Le piano dans tous ses états au théâtre des Bouffes du Nord

La Fondation Royaumont en association avec la médiathèque musicale Mahler lancent un nouveau festival à Paris : Pianos, pianos ! Une approche musicologique et historique autour d’un instrument que l’on ne connaît peut-être pas si bien…

Le piano dans tous ses états au théâtre des Bouffes du Nord
Un nouveau regard sur le piano proposé par le festival Pianos, pianos ! , © Getty / Antje Queiner / EyeEm

Les festivals dont la programmation tourne autour du piano sont nombreux dans le paysage français. Mais Pianos pianos n’a pas uniquement pour vocation de faire jouer des grandes œuvres du répertoire pianistique ou de faire venir des grandes stars du piano. La Fondation Royaumont et la médiathèque musicale Mahler souhaitent montrer tous les visages d’un instrument de musique que tout le monde connaît mais sous une unique forme très classique : le piano moderne (et souvent noir). 

Les 16 et 17 décembre, sur la scène du théâtre des Bouffes du Nord dans le Xe arrondissement de Paris, plusieurs interprètes viendront croiser les répertoires sur des pianos totalement différents : anciens, modernes, piano toy (petit piano jouet), piano préparé ou encore piano carré… 

« L’idée c’est montrer que le piano, que l’on pense souvent comme instrument unique, peut avoir beaucoup de formes et peut être joué de manières différentes », témoigne le pianiste Luca Montebugnoli qui va jouer sur un piano carré de 1823, inspiré des modèles Erard du Premier Empire, pendant le festival. Son programme tout droit sorti du début du XIXe siècle est mis en relation avec celui, contemporain, d’une autre pianiste, Claudia Chan. « Mettre en dialogue ces deux répertoires c’est montrer une recherche commune des effets que l’on peut faire sur un piano », continue le musicien. 

Deux époques, deux démarches similaires

En effet, la facture instrumentale, les compositeurs et interprètes avaient la même démarche au début du XIX et au milieu du XXe siècle, à savoir de trouver des sonorités inouïes, ajouter des effets stylistiques et faire évoluer l’instrument. « Nous avons voulu faire sentir ce goût de l’expérimentation. Au XIXe on quitte les sons pincés du clavecin pour faire des sons avec des couleurs musicales inspirées de la facture d’orgue », explique Sylvie Brely, directrice des programmes claviers de la Fondation Royaumont. Tandis qu’au XXe siècle, certains compositeurs, comme John Cage, écrivent pour pianos préparés : des instruments modifiés par l’ajout de divers objets sur les cordes par exemple pour modifier le son.

Le répertoire de ce nouveau festival repose donc sur cette idée de mettre en dialogue deux époques et deux visions communes du lien entre le son et le piano. Mais c’est aussi une idée qui vient d’un fond musical : celui de la médiathèque Mahler située dans le VIIIe arrondissement de Paris. « Notre coeur de collection vient du pianiste Alfred Cortot », raconte Thomas Vernet, responsable de la bibliothèque musicale François Lang à Royaumont et des projets avec la médiathèque Mahler, adossée à la Fondation. « Henry-Louis de La Grange et Maurice Fleuret avaient acquis la bibliothèque de Cortot - livres, partitions de travail etc., puis d’autres fonds se sont agrégés comme ceux des pianistes Yvonne Lefébure, Marguerite Long ou encore Claude Hellfer », poursuit le musicologue. 

Le festival a souhaité mettre en valeur ces collections parfois méconnues et mettre à disposition des artistes des partitions précieuses comme Evryali, oeuvre pour piano de Xenakis annotée par le pianiste Claude Helffer et qui sera jouée par Claudia Chan. « C’est un dialogue que l’on instaure entre deux interprètes qui ne se sont jamais rencontrés », commente Thomas Vernet.

Pour découvrir le piano sous un nouvel angle, le Théâtre des Bouffes du Nord  propose donc deux journées de concerts et ateliers participatifs les 16 et 17 décembre à Paris.