Les vinyles de musique classique tournent-ils encore ?

Alors que samedi 18 avril se tenait en France le Disquaire Day, journée des disquaires indépendants, de jeunes et moins jeunes audiophiles redonnent au vinyle une seconde vie. Retour sur la place qu’il occupe aujourd’hui dans l’univers de la musique classique.

Les vinyles de musique classique tournent-ils encore ?
Vinyle Classique

Le vinyle se porte mieux. Emporté par une double tempête – celle du CD dans les années 1980 et celle du numérique depuis le début des années 2000 -, il est longtemps resté dans l’oubli.

Apparu il y a un siècle, le vinyle a connu une longue période de prospérité avant de s'effondrer brutalement. Seuls des labels spécialisés, et un public d'inconditionnels amateurs de musique électronique classique ou de jazz y restaient fidèles.

Mais, depuis le début de la décennie, le microsillon fait une réapparition dans les magasins de disques, qui renaissent par la même occasion. La demande est revenue. Le vinyle semble avoir trouvé un nouveau public, plus large que durant ses années de purgatoire, et de plus en plus nombreux sont ceux qui se rassemblent autour de cet objet devenu culte.

« On a trois types de clients pour les vinyles. D’abord il y a les amateurs et pointus qui ont toujours été fans du 33 tours. Il y a aussi ceux qui reviennent, les gens qui ont entre 40 et 50 ans, qui s’étaient débarrassé de leurs vinyles pour le CD, et qui regrettent. Et enfin, des jeunes, des lycéens qui se mettent naturellement aux vinyles, c’est étonnant, mais je trouve ça très bien.” confie Thomas Changeur fondateur de la boutique et du Label Ballades Sonores dans une interview.

La boutique du label Balades Sonores, 1 avenue Trudaine 75009, Paris
La boutique du label Balades Sonores, 1 avenue Trudaine 75009, Paris

Au vu des chiffres, peut-on pour autant parler de retour, ou s’agit-il davantage d’un effet d’annonce pour compenser la mort programmée du CD, dont les ventes baissent chaque année de 10 à 15%?

Il est très difficile de chiffrer avec précision les ventes de vinyles en France, celles des indépendants n’étant pas comptabilisées. Or ce sont ces disquaires qui distribuent nombre de labels. On estime qu’entre 400 et 500 000 exemplaires s’y vendent chaque année entre. Chiffre marginal, en comparaison avec les ventes de CD qui atteignent encore quelque 50 millions d'exemplaires. En France, l’usine de pressage de vinyles la plus importante, MPO a presque doublé sa production en trois ans, passant de 3,7 millions d'unités en 2010 à 5,1 millions en 2013.

329 000 vinyles se sont vendus en 2012 contre 15 000 en 2007. Une remontée des ventes à relativiser, puisque le disque vinyle ne représentait que 0,4% des ventes de musique en 2011.

Le symptôme d’une nostalgie

Ecouter un vinyle, c’est une expérience. Ouvrir la platine, sortir le disque de son enveloppe, le nettoyer, le lancer, déposer l’aiguille sur le disque. C’est également retrouver des sensations et un rapport au temps qui s’oppose à surconsommation numérique. Ecouter des vinyles a un goût de passé, une forme de nostalgie, ces petites imperfections, ce crachotement qui fait son charme et son succès aujourd’hui.

Et le classique dans tout ça ?

Pour les amateurs de musique classique, la situation est différente. L’achat de vinyles peine à s’étendre et reste réservé à une part restreinte d’audiophiles.

« Le retour aux vinyles concerne assez peu le classique, ce dernier est très axé sur le pop-rock. Dans l’univers du classique, cela concerne un petit peu la musique contemporaine d’avant-garde, essentiellement électronique. La musique de chambre contemporaine est quant à elle peu concernée par le retour du vinyle. En revanche un regain d’intérêt est constaté chez des compositeurs comme Bartók, Schonberg ou encore Dimitri Chostakovitch.» nous confie Rémi Vimard disquaire de la boutique Analog Collector à Paris.

La boutique de vinyles Analog Collector, rue Charles V 75004 Paris
La boutique de vinyles Analog Collector, rue Charles V 75004 Paris

Les ventes sont assez faibles et ne tendent pas à croître ces dernières années :
« Selon moi, les ventes en musique classique étaient plus fortes en 2001 qu’aujourd’hui. Donc le retour qui s’opère depuis deux ans est pour moi davantage lié à une mode qu’à la musique ».

Il faut dire que les vinyles de musique classique s’adressent avant tout à un public de niche qui occasionnellement se diversifie.

« Occasionnellement des gens viennent picorer dans le classique, mais sur des choses relativement banales : les Quatre Saisons, Satie…Il ne s’agit pas forcément d’un public mélomane pour du classique. L’objet les intéresse, du coup, de temps en temps ils vont acheter un disque classique ».

La véritable clientèle a été longtemps liée aux mélomanes qui cherchaient et accumulaient un grand nombre de différentes versions. Cette clientèle est passée aux CD et par la suite à la musique dématérialisée.

« Ce changement de mode de consommation de la musique peut également expliquer la faible progression des vinyles de musiques classique.».

