Marie Perbost, révélation des Victoires de la musique classique 2020

La soprano Marie Perbost est nommée dans la catégorie “Artiste lyrique” des Victoires de la musique classique 2020. Rencontre et portrait en cinq questions.

Marie Perbost, révélation des Victoires de la musique classique 2020
La soprano Marie Perbost fait partie des nommés aux Révélations des Victoires de la Musique Classique 2020, © GUYON Nathalie

Marie Perbost a été nommée Révélation pour les Victoires de la musique classique édition 2020 dans la catégorie "Artiste lyrique". Cette soprano de 30 ans rêve d'un monde où le jeunisme serait banni des scènes lyriques. Nous l'avons rencontrée lors de ses répétitions à la salle Gaveau à Paris, juste avant le Concert des Révélations du mercredi 16 janvier.

France Musique : Pourquoi  avoir choisi le chant ?

J'ai d'abord fait un peu de violoncelle. Et puis, au bout de cinq ans, j'ai un peu râlé et dit que j'en avais ras le bol. Ma mère, qui a entendu la publicité pour la maîtrise de Radio France,  m'a dit : Ça ne te tenterait pas d'essayer ? Je ne connaissais pas du tout la maîtrise de Radio France, mais j'y suis rentrée et j'y ai fait sept ans. C'était fabuleux. Il y a eu des moments difficiles, c'est une école de la vie en plus d'être une école de musique. Je ne serai pas la personne que je suis sans la maîtrise. Cela apprend une rigueur de travail incroyable. Et ça m'a ouvert à la joie infinie de l'harmonie parce que des voix ensemble, c'est extraordinaire. Il y a des vibrations, il y a quelque chose de viscéral. 

Vous auriez pu faire autre chose? 

Ce qui était compliqué dans mon cas, c'est que mes parents sont musiciens. Ma maman était chanteuse lyrique et c'est vrai que je me suis posée la question de savoir si je ne faisais pas ça juste pour parler le langage familial. Du coup, je me suis complètement coupée de la musique pendant trois ans. J'ai fait histoire de l'art et archéologie à la Sorbonne, j'ai appris énormément, j'ai adoré ça, mais au bout de trois ans là-bas, je me suis rendue compte qu'à la fac, le seul moment où j'avais un plaisir infini, c'était quand je faisais des exposés publics. Et là, j'ai décroché. Et j'ai bien réalisé que je n'étais pas tout à fait là où je voulais être.

Qu'est-ce qui vous plaît dans le chant ?

C'est cette relation à l'harmonie. Il y a quelque chose dans la vibration du chant qui me touche particulièrement. Grâce à la vibration, la voix permet le contact avec l'autre. Et puis, la musique porte des émotions. Donc, pour moi, c'est le moyen le plus efficace que j'ai trouvé pour pouvoir toucher et communiquer avec les gens. Parce que ce que le public me renvoie à chaque fois que je chante quelque chose, puisque j'ai beaucoup de plaisir également à être dans le jeu théâtral, notamment dans certains récitals que je fais, c'est vraiment ça qui m'anime, c'est ce que j'aime, plus que la musique en elle-même.

Si vous aviez la possibilité de rencontrer ou de jouer avec un musicien célèbre, mort ou vivant, ce serait qui? 

J'aurais bien aimé discuter avec Bernstein. Il y a quelque chose chez cet homme qui m'intrigue, à la fois sa force et sa douceur. J'ai vu beaucoup de vidéos où on le voit diriger, notamment l'enregistrement de West Side Story et sa façon à la fois de gérer le groupe, d'être profondément dans la musique et profondément dans l'humain. Et puis, je trouve sa façon que sa façon de composer est tellement exceptionnellement théâtrale, tout en étant tellement au service de la musique. Je me dis que cet homme a compris des choses que je cherche encore et que je n'ai pas encore compris. On pourrait partager un bon dîner et peut être qu'avec l'ivresse, on aurait fait de la musique à la fin. 

Avez-vous avez un rêve en tant que musicienne ?

Je crois que dans le contexte politique et social actuel, mon rêve, ce serait de pouvoir faire mon métier le plus tard possible. Parce qu'être une femme, ce n'est pas toujours facile, même si l'on peut dire que ça va cent fois mieux qu'il y a des centaines d'années, et que je vois la vie que ma grand mère a eue. J'ai beaucoup de chance d'avoir la vie que j'ai aujourd'hui, mais le rapport aux femmes dans ce métier reste compliqué. Mon rêve, c'est notamment qu'on arrête d'être obsédé par l'âge, qu'on valorise l'expérience d'une personne, homme ou femme par ailleurs, et que je puisse faire mon métier le plus tard possible. Que je ne sois pas obligée d'en changer parce qu'à 45 ans, on ne voudrait plus de moi et on voudrait me jeter comme une chaussette, alors que ce serait peut être le moment où, justement, je serai plus que jamais maîtresse de mon instrument et de mon univers créatif. Mais ça, c'est peut être qu'un rêve.

Vidéos de Marie Perbost

Désiré Dihau, La Tour Eiffel

Charles Gounod, Faust - L’Air des bijoux 

Giacomo Puccini, Gianni Schicchi  "O mio babbino caro" 

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