Présentation :

"Musiques dans l’Italie fasciste" C. Ginot-Slacik/M. Niccolai-Sélection du Prix France Musique des Muses 2020
" Musiques dans l’Italie fasciste " de Charlotte Ginot-Slacik & Michela Niccolai (Fayard) - Sélection du Prix France Musique des Muses 2020, © pôle vidéo - France Musique

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Les auteurs

Charlotte Ginot-Slacik est Musicologue, spécialisée dans l’étude des liens entre musique et politique au XXe siècle, professeure au CNSMD de Lyon, elle collabore en parallèle avec de nombreuses institutions musicales : avec l’Orchestre national du Capitole comme dramaturge, avec l’Opéra de Lyon, avec les Musicales franco-russes de Toulouse. Ses recherches interrogent particulièrement la Méditerranée des compositeurs italiens d’après-guerre. 

Michela Niccolai est Docteur en Musique et Musicologie et enseignante à la Sorbonne Nouvelle, spécialiste de mise en scène lyrique (XIXe et XXe siècle), elle s’occupe actuellement du répertoire de chansons de cabaret, du théâtre d’ombres et du music-hall à Montmartre (1880-1930).  Elle collabore régulièrement avec de nombreuses institutions parisiennes (Philarmonie, Opéra, Opéra-Comique…) et internationales (Palazzetto Bru Zane, Université de Montréal) et est membre associé des laboratoires IHRIM (Lyon 2) et LaM (Université Libre de Bruxelles).  

Le livre

Comment évoquer les complexes relations entre le pouvoir fasciste et les musiciens ?  De 1922 à 1943, le paysage de l’Italie musicienne est entièrement refondé : désireux d’exalter la nation et ses mythes, le régime fasciste suscite d’abord l’intérêt des compositeurs. Aviateurs et tyrans antiques hantent alors les scènes d’opéra, tandis que les chansons populaires se font l’écho des conquêtes coloniales et du changement de la société.  

Le fascisme n’a jamais imposé des canons esthétiques précis. Pourtant, ni les musiques savantes ni les genres populaires ne lui sont étrangers. Des trajectoires individuelles à des œuvres emblématiques, l’ouvrage évoque une nation fascinée puis déchirée par le totalitarisme mussolinien.  

  • Quelle est la place de cet ouvrage dans votre carrière ?

Charlotte : D’abord l’occasion d’un duo ! Le travail en équipe a toujours été une constante de mon parcours ; au sortir de ma thèse de doctorat, j’avais envie d’échanger et de co-écrire… Et avec Michela, je n’ai pas été déçue ! Plus largement, toutes mes recherches ou mes collaborations institutionnelles interrogent la place de l’artiste, du musicien dans une société ou face à des injonctions politiques. Musiques dans l’Italie fasciste creuse ce sillon en éclairant historiquement de tels enjeux. 

Michela : Pour moi c’était d’abord un saut dans le vide (et sans filet de protection !). Je crois que pour une Italienne ce ne soit pas possible de se structurer dans sa formation (musicale et citoyenne) sans se positionner au regard du fascisme. Beaucoup d’histoires familiales se mêlent à ce passé encore dense de mystères, ce qui fait que cette période devient un objet de recherche très chargé affectivement. Le travail en duo m’a permis de franchir les limites émotionnelles et affronter sereinement le sujet, dans toute son importance musicale et sociale.   

  • Qu’avez-vous chercher à montrer avec cet ouvrage ?

La complexité du sujet. Le public français connaît peu le fascisme italien, ses contradictions, sa longévité. Il nous apparaissait comme essentiel de raconter sans manichéisme les relations entre le pouvoir et le politique. Ensuite, de mettre en mots (et sans aucune contradiction avec ce qui précède d’ailleurs !) la violence que ce régime exerça à l’égard des citoyens. Et enfin de croiser les genres : ne pas s’arrêter aux scènes d’opéra ou à la création contemporaine, mais embrasser aussi la chanson populaire, l’opérette, le cinéma… En somme nous souhaitons montrer par quels biais la dictature mussolinienne a réussi à « fascistiser » les Italiens et le rôle que jouèrent la musique et les institutions culturelles. 

  • Quels sont vos prochains projets ?

Ensemble ?  Boire un verre ! 

Séparément ? 

Charlotte : Je travaille à l’édition de textes français inédits de Luigi Dallapiccola, qui éclairent autrement son œuvre et ses engagements. Dans un avenir immédiat, pas d’autres chantiers en vue après cette expérience particulièrement prenante autour de l’Italie fasciste, mais l’envie de continuer à transmettre les musiques de répertoire et de création auprès de toutes celles et ceux qui s’y intéressent. 

Michela : Cette expérience a été profondément positive, et m’a donné envie de continuer à travailler en équipe, notamment autour des thèmes qui touchent les institutions lyriques parisiennes et leur évolution entre XIXe et XXe siècles. Je continue aussi à travailler sur un projet de longue haleine autour de Bella Ciao et la révolution globale, sur l’héritage de ce chant partisan dans les luttes sociales contemporaines.