Dans les coulisses du "Journal intime de Mozart", premier podcast natif de France Musique

Le premier épisode de notre podcast dédié au virtuose sort ce jeudi. Marianne Vourch et Sophie Pichon, respectivement productrice et réalisatrice, évoquent avec passion ce projet ambitieux... et nous donnent un avant-goût.

Dans les coulisses du "Journal intime de Mozart", premier podcast natif de France Musique
"C’est comme un jeune enfant qui se confie à son journal, au gré de ses jours ou de ses semaines", confie Marianne Vourch, la productrice du podcast., © France Musique

Une plongée auditive et intimiste dans la vie d’un prodige. C’est l’immersion que vous propose France Musique dès ce jeudi, avec la sortie du premier épisode d’un podcast destiné aux enfants, mais pas que : "Le Journal intime de Mozart". Sept chapitres, de neuf minutes chacun, où l’on découvrira au fil d’une narration habitée la vie, courte mais exceptionnelle, du génie de Salzbourg, des premières notes de piano aux grands voyages dans les cours princières. Plongée dans les coulisses du premier podcast natif de France Musique.

Il était une fois un livre pour enfants...

Le projet, ambitieux, est d’abord une adaptation : celle d’un livre, "Le Journal de Mozart". Un ouvrage destiné aux enfants publié par Marianne Vourch, productrice de la série d'épisodes (et aussi du podcast Histoire de musique.) Quand les éditions Belin l’approchent pour écrire ce journal intime, Marianne Vourch est impressionnée par la tâche : "J’ai d’abord refusé. J’étais très intimidée, je me disais que je ne pouvais pas prendre la plume de Mozart, c’était trop grand", confesse-t-elle. Mais quelques mois plus tard, la réflexion cheminant, l’idée finit par s’imposer : "Je me suis dit que c’était dommage, que c’était peut-être une occasion d’évoquer la vie de cet enfant-homme, de cet homme-enfant, et de pouvoir la transmettre aux enfants sous un autre regard."

C’est alors que germe la proposition d'un podcast. "Plus j’avançais dans l’écriture, plus je me disais qu’il fallait absolument que l’on puisse le porter en musique. J’ai dit aux éditions Belin: 'Je ne parle pas de Mozart si on ne peut pas écouter la musique de Mozart'. Ça me semblait juste incohérent, impossible. Je restais avec une certaine frustration : d’où ce désir fou de pouvoir le monter en podcast, et donc de le porter du premier mot au dernier en musique."

"C’est comme un jeune enfant qui se confie à son journal, au gré de ses jours ou de ses semaines. Je pense qu’on a tous eu un petit journal, d’une manière ou d’une autre, plus ou moins long. C’est une lecture de la parole de Mozart, en musique" - Marianne Vourch

Un énorme travail de documentation 

Le livre et le podcast qui en découle sont le fruit d’une documentation fouillée, d’un "gros travail de lecture et de recherche" : "Il existe une bibliographie excessivement dense. Il y a aussi toutes les correspondances de Mozart", souligne la spécialiste de musique classique, qui est aussi allée chercher dans ses expériences passées, lors de représentations : "J’ai beaucoup été puiser dans ma mémoire de répétitions d’orchestres, d’opéras, des discussions aussi que j’ai pu avoir avec des chefs d’orchestre sur des rôles, des lectures d’oeuvres."

La narration est signée du comédien Nicolas Vaude, avec qui Marianne Vourch a déjà réalisé plusieurs projets. Son côté volubile, pétillant et grave à la fois, semblait tout indiqué pour donner vie au personnage de Mozart, "tout en truculence et en même temps d’une profondeur inouïe, d’une gravité troublante."

"On a eu deux séances d’enregistrement du texte pur", nous indique Sophie Pichon, réalisatrice depuis 25 ans à France Musique. "C’est quasiment ma première direction d’acteur ! Sur France Musique, je n’avais pas encore eu l’occasion de le faire. J’ai essayé de faire ça de façon très intuitive. Je viens du cinéma à la base, je me suis lancée à l’instinct, j’avais une incarnation du Mozart que je voulais. Autre défi : le comédien était censé progresser dans l’âge, au fil de la vie du compositeur."