Subsiste un noyau dur d’audiophiles qui, pour l’instant laisse peu d’ouverture à un nouveau public.
« Peut-être que cela va s’ouvrir, qu’une partie des jeunes, des quadras et des quinquas vont avoir un œil sur le classique mais cela restera ponctuel et se limitera à l’achat de quelques disques de référence afin d’alimenter un système de son. »

Il s’agit pour le moment d’une clientèle réduite qui dispose d’un système audio très performant et coûteux.
« La musique classique est une musique qui est tellement complexe que beaucoup de paramètres doivent être respectés » souligne M. Vimard.

Pourquoi écouter du classique sur vinyle ?

Au niveau de la qualité, d’écoute le débat entre vinyle et CD est complexe. Certains connaisseurs affirment même que la meilleure qualité audio qui soit, c’est le vinyle à la première écoute, plus chaude et plus proche du signal sonore d’origine.

Le disque vinyle est une source analogique, l’information est stockée de manière directe sur le support. En réalité le débat oppose deux formats bien distincts : le numérique et l’analogique.
Sur le plan théorique, un CD dispose d’une fréquence d’échantillonnage qui bride les fréquences élevées et engendre une perte de notes sur le spectre audio. Souci qui ne se retrouve pas sur vinyle.

Par contre il est possible avec le numérique en HD, de repartir d’une bande analogique et de la convertir au bon format. Le risque de cette méthode est de perdre beaucoup en résolution, en naturel et en fluidité.
« C’est pour cela que beaucoup de gens évoquent l’aspect plus froid du cd » « Ceux qui ont goûté au son analogique ne peuvent plus revenir à celui du CD, qui leur apparaît soudain glacial, voire métallique.»

Vinyles
Vinyles

Chaque vinyle classique possède des richesses ignorées. La chaleur du son, sa présence dans une pièce, font sa spécificité. « Le mp3 et le disque compact ont bien du mal à retranscrire l’ensemble des émotions ressentie avec un 33 ou 45 tours d'époque » souligne Rémi Vimard.

Au niveau de la qualité d’écoute, un petit lecteur cd bon marché sera moins musical qu’une ancienne petit platine. Mais le débat englobe beaucoup de paramètres subjectifs selon la qualité sonore souhaitée. Alors quel intérêt réside dans l’écoute sur vinyle ?
« Je dirais que tout ce qui a été enregistré avant la période du numérique, a un fort intérêt à être écouté en vinyle. Mais précisons que par la suite le numérique a su prouver qu’il pouvait aller très loin ».

Par contre, dès qu’il s'agit de restituer le son d'instruments en cuivre ou en bois, l'analogique est privilégié. « Quand on écoute du violoncelle en vinyle sur un bon équipement, on entend le bois de l'instrument » souligne M. Vimard.

Les disques analogiques, eux, n’utilisent pas d’échantillonnage, ce qui signifie que le temps n’est pas découpé pour être numérisé. De cette manière ils retransmettent mieux l’acoustique du lieu de la prise de son. Le débat est encore, ouvert mais il semblerait que l’écoute d’un vinyle de musique classique sur un système de qualité d’enregistrement de la période 1950-1980 apporte un véritable confort auditif.

Ainsi les fans de vinyles ne le sont pas seulement par simple nostalgie, c’est avant tout la qualité du son émis qui entre en compte dans le choix de ce support. Mais cela a un prix, l’équipement n’étant guère bon marché.

Le vinyle classique un objet fascinant ?

L’objet est donc fascinant, autant pour ses qualités sonores que pour sa pochette.
« J’ai moi-même collectionné pendant longtemps les pochettes réalisées par l’atelier Cassandre, j’ai toujours voulu réaliser une exposition autour de cela. » nous confie Rémi Vimard. Des séries plus commerciales, ont mis avant des pochettes pop destinées à vendre du classique. C’est notamment l’ouvrage du graphiste américain Alex Steinweiss, un des premiers à avoir intégré l’« Artwork » sur les pochettes de vinyles et dont certaines sont devenues collector. Un engouement lié au marketing des année 1960-1970 qui permettra d’augmenter les ventes de manière considérable. La pochette dessinée par Alex Steinweiss de la Neuvième Symphonie de Beethoven a permis d’en augmenter les ventes de 894%.

«J’aime tellement la musique, et j’avais tellement d’ambition que j’étais prêt à en faire beaucoup plus que ce pourquoi on pouvait bien me payer. Je voulais que les gens entendent la musique en voyant l’œuvre d’art» confiait Alex Steinweiss à propos de son travail.

Le graphiste américain Alex Steinweiss et la pochette de la neuvième Symphonie de Beethoven
Le graphiste américain Alex Steinweiss et la pochette de la neuvième Symphonie de Beethoven

On retrouve le plaisir de posséder un objet, le collectionner.
« L’aspect collection demeure dans le classique.Il y a encore certains vinyles classiques très côtés, autant qu’un Beatles. Mais peu. » Prospère à une certaine période, le marché a tendance à baisser sur le collector bien qu’occasionnellement les ventes soient plus prospères sur certains artistes, selon les tendances, un peu comme pour le jazz.

Alors quel avenir pour le vinyle de musique classique ? Dans un monde futur totalement numérisé, le vinyle pourrait-il devenir le support privilégié du plus grand nombre ?
Selon Remi Vimard « Si le support CD disparaissait complètement, le retour au vinyle sur le classique s’accentuerait probablement de manière significative, puisqu’il deviendrait l’unique support physique existant.»

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