La musique américaine : trois siècles d'histoire, une multitude de figures

La musique dite "savante" des Etats-Unis, la « art music », est à l’image de cette jeune nation : iconoclaste et audacieuse. Eclectique, elle a vu son identité plurielle se forger très progressivement, avant de s’imposer, à l’orée du XXe siècle, comme un vivier de personnalités revendiquant une originalité affranchie des influences européennes.

La musique américaine : trois siècles d'histoire, une multitude de figures
Edward Hopper, People in the sun (© 2011 Photo Smithsonian American Art Museum / Art resource )

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Les premiers pas

L’histoire documentée de la musique aux Etats-Unis commence avec l’arrivée des colons européens, à partir de 1620, date à laquelle le Mayflower accoste avec à son bord les Pères pélerins (les Pilgrim fathers) exilés d'Angleterre. Colons anglais (Massachusetts, Nouvelle Angleterre), français (Louisiane), allemands (Pennsylvanie, Caroline du Nord) et espagnols (Nouveau Mexique, Florida, Texas) : tous ont apporté dans leurs bagages leurs traditions musicales dans toute la variété de leurs sources d'origine. Vecteur de l’évangélisation des populations autochtones, dont les traditions musicales ont été étouffées, ou de la parole de dieu, la musique arrivée avec les colons était tout d'abord fonctionnelle, fondée sur les modèles importés du vieux continent.

Dans les années 1730, les prémices d'une vie musicale voient le jour : enseignants et facteurs d’instruments se forment sur les connaissances européennes. Dès 1700, les premiers orgues arrivent d’Allemagne à destination d'églises de Virginie et de Pennsylvanie. Les compagnies d’opéra itinérantes montent les spectacles,on organise les concerts autour des compositeurs de la vieille Europe. Après Boston, avec l’essor de Baltimore, Philadelphie et de New York, les centres névralgiques de la vie musicale se répandent sur le continent. Les musiciens européens cherchent fortune en Amérique et, une fois installés, organisent la vie musicale locale : écoles, saisons de concerts, orchestres, sociétés musicales: l’économie de la musique, à la différence du vieux continent, subit les mêmes lois que l’économie du marché. L'esprit pragmatique oblige, les premiers compositeurs manquent souvent d'éducation musicale formelle, sans pour autant manquer d'inspiration ! Les figures comme Louis Gottschalk et Stephen Forster notamment posent les fondations d'une école américaine, pour le moment sous l'influence dominante de la musique européenne.

Quelques dates

• 1731 le premier concert est organisé à Boston
• 1815 fondation de la Boston Haendel et Haydn Society
• 1833 fondation de la Boston Academy of Music
• 1842 fondation de la New York Philharmonic Symphony Society
• 1845 Leonora par William Henry Fry, premier opéra par un compositeur américain, créé à Philadelphie
• 1891 l'inauguration du Carnegie Hall de New York
• 1883 fondation de la Metropolitan Opera Company de New York

Dans les années 1870, les grandes universités américaines ouvrent les chaires consacrées à la composition : Harvard et Yale en tête offrent un soutien à la création musicale, un terrain d'expérimentation et de libre expression pour les compositeurs en devenir.

A la recherche d'une identité

La recherche d’une identité propre par les compositeurs américains devait naturellement passer par l’intérêt pour la musique autochtone, plurielle, elle aussi : les musiques indiennes, africaines, ou les chants des congrégations des premiers colons, le mouvement américaniste prend racine au milieu du XIXe siècle.
Antonin Dvorak, installé aux Etats-Unis de 1892 à 1895 et directeur du conservatoire de New York, attire l’attention de ses disciples sur la richesse des traditions des populations noires du Sud et s'en inspire lui-même dans sa Neuvième symphonie, dite du Nouveau Monde.

«Peu importe si l'inspiration vient des mélodies des Noirs ou des chants créoles ou indiens, ou des plaintes des Allemands ou Norvégiens nostalgiques, les germes de la musique américaine sont ensevelis sous les strates de toutes les communautés qui ont construit ce pays magnifique.»

Avec le nombre grandissant des compositeurs qui puisent dans les traditions populaires du continent américain (Amy Beach, Arthur Farwell MacDowell), l'idée d'une musique américaine hybride, combinant les éléments du vieux et du nouveau monde, est en route. George Gershwin proposera une synthèse parmi les plus originales, entre le Broadway et le jazz et le ragtime des années 1920, et le langage classique, ou Aaron Copland, dont les réferences à l'imagerie collective américaine nourrissent la volonté de rendre ses musiques accessibles à tout un chacun (common man). Plus tard, ce sera à la musique pop et rock de fournir la matière aux compositeurs tels que Steve Reich, Philip Glass, ou John Adams.

Dans la veine de Charles Ives, compositeur visionnaire et iconoclaste qui ouvre la voie à toutes les révolutions, Henry Cowel, John Cage, Milton Babbit, Ruth Crawford Seeger, Elliott Carter, George Crumb ou Morton Feldman se rattachent au mouvement ultramoderniste qui choisit de tordre le cou aux codes et aux traditions de la musique occidentale, jusqu'à la remise en question de la musique en elle-même.

Cage résume sa conception de la création ainsi :

«J'ai appris à l'école que l'art est une question de communication. Or, j'ai constaté que chaque compositeur compose différemment. Si l'art était synonime de la communication, nous utiliserions chacun un langage différent. Nous serions donc dans une sorte de Tour de Babel où personne ne comprendrait personne.»

Son postulat : laisser les sons être eux-mêmes, inspirera plus tard les minimalistes : La Monte Young, Terry Riley, Philip Glass, Steve Reich et John Adams.

Etats-Unis : une terre d'accueil

Dès le début du XXe siècle, le pays accueillit de nombreux musiciens fuyant l'Europe pour des raisons politiques. Serge Rachmaninov, Serge Prokofiev, Paul Hindemith, Erich-Wolfgang Korngold, Igor Stravinsky, Bela Bartok, Arnold Schoenberg, Bohuslav Martinu composent durant leur exil américain certaines de leurs oeuvres nourries de la vitalité du nouveau monde, apportant ainsi leur pierre à l'édifice de cette jeune tradition musicale.

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