Les premières fois du concours reine Elisabeth

L'édition 2017 du concours reine Elisabeth est consacrée au violoncelle... une première ! Et l’occasion de revenir sur les étapes marquantes de son histoire.

Les premières fois du concours reine Elisabeth
Le studio 4 de la maison culturelle Flagey, à Bruxelles, où se sont tenues les premières épreuves du concours 2017., © CMIREB

Le concours reine Elisabeth est l’un des plus prestigieux concours de musique au niveau international, ayant permis de propulser les carrières de nombreux instrumentistes ou chanteurs. Il a été créé en 1937 par la reine Elisabeth de Belgique et le violoniste compositeur Eugène Ysaÿe.

Diffusé tous les ans en direct par la télévision belge depuis Bruxelles, ce concours a pour particularité d’alterner chaque année les disciplines dans lesquelles les candidats peuvent concourir : violon, piano, composition et, pour la première fois en 2017, violoncelle.

Deux candidats de l'édition 2017 en répétition.
Deux candidats de l'édition 2017 en répétition. , © CMIREB

L’édition 2017 est donc une première... Or, des premières fois, avec plus de soixante éditions, le concours reine Elisabeth en a connues plusieurs. Retour sur les grands tournants de ce concours dont la tenue et les résultats font partie des principaux événements de la vie/scène musicale classique.

Le tout premier lauréat : David Oïstrakh

L’idée d’un concours pour jeunes musiciens virtuoses était celle du violoniste, chef d’orchestre et compositeur belge Eugène Ysaÿe. Maître de chapelle de la cour de Belgique, il devient conseiller musical de la reine Elisabeth, elle-même excellente violoniste.

Décédé en 1931, Eugène Ysaÿe n’aura pas assisté à la création du concours qu’il avait imaginé avec la reine, mais il en aura toutefois dessiné les grandes lignes : « Il faut que les épreuves portent sur l’ensemble des matières, sur les éléments musicaux et techniques ».

Le violoniste Eugène Auguste Ysaÿe, né le 16 juillet 1858 à Liège, a été dédicataire de nombreuses œuvres de ses contemporains (Chausson, Debussy, Fauré, Saint-Saëns, Jongen...).
Le violoniste Eugène Auguste Ysaÿe, né le 16 juillet 1858 à Liège, a été dédicataire de nombreuses œuvres de ses contemporains (Chausson, Debussy, Fauré, Saint-Saëns, Jongen...). , © cmireb.be

En 1937, la première édition du concours (alors baptisé Concours Ysaÿe) est un grand succès. Cinq violonistes soviétiques font partie des finalistes et le lauréat est David Oïstrakh.

Si ce Premier prix révèle son talent et sa virtuosité, ce n’est qu’au lendemain de la Seconde guerre mondiale qu’il entame véritablement sa carrière internationale, après que les autorités soviétiques l’autorisent à se produire régulièrement à l'Ouest.

Les lauréats de 1937, avec David Oistrakh en deuxième position en partant de la droite.
Les lauréats de 1937, avec David Oistrakh en deuxième position en partant de la droite., © CMIREB/IMKEB

Les premières éditions post Seconde guerre mondiale

Le concours est suspendu durant la Seconde guerre mondiale et renaît en mai 1951 sous son appellation actuelle, concours reine Elisabeth. Le lauréat de cette nouvelle édition est le violoniste soviétique Leonid Kogan, récompensé pour son interprétation surprenante et virtuose du premier concerto de Paganini, qui a d’ailleurs provoqué l’ovation des deux milles personnes venues assister à la finale.

La reine Elisabeth entourée par les lauréats de la session violon 1951, avec à sa droite Leonid Kogan.
La reine Elisabeth entourée par les lauréats de la session violon 1951, avec à sa droite Leonid Kogan., © cmireb.be

L’année suivante, en 1952, le concours est consacré au piano. Alors que le Suisse Karl Engel et l’Italienne Maria Tipo ressortent favoris des épreuves éliminatoires, c’est l’Américain Leon Fleisher qui crée la surprise et remporte le Premier prix. Et pourtant, sa prestation finale n’aura pas été sans contrariété…

Alors que le candidat interprète le premier concerto de Brahms, une corde grave du piano se brise. Panique dans les coulisses : l’accordeur est introuvable… c’est donc Leon Fleisher lui-même qui changera la corde de son piano, avant de reprendre sa cadence dans la plus complète décontraction.

Leon Fleisher quelques années avant son Premier prix au concours reine Elisabeth, en 1946.
Leon Fleisher quelques années avant son Premier prix au concours reine Elisabeth, en 1946., © Getty / Louis Liotta/New York Post Archives

La première femme récompensée

En 1968, la pianiste russe Ekaterina Novitskaya est la première femme à remporter le Premier prix du concours reine Elisabeth, à seulement seize ans. C’est durant ces épreuves qu’elle rencontre par ailleurs son futur mari, le pianiste belge François-Emmanuel Hervy.

Ne succéderont à Ekaterina Novitskaya que quatre femmes lauréates dans des catégories instrumentales : les violonistes Miriam Fried (en 1971), Yayoi Toda (en 1993) et Biba Skride (en 2001), ainsi que la pianiste Anna Vinnitskaïa (en 2007).

Peu représentées en violon et piano, les femmes Premier prix sont toutefois plus nombreuses dans la catégorie vocale…

La première édition pour chanteurs

Le chant fait son entrée au concours reine Elisabeth en 1988, après 37 ans d’alternance entre le violon, le piano et la composition, cette dernière discipline ayant été pour la première fois mise à l’honneur en 1953.

C’est la jeune soprano d’origine polonaise Aga Winska qui fait sensation en interprétant l’air des clochettes de Lakmé (opéra de Delibes), remportant ainsi cette première édition consacrée à l’art lyrique. Son portrait fait alors la une des média belges, mais la chanteuse ne mènera pas la même carrière internationale que d’autres ont pu entamer grâce à leurs prix.

2017 : l’année du violoncelle

L’édition 2017 du concours reine Elisabeth est historique : pour la première fois depuis la création du prix, le violoncelle est l’instrument mis à l’honneur. Comme de coutume, les candidats interprètent une oeuvre spécialement composée pour le concours et cette année, il s’agit de Chacun(e) sa chaconne, oeuvre pour violoncelle et piano écrite par la compositrice flamande Annelies Van Parys.

C’est le violoncelliste Français Victor Julien-Laferrière qui a remporté pour cette année le Grand Prix International Reine Elisabeth.