Mendelssohn : Tout savoir sur les Symphonies du compositeur allemand

Surdoué, Mendelssohn compose quasiment toutes ses symphonies pour grand orchestre avant 30 ans. En voici un petit panorama !

Mendelssohn : Tout savoir sur les Symphonies du compositeur allemand
Felix Mendelssohn, d'après le portrait réalisé par Wilhelm Hensel (1794-1861), © Getty / Universal Images Group

Exigeant, intransigeant, Felix Mendelssohn refuse de publier ses deux dernières symphonies : il les juge en effet peu satisfaisantes. Passe encore pour la Cinquième, mal-aimée du public et des professionnels de l’époque. Mais la Quatrième, qui aurait cru ? Elle qui fit et fait encore la gloire de son auteur !

Tantôt classique, tantôt romantique, l’œuvre symphonique de Mendelssohn semble hésiter entre plusieurs chemins. Le compositeur s’inspire parfois des maîtres qui l’ont précédé, s’aventure du côté de la symphonie chorale et frôle la musique à programme… 

Felix Mendelssohn et sa soeur Fanny au piano
Felix Mendelssohn et sa soeur Fanny au piano, © Getty / Bettmann

A 15 ans, il a déjà écrit 13 symphonies !

Prodige, Felix Mendelssohn l’est certainement. En plus de ses cinq symphonies pour grand orchestre, il est aussi l’auteur de douze autres pour cordes, toutes écrites entre 12 et 15 ans. Enfant d’une riche famille berlinoise, il est très vite baigné dans les arts, la musique et la littérature.

Chaque dimanche, des concerts sont donnés dans la demeure familiale de la Neue Promenade à Berlin. Les enfants Mendelssohn s’y produisent. Moyen pour leurs parents de les présenter à la haute société. C’est ici que Mendelssohn fait entendre sa treizième et dernière symphonie de jeunesse, celle qui sera publiée plus tard en tant que Symphonie n°1 en ut mineur

Énergique et envolée, l’œuvre porte encore l’empreinte des modèles du jeune compositeur. Les voix de Mozart, Beethoven et Weber semblent se faire entendre en filigrane. Ce premier essai pour grand orchestre séduit le public le jour de sa création le 1er février 1827 au Gewandhaus de Leipzig. Quelques semaines plus tard, l’Ouverture du Songe d’une nuit d’été est donnée pour la première fois.

Une Deuxième Symphonie pour les 400 ans de l’imprimerie

Nous sommes le 25 juin 1840. 500 choristes et musiciens sont réunis sur scène pour créer la Symphonie n°2 de Mendelssohn. Certes, le nombre est moins vertigineux que chez Mahler dont la Symphonie n°8 regroupera 1000 interprètes 70 ans plus tard. Mais l’œuvre n’en est pas moins monumentale.

Baptisée « Lobgesang » (Chant de Louange), elle célèbre les 400 ans de la naissance de l’imprimerie et honore le roi de Saxe, Friedrich August II. Mi-cantate mi-symphonie, elle s’inscrit à la charnière entre les symphonies de Beethoven et de Mahler.

L'oeuvre se découpe en deux grandes parties, l’une purement instrumentale, l’autre avec chœurs. Pendant neuf sections, les voix s’unissent sur des textes de la Bible, premier ouvrage imprimé par Gutenberg, chantant la gloire de Dieu et le passage de l’ombre à la lumière. 

Le triomphe est retentissant pour Mendelssohn, alors âgé de 31 ans. Et contrairement à d’autres de ses symphonies, il décide de la faire publier. 

La Troisième, peinture musicale de l’Ecosse

A 20 ans, Mendelssohn prend son envol. Du printemps 1829 à l’été 1832, le jeune homme sillonne les routes de l'Europe. Après une première escale en Angleterre, le périple se poursuit par une visite de l’Ecosse. Un séjour inspirant, en particulier du côté de Holyrood où se trouve le palais de Marie Stuart. « Tout n’est ici que ruines et pourriture et là-dessus plane le ciel serein. Je crois y avoir trouvé le début de ma symphonie écossaise », écrit-il à ses parents en juin 1829 comme le rapporte le musicologue Marcel Schneider. 

Les premières ébauches de la Troisième Symphonie datent de cette époque. Mendelssohn s’imprègne de ces paysages sauvages dignes d’un roman de Walter Scott. Fin dessinateur, il les reproduit dans des carnets afin d’en conserver un souvenir précis.

Mais l’œuvre échappe à son auteur dès qu’il tente de la fixer sur le papier. Ne parvenant pas à restituer l’atmosphère écossaise comme il l’entend, il délaisse sa partition pour ne la reprendre que treize ans plus tard.

Si la Symphonie Ecossaise se nourrit d’impressions de voyage, elle n’est pas pour autant une musique à programme. La seule touche locale qui la colore est l’introduction d’un « pibroch » - un air de cornemuse - dans le Scherzo. Et encore, celui-ci est pris en charge par une clarinette !

L’Italienne, mal-aimée par son auteur !

Après l’Ecosse, direction l’Italie en 1830. Ce séjour envahit le compositeur d’un délicieux sentiment. « La musique, je ne l’ai pas trouvée dans l’art lui-même, mais dans les ruines, les paysages, la gaieté de la nature », explique-t-il. Il débute l’écriture de sa symphonie à Rome où il croise Berlioz, alors pensionnaire de la Villa Médicis.

L’italianité se fait surtout sentir dans les mouvements extrêmes. L’œuvre débute par un Allegro vivace festif en la majeur et s’achève par un saltarello, une danse née dans l’Italie médiévale. 

Créée en 1833, l’Italienne est « le chef-d’œuvre symphonique qu’attendait l’Europe, en deuil de Beethoven », note la musicologue Brigitte François-Sappey. _« Si une symphonie possédait tous les atouts pour conquérir le vaste monde, c’était bien l’Italienne. Et pourtant Mendelssohn, son auteur itinérant, douta d’elle au point de la séquestrer »_. Mécontent, le compositeur refuse en effet de la publier de son vivant.

Florence peinte par Mendelssohn vers 1830 (aquarelle)
Florence peinte par Mendelssohn vers 1830 (aquarelle), © Getty / Dea Picture Library / Coll. De Agostini

L’échec de la Symphonie n°5

Si Mendelssohn est insatisfait de sa quatrième symphonie, il l’est encore davantage de sa cinquième ! Et pour cause, même la Société des Concerts du Conservatoire renonce à la faire jouer. De surcroît, quand il l’entend pour la première fois à Berlin, le public est loin d’être conquis et Mendelssohn abandonne définitivement la partition.

Sous-titrée « Réformation », l’œuvre célèbre le tricentenaire de la Confession d’Augsbourg, texte majeur du luthéranisme. Comme pour la SymphonieItalienne, seuls les premier et dernier mouvements font écho au titre. Dès le début, on entend par exemple les accents du Magnificat du 3e ton et l’Amen de Dresde. Le choral est quant à lui fondé sur le chant luthérien Ein feste Burg ist unser Gott (C’est un puissant rempart que notre Dieu).