« Les "Bandes de violons" en Europe » de Luc Charles-Dominique - Sélection prix France Musique des Muses 2019

Sélectionné pour le Prix France Musique des Muses, « Les "Bandes de violons" en Europe: cinq siècles de transferts culturels » de Luc Charles-Dominique est publié chez Brepols. Présentation de l’auteur et du livre.

« Les "Bandes de violons" en Europe » de Luc Charles-Dominique - Sélection prix France Musique des Muses 2019
Les " bandes" de violons en Europe, cinq siècles de transferts culturels " de Luc Charles-Dominique (éd. Brepols), © Tom Jakubowicz/Maud Noury - Radio France

Toutes les infos sur le prixici

Quelques mots sur Luc Charles-Dominique

Luc Charles-Dominique est Professeur d’ethnomusicologie à l’Université Côte-d'Azur. Ethnomusicologue, anthropologue et historien, ses recherches se sont portées sur l'anthropologie musicale historique, en parallèle de recherches ethnomusicologiques sur la tradition de violon dans le Sud-Ouest de la France depuis la fin des années 1970. Outre de nombreux disques, de très nombreux articles, plusieurs ouvrages collectifs, il a publié Les Ménétriers français sous l’Ancien Régime (préface de François Lesure), Paris, Klincksieck (1994) et Musiques savantes, musiques populaires : les symboliques du sonore en France (1200-1750), Paris, CNRS (2006). Il a été distingué 5 fois par l'Académie Charles Cros. Il est également lauréat du Prix International de Musicologie Mahmoud Guettat 2018 (Tunisie) pour son ouvrage sur Les bandes de violons en Europe (Brepols, 2018). Cofondateur et président du CIRIEF (Centre International de Recherche Interdisciplinaire en Ethnomusicologie de la France), il est membre honoraire de l’Institut Universitaire de France.

Les "Bandes de violons" en Europe : Cinq siècles de transferts culturels. Des anciens ménétriers aux tziganes d'Europe centrale. 

Cet ouvrage propose de retracer l'histoire des consorts de violons, depuis leur apparition dans les premières décennies du XVIe siècle jusqu'à notre époque contemporaine et actuelle, en proposant pour cela une étude transculturelle, entre musiques dites savantes (de cour) et musiques dites populaires, entre cultures endogènes populaires européennes et cultures tziganes. L'hypothèse centrale de cette recherche inédite étant axée sur la notion de transfert culturel, c'est-à-dire la façon, dans le cas présent, dont un type de formation instrumentale a pu traverser les époques, le continent et les cultures, l'ouvrage examine tout à la fois la composition organologique des ensembles de violons, le jeu, la tenue, la facture et l'organologie des instruments, les fonctions sociales et musicales de ce type d'ensembles, les musiciens qui les jouaient, leurs statuts, éventuellement leur histoire personnelle, mais aussi les diverses polarités temporelles et culturelles en présence : tout d'abord une tradition violonistique ménétrière ancienne en Europe, puis des pratiques populaires toujours actuelles de bandes de violons dans certaines régions européennes (Italie notamment), enfin le jeu tzigane de ce type d'ensembles en Europe centrale, les bandes tsiganes étant organologiquement les plus proches des anciennes bandes ménétrières d'Europe occidentale. Dans cette optique, l'ouvrage a cherché à établir l'ensemble des modalités de mise en contact des divers protagonistes de cette histoire, notamment des Tziganes et des musiciens populaires européens locaux, au cours de l'histoire. 

Outre l'écriture d'une histoire transculturelle d'une richesse totalement insoupçonnée, cet ouvrage a pour ambition de proposer une nouvelle approche de la technique et du jeu violonistiques des anciens ménétriers violonistes, notamment à la cour de France, à partir de l’étude des consorts populaires actuels de violons de certaines régions d’Europe occidentale (Italie), centrale et balkanique, ainsi que d'une relecture des textes européens anciens.

  • Quelle place occupe l'ouvrage dans votre carrière ?

L'ouvrage est publié presque 40 ans après le début de mes recherches sur l'histoire du métier de ménétrier en France. Après avoir soutenu un mémoire à l'EHESS (1986) sur le thème de l'ancienne Corporation des ménétriers de Toulouse et publié en 1994 mon ouvrage de synthèse chez Klincksieck (Les ménétriers français sous l'Ancien Régime), j'ai mené dans un premier temps une recherche anthropologique sur les diverses symboliques sociales, politiques et religieuses de la musique et des instruments et publié en 2006, au CNRS, Musiques savantes, musiques populaires. Les symboliques du sonore en France (1200-1750), avant d'entamer cette recherche sur les Bandes de violons…, il y a dix ans. Dans le courant de ma carrière, mon cheminement de recherche a été tout d'abord socio-historique, puis plus spécifiquement anthropologique, enfin axé sur l'étude des phénomènes de circulation culturelle. Je considère mon dernier ouvrage Les bandes de violons… comme à la fois le plus ambitieux et le plus abouti. Il m'a demandé dix années de travail, donc cinq intensives dans le cadre de l'Institut Universitaire de France. 

  • Qu'avez-vous voulu montrer dans cet ouvrage ?

Partant du constat de très fortes ressemblances entre les anciens ensembles ménétriers de violons d'Europe occidentale, dès le XVIe siècle, et les actuelles bandes de violons tziganes d'Europe centrale, j'ai souhaité examiner dans cet ouvrage l'hypothèse, totalement inédite, de transferts culturels à travers le temps et l'espace pour expliquer ce constat troublant. Dans ce processus, les traditions régionales européennes de bandes de violons, qui se sont maintenues jusque dans le courant du XXe siècle ou parfois jusqu'à nos jours, constituent un élément important. J'ai donc cherché d'une part à expliquer les modalités historiques de mises en contact de ces musiciens de provenances et de cultures différentes tout au long de l'histoire et pour cela, à proposer une autre lecture de l'histoire de la musique dans laquelle les univers forains, marginaux, de l'itinérance et du nomadisme sont présents. D'autre part, si l'un des "points d'arrivée" de ces pratiques anciennes se trouve dans certaines traditions régionales actuelles, notamment tziganes, alors il est possible jusqu'à un certain point de tenter de proposer une reconstitution de l'art ménétrier violonistique ancien, notamment chez les Vingt-quatre Violons et autres bandes anciennes ménétrières de cour.

  • Quels sont vos prochains projets ?

Outre trois ouvrages collectifs dont je codirige actuellement l'édition, je prépare la réécriture complète de l'histoire des musiques de ménétriers.

Liste des librairies partenaires du Prix France Musique des Muses