La Vie des ensembles au temps du confinement

Pendant le confinement, les ensembles (orchestres, chambristes, ensembles vocaux) tentent de trouver des alternatives pour continuer à travailler.

La Vie des ensembles au temps du confinement
La Réjouissance de Haendel, chacun s'est filmé en train de jouer sa propre partie et, une fois tous les enregistrements en main, l’un d’entre eux s’est chargé de faire le mixage.

Ces derniers jours, un nouveau type de vidéo a fait son apparition sur les réseaux sociaux. On y voit des mosaïques de musiciens, filmés chacun chez soi, dans sa bibliothèque, sa chambre ou son salon, qui donnent l’illusion de jouer ensemble. Dernier en date, magnifiquement réalisé : le Boléro de Ravel par les musiciens de l'Orchestre national de France :

Citons également le Serbian National Theater Orchestra, l’Orchestre philharmonique de Rotterdam ou encore l’Ensemble de violoncelles Ô-Celli

Claude Zanotti, violoncelliste de l’Orchestre National des Pays de la Loire et professeur au Conservatoire d’Angers a lui aussi tenté l'expérience avec ses collègues du Conservatoire, “pour le plaisir”. A partir d’une bande-son de La Réjouissance de Haendel, chacun s'est filmé en train de jouer sa propre partie et, une fois tous les enregistrements en main, l’un d’entre eux s’est chargé de faire le mixage. 

Privé d’orchestre et contraint à échanger avec ses élèves par téléphone, M. Zanotti en profite pour avancer sur un autre projet, passant ses journées à transcrire des partitions pour ensemble de violoncelles (Méditation de Thaïs de Massenet, Concerto pour violoncelle d’Elgar…) en vue du concert de fin d’année de sa classe. Reste à savoir s’il aura bien lieu en juin comme prévu...

Répéter par Skype, une solution ?

Si la perspective de se rassembler en simultané est mission impossible pour un orchestre, plusieurs musiciens chambristes ont tenté leur chance sur des plateformes comme whatsapp, zoom ou skype. Mais la plupart du temps, l’expérience est infructueuse. “La connexion est mauvaise, cela ne fonctionne pas, explique la gambiste Salomé Gasselin, peu convaincue. Et même si le réseau avait été meilleur, elle se montre sceptique vis-à-vis de ce genre d’initiatives virtuelles, déplorant leur aspect dématérialisé et le manque de partage. La qualité est loin d’être idéale et il devient difficile d’effectuer un travail sur les nuances, sur le timbre. “Cela n’a pas trop de sens musicalement et ne remplace pas une vraie répétition”. 

“Cette période nous offre un temps plus long pour le travail personnel”

Approfondir le travail individuel

Si les répétitions en ligne sont peu concluantes, certains musiciens tentent de voir le côté “positif” du confinement. “Individuellement, cette période nous offre un temps plus long pour le travail personnel, la recherche de partitions, le développement de projets, explique le claveciniste Justin Taylor. Il n’y a plus d’échéances, plus d’urgences. Cela fait parfois du bien de se retrouver seul.” 

Justin Taylor et son Consort devaient enregistrer un disque en mai avec la mezzo-soprano Eva Zaïcik, mais comme bien des projets, celui-ci sera sans doute repoussé. En attendant, ils ont enregistré une vidéo de “Ombra mai fu” tiré de Serse de Haendel à distance et en différé, un moyen de “se réconforter” et de rester en contact. 

Faute de pratique collective, la période du confinement se présente donc comme un temps pour réfléchir. Le contrebassiste Hugo Abraham, membre de l’ensemble Ictus, spécialisé dans la musique contemporaine, devait participer au spectacle “Encyclopédie de la parole” à Bruxelles en mai. Si la création sera probablement reportée, cela ne l’empêche pas de continuer d’échanger avec le compositeur, Pierre-Yves Macé. “Nous avons fait un skype pour vérifier si les sons qu’il souhaite obtenir sont réalisables sur la contrebasse. Je lui ai montré les différents modes de jeux. Bien sûr, il faudra affiner après le confinement, mais cela nous permet d’avancer.” 

Apprendre au jour le jour

Pour beaucoup d’ensembles, l’après-confinement reste pour l’instant marqué d’un grand point d’interrogation. Mathieu Romano, fondateur de l’ensemble vocal Aedes, essaie de rester optimiste.“Cela fait quinze ans que nous existons, nous avons une force commune qui fait qu’il n’y aura probablement pas de séquelles d’un point de vue musical et notre première répétition après le confinement sera sans doute très belle.” Cependant, Mathieu Romano s’inquiète pour ses interprètes : la plupart sont intermittents et se retrouvent privés de revenus du jour au lendemain à cause des annulations. En attendant la sortie de crise, Mathieu Romano insiste sur l’importance de s’appeler, de garder le contact et de rester soudés.