"Au gré de son interprétation, quand je n’avais pas ce que je voulais, je le faisais recommencer. Mais avec beaucoup de diplomatie ! On est aussi obligé d’intégrer la personnalité du comédien dans la version finale" - Sophie Pichon

Du son, de la musique et des images

Format audio oblige, le texte originel de Marianne Vourch a été quelque peu retouché. Sans compter tous les éléments sonores ajoutés pour romancer, donner à voir, suggérer des images : "Il fallait aussi emmener les auditeurs dans l’espace de vie", explique la productrice. "Les voyages, les calèches, les arrivées à Londres, à Paris, à Vienne… Il s’agit un peu d’un film, mais un film auditif. Ça a été assez extraordinaire comme travail."

"On a eu quelques versions bêta. Au début on était parties sur quelque chose de beaucoup plus simple", se souvient Sophie Pichon. "Puis, on s’est dit que c’était quand même pour les enfants, je voulais donc quelque chose de complètement immersif. Il y a aussi parfois des bruitages comiques. Le père de Mozart est personnifié par les accords de Don Giovanni, je voulais cette incarnation : du premier au dernier épisode, chaque fois qu’on parle du poids moral du père, le motif musical revient."

"Forcément, on veut être digne du sujet auquel on s’attaque, et on veut se montrer digne de ce personnage extraordinaire et de sa représentation, s’éloigner aussi d’un film qui a énormément marqué, tout en s'en inspirant : Amadeus, de Milos Forman" - Sophie Pichon

Avec parfois quelques anachronismes ! "On a fait entendre Big Ben, alors que Big Ben n’existait pas à l’époque. Mais il faut à tout prix générer pour les auditeurs un décor sonore, les transporter, en l’occurrence, à Londres, lorsque Mozart débarque dans la capitale britannique."

"Il faut faire des choix, des arbitrages"

D’ailleurs, les faits sont-ils relatés tels quels, ou romancés ? "Je n’ai rien transformé, et je n’ai rien ajouté. Mais je n’ai pas écrit toute la vie de Mozart, il faut faire des choix, des arbitrages", estime Marianne Vourch. "Si je suis très honnête, c’est dans les choix que j’ai pu faire que ma personne s’est sans doute exprimée. Si je dois aller plus loin dans cet aveu, il y a un passage de la vie de Mozart qui pour moi est toujours bouleversant : c’est cette décision de départ avec sa mère, qui laisse son mari, sa fille, ses amis pour accompagner son fils."

"Ce qui est aussi très important à mon sens, quand on écrit un journal intime en se mettant à la place d’un enfant, c’est vraiment de tout remettre à zéro. Il ne faut surtout pas prendre partie. Ça doit vraiment être de l’écriture pure, sans que quoi que ce soit d’autre que la parole de Mozart existe" - Marianne Vourch

Quand Mozart vous prend par la main

"C’était un tel plaisir, une joie inouïe de créer ce podcast, de lui donner vie d’un chapitre à un autre. On se rendait compte quand on le montait à quel point Mozart nous offrait des instants incroyables, comme le moment du Miserere à Rome, la mort de la mère…", se remémore la productrice, qui se dit "très fébrile" à l’idée de faire découvrir le podcast aux auditeurs. 

"Plus que d’être fières, on est heureuses", complète Sophie Pichon, la réalisatrice. "C’est bête à dire, mais je pense que Mozart nous a accompagnées." À ce sujet, elle évoque une coïncidence (en est-ce une ?) qui l’a frappée : "Je savais que le Requiem de Mozart était inachevé, mais je ne savais pas où s’était arrêté exactement le Lacrimosa. Pour la mort de la mère, j’ai décidé de l'arrêter à un instant T. Et peu après, j’ai appris que c’est exactement à cet endroit là que le manuscrit originel de Mozart s’arrêtait, avant d’être complété après sa mort", raconte Sophie Pichon. "Ce sont ces petits miracles qui vous font dire que vous êtes habité par le projet."