« La Vigne écarlate » de Vincent Borel - Sélection Prix France Musique des Muses 2019

Sélectionné pour le Prix France Musique des Muses, Vincent Borel est l'auteur de « La Vigne écarlate » aux éditions Sabine Wespieser. Présentation du livre, de l'auteur et entretien.

« La Vigne écarlate » de Vincent Borel - Sélection Prix France Musique des Muses 2019
" La Vigne écarlate " de Vincent Borel (éd. Sabine Wespieser), © Tom Jakubowicz/Maud Noury - Radio France

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Quelques mots sur l'auteur 

Né à Gap en 1962, Vincent Borel vit entre Paris, où il exerce le métier de journaliste, et les Alpes du Sud. La Vigne écarlate est son neuvième roman. En même temps que La Vigne écarlate, la collection sw poche réédite, vingt ans après sa première parution chez Actes Sud, Vie et mort d’un crabe, deuxième livre, autobiographique, de l’écrivain mélomane.

La Vigne écarlate

Vincent Borel renoue avec sa veine musicale pour écrire le portrait de l’obsessionnel Anton Bruckner, auteur de onze symphonies et précurseur de la modernité viennoise. Solitaire, méprisé, peu sociable, le Viennois n’a pas l’envergure flamboyante d’un Wagner. Mais un peu d’attention révèle chez lui des traits de caractère surprenants : son arithmomanie, qui lui faisait compter les feuilles, les étoiles et les fenêtres, ou son intérêt pour les affaires judiciaires, les ossements et les cimetières. Vincent Borel met en lumière, à la faveur de quelques épisodes significatifs de son parcours, le profil d’un homme passablement « toqué ». Artiste proche des génies psychiatriques de l’art naïf, resté d’un romantisme adolescent, Bruckner avoua à la fin de sa vie qu’il mourait puceau. Ses agendas lacunaires et les témoignages le concernant montrent comment, sans cesse, il demandait la main de femmes trop jeunes pour lui, programmant ainsi son échec. Élevé dans le catholicisme autoritaire du monastère de Saint-Florian, il y fut nourri d’un rigorisme absolu. Selon ses dernières volontés, il repose d’ailleurs sous l’orgue de l'abbaye. Ces quelques pistes font entendre la genèse d’une musique complexe, puissante, composée par un interprète exceptionnellement doué, et qui sonne aujourd’hui incroyablement moderne. Il a fasciné ses élèves, dont Hugo Wolf et Gustav Mahler.  Sa figure interroge l’insuccès : ce pour quoi l’on échoue et pourquoi, cependant, seul contre tous, on persévère. La virginité de Bruckner, ses « tocs », la réécriture permanente de ses oeuvres, mais aussi son lyrisme éperdu, font de cet être opaque et décalé un objet romanesque singulier et particulièrement fascinant. 

  • Quelle est la place de cet ouvrage dans votre carrière ? 

La "veine musicale" fait partie des sujets que j’aime aborder, au même titre que la dystopie, ou d’autres thématiques plus contemporaines. 

En ce qui concerne la musique, cela procède en général d’une page qui me touche et me hante longuement. Ce fut la passacaille d'Armide pour Baptiste, mon roman sur Lully ;  le Credo de la messe Mille Regrets de Cristobal de Morales, basée sur un motet de Nicolas Gombert pour mon roman Mille Regrets.Tristan et Isolde a été à l’origine de mon roman Richard W. consacré à l'homme inattendu que fut Wagner. Et c’est en écrivant ce dernier ouvrage que je suis tombé en amour avec l’Andante de la Deuxième symphonie de Bruckner. Quelques minutes de musique suffisent à susciter l’envie et à ouvrir mon imaginaire. Un imaginaire toujours dûment encadré par de solides recherches historiques.    

  • Qu’avez-vous cherché à montrer dans cet ouvrage ? 

Pour un romancier, Bruckner est un vrai challenge. Il possède la personnalité la plus anti-romanesque qui soit : pas de grand amour, pas de combat politique, pas de vie rocambolesque. Mais une existence morne et sage, quasi monacale. Et pourtant, l'oeuvre de cet homme « sans qualités » transpire l’obsession, la névrose, l’orgueil, la véhémence, l’inquiétude. Seul dans son coin, il construisit un pont incroyable entre Schubert et Schoenberg. Il a entrevu des formes qui sont celles de la modernité du vingtième et du vingtième siècles. Certaines de ses pages pourraient être aujourd’hui signées de Philip Glass ou de Max Richter. Il y a du mystère et du névrotique dans ce géant naïf et torturé. Fouiller son intériorité, ses angoisses et sa grandeur, m’a passionné.   

  • Quels sont vos prochains projets ?

Je travaille sur un roman qui traitera de la politique et de la religion, de la foi et de la trahison. Je l’écris en parallèle d'un autre, consacré, lui, à un compositeur que j’aime et qui me « parle » depuis des années… mais dont je préfère encore garder l’incognito.

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