« La Symphonie Pastorale » d’André Gide : la musique classique ouvre au monde qui nous entoure

Excellent pianiste, admirateur de Frédéric Chopin, André Gide a donné à la littérature nombre d’écrits sur la musique. Son ouvrage, La Symphonie Pastorale, publié en 1919, laisse entrevoir comment l’initiation à la musique classique permet la découverte du monde qui nous entoure.

« La Symphonie Pastorale » d’André Gide : la musique classique ouvre au monde qui nous entoure
L'écrivain français et philosophe André Gide (1869-1951) © Hulton-Deutsch Collection/CORBIS

Les vacances d’été sont l’occasion de lectures. Chaque semaine France musique met en avant certains ouvrages littéraires qui évoquent l’univers musical, forme d’art plus que tout autre intraduisible. A ce titre, nous nous sommes demandé de quelle manière la musique classique prend parfois part au récit. Panorama non exhaustif de certains de ces objets littéraires qui utilisent les mots pour évoquer l’univers musical.

« En français, non, je voudrais écrire en musique » disait André Gide, amoureux de la musique. « Le plus musicien des écrivains français » accompagne inlassablement ses œuvres d’un univers musical prononcé. L’ouvrage présenté cette semaine, La Symphonie Pastorale (1919), traduit la filiation qui existe entre musique et éducation, notamment au travers d’un passage de la Symphonie Pastorale de Beethoven où le personnage principal – aveugle –fait la découverte du monde en associant chaque note à des couleurs.

La Symphonie pastorale – titre évocateur de la 6ème symphonie de Beethoven – est un récit rédigé sous la forme d’un journal intime tenu par un pasteur à la fin du XIXème siècle. Ayant recueilli Gertrude, une jeune fille orpheline et aveugle de naissance, ce dernier tente de lui faire découvrir le monde à travers le prisme du bien et de la culture.
Education, bonheur et quête du savoir sont les vertus que le pasteur prend garde d’enseigner à la jeune fille avec laquelle il tisse des liens affectifs.

Si l’ouvrage est avant tout une histoire d’amour et une critique religieuse, la musique classique n’en demeure pas moins un point d’orgue dans le récit. Pour parfaire son éducation, un soir, le pasteur accompagne Gertrude à une représentation de la Symphonie Pastorale. Expérience inoubliable pour la jeune fille qui, grâce à l’écoute de la musique accède à une paradoxale "vision" du monde en couleurs venant combler son handicap.

« Lerôle de chaque instrument dans la symphonie me permit de revenir sur ces questions des couleurs. Je fis remarquer à Gertrude les sonorités différentes des cuivres, des instruments à cordes (…) je l’invitais à se représenter de même, dans la nature, les colorations rouges et orangées analogues aux sonorités des cors et des trombones, les jaunes et verts à celles des violons, des violoncelles et des basses… »

Ce passage met en relief la difficulté que le pasteur éprouve à lui communiquer un simulacre de vision à travers l'expérience de la musique : comment le monde visuel diffère de celui des sons et « à quel point toute comparaison que l’on cherche à en tirer est boiteuse ». Pourtant lors de ce passage, Gertrude ressentira un véritable plaisir, une extase : un sens palliant un autre déficient, par le miracle de l'Art.

« [...] je n'ai point encore dit l'immense plaisir que Gertrude avait pris à ce concert de Neuchâtel (…) Longtemps après que nous eûmes quitté la salle de concert, Gertrude resta encore silencieuse et comme noyée dans l'extase. »

A noter que l’ouvrage d’André Gide a été adapté au cinéma en 1946 par Jean Delannoy. Grand prix du festival de Cannes, on y retrouve Michèle Morgan dans le rôle de Gertrude et Pierre Blanchar dans le personnage du pasteur.

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