Le doyen des chefs d’orchestre Stanisław Skrowaczewski est mort

Le chef polonais devenu citoyen américain, Stanislaw Skrowazeski est mort mardi 21 février 2017 à l’âge de 93 ans. Qualifié de “légende vivante”, il dirigeait encore il y a quelques mois son orchestre favori : le Minnesota Orchestra.

Le doyen des chefs d’orchestre Stanisław Skrowaczewski est mort
Stanisław Skrowaczewski a dirigé jusqu'à ses 93 ans , © Getty / Ullstein Bild

De 4 à 93 ans, Stanislaw Skrowaczewski a consacré sa vie à la musique. Le chef d’orchestre et compositeur est décédé mardi 21 février 2017 à côté de Minneapolis au Etats-Unis, trois mois après une première crise cardiaque.

Né à Lwów en Pologne (aujourd’hui Lviv en Ukraine) en 1923, Stanislaw Skrowaczewski débute le violon et le piano à 4 ans et, dans sa huitième année, il compose sa première oeuvre pour orchestre. Très vite, il veut suivre les pas de sa mère et devenir pianiste concertiste. Mais en 1941, quand l’Union soviétique est envahie par les nazis, une bombe explose dans son quartier et le jeune musicien se blesse la main au point d’abandonner son rêve de carrière.

A la fin de la guerre, il rejoint Cracovie et s’intéresse de près à la musique contemporaine polonaise auprès de deux grands noms de la musique : Andrzej Panufnik et Witold Lutosławski. Stanisław Skrowaczewski commence à diriger les orchestres polonais de Wrocław, Katowice et Cracovie.

Virée parisienne et consécration internationale

Dans les années 1940, le jeune chef d’orchestre étudie à Paris et fait la rencontre de la chef et compositrice Nadia Boulanger. En 1948, il dirige la première de la 5ème symphonie de Chostakovitch avec l’Orchestre philharmonique de Radio France (alors appelé Orchestre Radio-Symphonique). Une version qui reçut, quelques années plus tard, la consécration du compositeur en personne.

Sa victoire au concours international de chefs d’orchestre à Rome en 1956 marque le début de sa carrière internationale. Deux ans plus tard, il est invité par par le chef d’orchestre George Szell à venir diriger le Cleveland Orchestra. Et en 1959, à peine un an après cette première collaboration, il quitte définitivement la Pologne communiste avec sa femme pour devenir citoyen américain.

Le rêve américain

Aux Etats-Unis, Stanisław Skrowaczewski a dirigé de nombreux orchestres : de New York à Philadelphie en passant par Chicago, Boston, Los Angeles… Mais parmi tous ces ensembles, c’est avec le Minnesota Orchestra (appelé à cette époque l’orchestre symphonique de Minneapolis) qu’il va vivre une histoire d’amour.

Il débute avec cet orchestre en 1960 et en reste le directeur musical durant 19 ans, avant d'en devenir chef émérite, ce qui l’amène à le diriger au moins une fois par an. L’histoire entre le chef et l’orchestre dure presque 60 ans. C’est sous sa direction qu’une nouvelle salle est construite, l’Orchestra Hall, en 1974. Un rêve réalisé pour Skrowaczewski qui trouvait l'acoustique de l’auditorium de Northrop où l’orchestre jouait “inacceptable” et qui préconisait de la dynamite comme unique solution.

C’est avec son orchestre de cœur que le chef a dirigé son dernier concert, en octobre 2016. Et dans le programme se trouvait aussi son compositeur bien aimé : Anton Bruckner, avec la symphonie n°8. Un concert salué par la critique, malgré son âge avancé et ses problèmes de santé : « Les merveilles de la partition brillent sous sa direction [...] La tension durant la performance était d’une extraordinaire qualité », écrit le journal allemand Tagesspiegel.

Le chef d’orchestre lui-même avouait sa facilité à diriger des orchestres avec son grand âge et son expérience :

« Les choses viennent plus naturellement. Quand vous êtes jeune, vous cherchez et comparez vos performances avec d’autres personnes. C’est toujours la recherche et l’expérience qui donne de la tension. Mais une fois que la recherche et la comparaison disparaissent, il n’y a plus de tension. La musique coule organiquement. Aujourd’hui c’est juste le plaisir que je recherche. »

Stanisław Skrowaczewski compositeur

Moins connu, son travail de composition est tout de même conséquent. Stanislaw Skrowaczewski remporte deux Prix Pulitzer pour ses œuvres : Concerto pour orchestre (1985) et Passacaglia Immaginaria (1995).

Le chef d’orchestre a dirigé certaines de ses compositions comme le concerto pour cor anglais, Music at Night et sa Passacaglia Immaginaria.

La dernière année de sa vie, Stanislaw Skrowaczewski composait l’orchestration d’un Requiem. Une oeuvre qu’il avait écrite en 2011 pour six musiciens, à l’occasion de l’enterrement de sa femme. Un projet qui voulait aussi montrer à quel point l’art pour lui est nécessaire à la bonne santé de la société. Le compositeur souhaitait que cette oeuvre finisse sur une note d’espoir : « J’ai l’impression que la civilisation s’effrite ce dernier siècle. J‘ai de l’espoir et je crois en la résurrection. Je ne le verrai pas, mais vous, oui ».