La symphonie de Charlotte Sohy jouée pour la première fois, un siècle après sa composition

Les 2 Scènes à Besançon accueille jeudi 6 juin la création mondiale d’une symphonie composée par Charlotte Sohy en pleine Première Guerre mondiale. C’est la seule oeuvre de la compositrice française qui n’avait encore jamais été jouée.

La symphonie de Charlotte Sohy jouée pour la première fois, un siècle après sa composition
Debora Waldman et l'Orchestre Victor Hugo répètent la symphonie de Charlotte Sohy., © Radio France / A.deLaleu

Plus d’un siècle après sa composition, la symphonie de Charlotte Sohy, compositrice française oubliée, va enfin être jouée pour la première fois. C’est au théâtre des 2 Scènes, à Besançon, que le public assistera à la création mondiale de l’oeuvre, jeudi 6 juin, avec l’Orchestre Victor-Hugo Franche-Comté sous la direction de Debora Waldman

C’est en partie grâce à la cheffe d’orchestre que ce concert a lieu. En 2013, tandis qu’elle dirige au festival Présences Féminines, une autre oeuvre de Charlotte Sohy, le petit-fils de la compositrice, présent dans le public, va la rencontrer et lui annoncer qu’il a d’autres partitions de sa grand-mère en réserve. 

Depuis des dizaines d’années, François-Henri Labey, ancien chef d’orchestre et directeur de conservatoire, consacre la plupart de son temps à exhumer l’oeuvre de Charlotte Sohy et de son mari, Marcel Labey, lui aussi compositeur : « En 1974, mon père et ses six soeurs m’ont déclaré ayant-droit et j’ai eu accès à toutes les partitions de mes grands-parents. Je me suis aperçu qu’il y avait cette symphonie qui n’avait jamais été jouée ». Il attendra sa retraite pour l’éditer car dans sa famille on lui disait que ce n’était pas « intéressant ». 

François-Henri Labey et Debora Waldman penchés sur la partition de la symphonie...
François-Henri Labey et Debora Waldman penchés sur la partition de la symphonie..., © Radio France / A.deLaleu

J’ai été scotchée, je voulais la programmer. 

Pourtant, quand Debora Waldman entendra pour la première fois quelques notes enregistrées sur un fichier son de faible qualité, elle sera convaincue de l’intérêt de cette oeuvre : « J’ai été scotchée, je voulais la programmer. » Ce sera chose faite jeudi 6 juin avec l’aide et la volonté de l’Orchestre Victor Hugo qui en a profité pour concocter un programme 100% compositrices avec le concerto pour piano de Clara Schumann et l’Ouverture en ut de Fanny Mendelssohn

Comment attirer un public avec une programmation d’œuvres très peu, voire jamais jouées ? David Olivera, délégué général de l’ensemble, voit ce défi sur le long terme : « On a depuis plusieurs années cette volonté de faire découvrir au public des œuvres qu’il ne connaît pas. Et grâce à un travail fait depuis 2010, on a la chance maintenant de bénéficier de la confiance d’un public qui nous suit quelle que soit la programmation. »

Je ressens comme une petite révolution, un message...

Pour cet événement, l’orchestre compte aussi sur le côté exceptionnel de cette création mondiale de la Symphonie de guerre de Charlotte Sohy. Une manière de « faire l’histoire » selon Debora Waldman : « Je pense qu’à ma connaissance ce n’est jamais arrivé dans le monde de la musique que, 102 ans après, une oeuvre soit créée. Je ressens comme une petite révolution, un message, d’autant plus à notre époque où nous sommes enfin à l’écoute des femmes ».

Lors des répétitions, les musiciens de l’orchestre se sont montrés patients et attentifs aux indications à la fois de la cheffe d’orchestre mais aussi à celles du petit-fils qui, partition sur les genoux, veillait au grain sur les petites fautes qui pouvaient encore rester… « Ma grand-mère était un peu étourdie... On a travaillé des mois avec Debora, en s’envoyant de nombreux messages, pour corriger ou ajuster des éléments dans la partition ». 

Le concert sera capté et filmé et un projet de livre (Portrait croisé entre Charlotte Sohy et Debora Waldman par Pauline Sommelet), de documentaire (par Laurent Preyalen) et un concert parisien devrait voir le jour d’ici à 2020.