Mais d’où vient le nom des notes ?

Qu’on les appelle La Si Do Ré Mi Fa Sol, A B C D E F G ou ハ ニ ホ ヘ ト イ ロ, les notes renvoient aux mêmes hauteurs de son, aux mêmes touches du clavier. Mais si elles n’ont pas d’appellation universelle, c’est parce qu’elles sont le fruit d’un héritage propre à chaque civilisation et à chaque langage.

Mais d’où vient le nom des notes ?
Partition

A B C : it’s easy as 1 2 3

L’idée d’associer les notes à des caractères alphabétiques ne date pas d’hier...
Trois cent ans déjà avant notre ère, les grecs retranscrivent leurs compositions musicales à l’aide de lettres, de chiffres et de symboles divers. Les symboles de notation sont si nombreux que, pour la seule période antique, on répertorie l’usage de près de 1 260 signes musicaux.

Un hymne à Apollon, gravé au Ve siècle avant J-C., à Delphes
Un hymne à Apollon, gravé au Ve siècle avant J-C., à Delphes

Face à ce désordre, Boèce, philosophe latin, entreprend de faire le tri. Au tournant du VIe siècle, il décide d’associer les quinze premières lettres de l’alphabet latin à quinze notes ascendantes. Ce système sera par la suite réduit à l’octave, de A à G : sept lettres que les anglo-saxons et les germains utilisent encore aujourd’hui.

Cependant, une lettre ne fait pas encore, du temps de Boèce, référence à une note fixe : elle renvoie à la hauteur relative d’un son (B par rapport à A). Le fait d’associer systématiquement A B C D E F G à la gamme, du La au Sol, est institué près de cinq cent ans plus tard, au Xe siècle, par le moine bénédictin Odon de Cluny.

Des musiciens, dessinés par Boèce dans son "Traité de la musique"
Des musiciens, dessinés par Boèce dans son "Traité de la musique"

Fa, c’est facile à chanter

Mais si on vous demandait aujourd’hui de descendre la gamme en chantant les lettres de l’alphabet, ne seriez-vous pas un peu perdu ?
C’est possible, car dans nos pays latins, les noms des notes – Do Ré Mi Fa Sol La Si – ne sont pas l’héritage des musiciens de l’Antiquité et de Boèce : ils ont été façonnés à partir de la musique vocale.

N’est-il pas plus facile, en effet, de chanter un intervalle - écart entre deux notes - lorsqu’on peut lui associer des mots et une mélodie ? Essayez donc de retrouver une quarte juste ! Cela peut paraître savant et pourtant : il vous suffit d’entonner les premières notes deLa Marseillaise.
Une seconde majeure descendante ? Yesterday des Beatles, tout simplement.

Premières notes de La Marseillaise
Premières notes de La Marseillaise

C’est Guido d’Arezzo - moine bénédictin lui aussi, mais italien – qui découvre l’astuce au début du XI siècle. Sauf qu’à son époque, bien entendu, pas d’hymne national ou de tube des quatre garçons dans le vent... pour faciliter l’apprentissage des chanteurs de son abbaye, le pédagogue choisit l’Hymne pour saint Jean-Baptiste, bien connu des moines.

UTqueant laxis / Pour que puissentRE sonare fibris / résonner des cordesMI ra gestorum / détendues de nos lèvresFA mili tuorum, / les merveilles de tes actions,SOL ve polluti / ôte le péché,LA bii reatum, / de ton impur serviteur,Sancte Johannes / Saint Jean

On retrouve, avec les premières syllabes de chaque phrase, le nom des notes encore en usage dans les pays latins, à deux détails près. Le "Sj" a été ‘francisé’ en "Si" par Anselme de Flandres, au XVIe siècle. Le Do est apparu, lui, au siècle suivant, remplaçant le Ut que les italiens trouvent trop difficile à chanter.

La résistance anglo-germanique

Alors pourquoi, lorsque l’usage de Do Ré Mi Fa Sol La Si se répand à travers l’Europe, les pays anglo-saxons et germaniques préfèrent-ils conserver un ordre alphabétique ? Première réponse, la plus évidente : l’astuce mnémotechnique du moine d’Arezzo est issue du latin et s’adapte donc moins commodément aux langues d’origine germanique.

Deuxième piste, plus tardive : l’Angleterre et l’Allemagne sont deux pays où se sont particulièrement développées les factures de piano, notamment à l’époque romantique. Or qu’a-t-on la place d’inscrire à côté des chevilles de l’instrument pour faciliter le travail des accordeurs ? Seulement A B C D E F et G.

Une différence est à noter toutefois entre anglo-saxons et germains : pour les premiers, le Si correspond au B tandis que pour les seconds, cette même note se dit H. Nos voisins d’outre-Rhin ont en fait conservé l’usage latin du B pour le Si bémol.
Cela aurait été trop simple, sinon.

Autre spécificité de nos amis germaniques : ils aiment composer à partir des mots. Bach a ainsi créé son Art de la fugue à partir des lettres de son propre nom (soit Sib La Do Si). Schumann, aime lui aussi faire jouer le langage et les sons.
Il écrit notamment des variations autour du thème formé par le nom de son amie imaginaire : Meta Abegg.

Et ailleurs ?

Du La au Sol, les sept notes de la gamme japonaise sont associées aux premiers caractères de l’iroha : un classement utilisé pour l’apprentissage de la calligraphie. Cet ordre n’est pas comparable à un alphabet, puisqu’une succession de signes ne forme pas de syllabe. L’iroha ou plutôt Le chant de l’iroha correspond en fait à la transcription d’un sūtra bouddhiste.

Autre exemple : celui de l’Inde. Les swaras y sont également au nombre de sept, chacune des notes renvoyant au bruit naturel d’un animal : shadjamam, le cri du paon, richabham, le beuglement de la vache, gandharam, le bêlement de la chèvre, madhyamam, le son du héron, panchamam, le chant du rossignol, dhaivatam, le hénissement du cheval, et nichadam, l’éléphant qui barrit.

A l’écrit, ses notes se réduisent à S R G M P D N et lorsqu’elles sont chantées, on les prononce tout simplement Sa, Ri, Ga, Ma Pa, Dha et Ni. Les notes indiennes ont ainsi pour commodité de conjuguer les deux aspects qui, en Occident, distinguent le langage ABC de la solmisation latine : la concision à l’écrit pour le premier, et l’aide au chant pour la seconde.

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