La musique classique est-elle morte ?

En publiant un article intitulé "Requiem. La musique classique en Amérique est morte", Slate a ouvert un débat encore très vif dans la presse anglophone.

La musique classique est-elle morte ?
Danse macabre, XVe siècle

Tout commence, non pas par une question, mais par une affirmation : « Requiem. Classical music in America is dead » (« Requiem. La musique classique en Amérique est morte ») titre Mark Vanhoenacker dans Slate le 21 janvier dernier.

En cause dans l’article : l’argent, la perte d’auditeurs pour les radios spécialisées, et, bien entendu, la diminution du nombre de spectateurs. L’article fait état d’une situation de plus en plus difficile aux Etats-Unis, suite notamment à la fermeture de l’Opéra de la ville de New-York et aux multiples problèmes des orchestres. Mais il soulève aussi d’autres questions, comme celle du vieillissement du public, qui exportent le débat hors de ses frontières.

Les réactions – qui ne tardent pas à fleurir – sont nourries de nouveaux arguments. Dans le New-Yorker, William Robin rappelle la longue tradition du débat, et propose même une chronologie de « ce qui tue la musique classique » depuis 1324 avant de conclure « Ce ne sont pas les sons de la mort que vous entendez le rythme cardiaque est toujours régulier ».

Du New-Yorker au Washington Post, en passant par le populaire Huffington Post (dans sa version britannique), on assiste à une grande vague de réponses pour nuancer les propos de Slate. Certains, comme Anne Midgette dans le Washington Post, attaquent son auteur et critiquent son écriture ainsi que la « cible facile » de son sujet. D’autres évoquent un constat manichéen, qui exclue la « bonne santé » de nombreuses autres phalanges.

Lorsque l’interrogation s’étend à la Grande-Bretagne, ce n’est que pour ponctuer une question demeurée vivace, et non pour susciter un débat national. On remarque néanmoins la réponse humoristique de Classic FM, qui propose 13 raisons qui montrent que « la musique classique n’est PAS morte ».

Mais force est de constater que ce débat sur le vieillissement des publics reste globalement absent en France (à part sous la plume de Jacques Drillon, dans le Nouvel Observateur, en 2008). Non faute d’arguments : dans ses Dépêches Notes sur France Musique, Clément Rochefort évoquait récemment le rapport européen sur l’accès à la culture, qui montre que 60% des 15-24 ans ont déserté opéras et ballets « par manque d’intérêt ». Un constat souligné aussi par Stéphane Dorin, sociologue et auteur d’une étude sur les publics des orchestres, relayé ainsi par Philippe Verrièle dans La Scène : « Le public vieillit avec la génération du baby-boom et, à la différence du théâtre, les concerts classiques ne voient pas progresser la fréquentation des 15-24 ans ».

Intéressante ou non, provocatrice, la question de la « mort » supposée de la musique classique a eu le mérite de fédérer les plumes anglophones**, et surtout d’apporter de nouveaux arguments, moins destinés au journaliste de Slate qu’à l’opinion publique** américaine dans son ensemble…

Face à l’ampleur de la polémique, un site Internet a été entièrement consacré à la clarification du problème. Assez logiquement, ce site se nomme « Is classical music dead ? » et apporte (enfin) une réponse claire et limpide.