La musique en prison racontée en bande-dessinée

Dans une bande-dessinée sortie en septembre 2018, Romain Dutter, chargé des activités culturelles à la prison de Fresnes, raconte l’histoire des concerts en milieu carcéral.

La musique en prison racontée en bande-dessinée
Extrait de la bande-dessinée Symphonie carcérale de Romain Dutter et Julien Bouqé, © Julien Bouqé/Romain Dutter

La prison a longtemps été privée de musique. En France, par exemple, ce n’est seulement qu’à partir des années 90 que les initiatives d’organiser des concerts en milieu carcéral sont initiées et encouragées. C’est ce que raconte Romain Dutter dans une bande-dessinée sortie en septembre 2018 aux éditions Steinkis, dessinée par Julien Bouqé.

Coordinateur culturel du centre pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne), il partage en mots et en dessins son expérience et livre un témoignage des moments musicaux qu’il a instauré pendant 10 ans dans cette prison. « Je voulais parler de ce que la culture pouvait apporter en détention pour les personnes incarcérées mais aussi pour tous les intervenants », témoigne Romain Dutter, qui va quitter son poste à la prison en novembre. 

La culture a un vrai sens et ne doit pas être mise de côté au détriment d’aspects plus sécuritaires .

« Ce travail m’a permis de faire un bilan personnel, de voir ce qui a marché ou ce qu’il faut améliorer. C’est aussi l’objectif de cette BD envers les institutions et les gouvernances : réfléchir et faire réfléchir sur la pertinence de la musique en prison », poursuit l’auteur. « La culture a un vrai sens et elle ne doit pas être mise de côté au détriment d’aspects plus sécuritaires qui ne permettent malheureusement pas de résoudre les vrais problèmes du milieu carcéral dont le principal d'entre eux est l’oisiveté ». 

A travers ces planches de BD, on revient sur les concerts historiques : Johnny Cash aux Etats-Unis, qui a inspiré ensuite d’autres grands artistes, l’engagement de Barbara, très sensible à la cause carcérale, et tous ces groupes qui ont arpenté les couloirs de la prison de Fresnes grâce à l’élan de Romain Dutter. 

La musique classique en prison 

Parmi eux, des groupes de punk, de cumbia, de musique arabe, de chanson française ou de musique classique. Depuis quelques années, deux orchestres viennent régulièrement donner des concerts ou participer à des ateliers avec des détenus autour de la musique, des instruments : l’Orchestre national d'Île-de-France et le Paris Mozart Orchestra. Bleuenn Le Maître,musicienne dans ce dernier ensemble, se rend régulièrement dans la prison de Fresnes en tant qu’intervenante.

« C'est toujours un peu stressant la première fois. On était tous un peu tendu, on ne savait pas trop ce qui nous attendait et Fresnes est une prison assez impressionnante, un peu comme dans les films avec ses grandes portes, de grandes pièces et tous ces couloirs », témoigne la violoniste. Mais une fois en place, la pression diminue : « On le vit comme un concert normal, on vient pour faire de la musique avant tout. »

Ils nous disent que ça leur fait du bien et qu’ils garderont longtemps la musique en eux.

Pour ces représentations, les détenus se retrouvent dans une grande salle d’une centaine de places. « Le plus dur, c’est de croiser leurs regards. Au début, on n’ose pas les regarder dans les yeux, certains sont tellement émus… », raconte Bleuenn Le Maître. A l’issue du concert, musiciens et détenues échangent : « Souvent ils nous disent que ça leur fait du bien et qu’ils garderont longtemps la musique en eux », se souvient la musicienne. Un moment important comme le souligne Romain Dutter : « L’idée du concert, ce n'est pas juste donner une représentation et partir. C'est échanger, parler de musique, de la vie, du quotidien. »

Il se souvient d’un concert particulièrement marquant, dans un tout autre style de musique : le punk : « Quelque chose a pris entre les musiciens voués corps et âme à ce public, et le public qui a extrêmement bien réagi. A la fin du concert, je suis arrivé sur scène, les musiciens pleuraient tous et une bonne dizaine de détenus étaient très émus aussi. Il fallait que je passe le micro, que je traduise parfois, ce n'était pas évident quand je voyais l'émotion des musiciens et du public détenu. C'était l'expérience la plus forte que j'ai vécue. »

Ces instants de vie sont racontées dans la bande-dessinée, au milieu de témoignages de musiciens et de musiciennes et de détenus qui tous, savent qu’ils partagent un moment particulier entre les murs de la prison de Fresnes.