Rodolphe Théry : "Les timbales, c'est de la balle !"

Rodolphe Théry, timbalier à l'Orchestre philharmonique de Radio France, nous fait découvrir les timbales en image et en musique. A travers son répertoire et son histoire, il nous explique le fonctionnement de son instrument. Démonstration vidéo.

Rodolphe Théry : "Les timbales, c'est de la balle !"
Rodolphe Théry, timbalier à l'Orchestre philharmonique de Radio France, © Radio France / Pôle vidéo, France Musique

Timbalier, je crois que c'est quelque chose qui vient avec l'âge : au début et comme dans la vie, on veut trop en faire. Alors qu’avec les timbales, il ne faut pas trop en faire. Il faut trouver juste ce qu'il faut. Rodolphe Théry

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France Musique : Qu'est-ce que c'est, une timbale ?

Rodolphe Théry : C'est une peau tendue sur un fut et un moyen de faire varier la tension cette peau. Ce moyen peut prendre la forme, soit d'une pédale, soit de clés, qui nous permettent de changer l'accord de la timbale. La peau peut être faite de différentes matières : d'un côté, il y a les peaux synthétiques, en plastique et de l'autre, les peaux animales, en veau ou en chèvre. Ces dernières réagissent énormément à l'humidité : plus il fait humide, plus la peau animale se gorge d'eau et se détend. Cela a pour effet de diminuer la hauteur du son, si on ne fait rien. A l'inverse, plus il fait sec, plus la peau va manquer d'humidité et se tendre. La hauteur du son va augmenter, on dit alors que l'on fait "monter les peaux".

France Musique : Comment fait le timbalier pour jouer de son instrument ?

RT : Il abaisse son bras pour faire descendre la baguette d'un geste agile. Au moment où cette dernière rencontre la peau, il doit être aussi détendu que possible ! En frappant la peau, la baguette fait entrer cette dernière en vibration, qui produit le son en résonnant dans le fut.

Une baguette, c'est un morceau de bambou coiffé d'une tête. Elle peut-être en feutre, en flanelle, en cuir ou en bois, la matière la plus dure.

Pour faire varier la hauteur du son et changer l'accord de la timbale, le cercle sur lequel est tendu la peau est relié à une pédale. Plus on l'enfonce, plus la note est aiguë et inversement. Pour nous aider à identifier la note jouée, le système fait également bouger l'indicateur d'un cadran, sur lequel est indiquée la gamme. Avant cela, il fallait tourner une par une des clés disposées tout autour du cercle. Grâce à ces systèmes, on peut même faire des glissandi !

France Musique : Quel est le rôle des timbales au sein de l’orchestre ? 

RT : Pour moi, il y en a trois : d'abord, un rôle rythmique. Un bon exemple de ce dernier est la Danse infernale du roi Kastcheï de "L'Oiseau de Feu", d'Igor Stravinsky. Là, les timbales se comportent presque comme un métronome ! Ensuite, un rôle harmonique : bien souvent, nous jouons une tonique, puis sa dominante (sol do, la ré, si mi, etc). Enfin et je trouve que c'est le meilleur des rôles, la couleur, comme dans la Danse sacrale du “Sacre du printemps”, toujours de Stravinsky.

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France Musique : Quelle est l'histoire des timbales ?

RT : En France, Hector Berlioz a fait la part belle aux timbales, dans sa “Symphonie fantastique” ou “Harold en Italie”. Berlioz est aussi un des premiers à tirer partie du système d'accord des timbales, en écrivant sur la partition “il faut changer le do en la”, par exemple. 

France Musique : Peuvent-elles produire des sons... inattendus ? 

RT : Pour jouer de la façon “normale”, on frappe la peau à 10 cm du cercle. Mais rien ne nous empêche de jouer sur le cercle ou au centre de la peau ! On peut aussi disposer d'autres instruments sur les timbales : avec une cymbale, on peut produire un son très profond, semblable à celui du vent. Mais la chose la plus inattendue qu'on m'ait demandé de faire, c'était de jouer avec une tondeuse à barbe en fonctionnement contre la peau de la timbale.

France Musique : Quels styles musicaux peut-on jouer aux timbales ? 

RT : Même si c'est plutôt dans la musique classique qu'on retrouve les timbales, je pense qu'on peut à peu près tout faire du moment que ça sonne. J'ai eu connaissance d'une pièce de Duke Ellington pour big-band et timbales solos, par exemple. Le groupe Pink Floyd s'est aussi beaucoup servi des timbales. On peut même jouer du Daft Punk !

France Musique : C’est quoi, être timbalier ? 

RT : Timbalier, je trouve que c'est trop bien. On dit souvent que le timbalier est le deuxième chef d'orchestre. Après-tout, nous avons aussi une baguette, nous en avons même deux ! On voit souvent cet instrument comme deux grosses caisses qui font bim-bam-boum... mais en fait on peut changer énormément de paramètres : il suffit par exemple de presser un peu le tempo pour sentir l'orchestre accélérer avec nous. C'est vraiment la base sonore de l'orchestre avec les autres instruments graves.