La harpe, comment ça marche ? Avec Émilie Gastaud

Première harpe solo de l'Orchestre national de France, la harpiste Émilie Gastaud présente la harpe à travers son histoire et son répertoire. Elle explique le fonctionnement de son instrument. Démonstration en vidéo.

La harpe, comment ça marche ? Avec Émilie Gastaud
Émilie Gastaud, harpiste, © Radio France / Pôle vidéo, France Musique

Souvent, à la fin des concerts, le public s'approche de l'instrument. Cela les fascine de voir la harpe en vraie et de près ! Émilie Gastaud

France Musique : Pourquoi avoir choisi la harpe ?

Émilie Gastaud: Je viens d'une famille de musiciens et un jour, mon père a fait un concert avec une harpiste. La harpe est arrivée au beau milieu de notre salon et, du haut de mes cinq ans, j’ai découvert cet instrument majestueux. Pour une petite fille, c’était une rencontre magique, j’en suis tombée littéralement amoureuse.

France Musique : Comment c’est fait, une harpe ?

ÉG : Souvent, on ne se rend pas compte du gabarit de l'instrument : la harpe mesure en moyenne 1m90 et peut peser plus de 45kg. Elle est constituée d'une table de résonance, d'une colonne et d'une console en forme de cygne, de laquelle partent les cordes. Aux pieds de l'instrument, il y a sept pédales, qui permettent de jouer les altérations (les bécarres, les dièses et les bémols). Pour cela, elles actionnent un système de tringles qui passent dans la colonne, puis dans la console pour finalement modifier la longueur vibrante des cordes. Ces dernières sont en nylon ou en boyau, à l'exception des cordes graves qui sont en métal. Pour se repérer, les cordes de do sont rouges et les fa sont bleues ou noires.

Chaque corde correspond à une note et pour produire un son, rien de plus simple : il suffit de poser la pulpe du doigt sur une corde, de la tirer légèrement et de la relâcher. La corde vibre et cette vibration est transmise à la la table de résonance, qui l'amplifie. Bien sûr, cela se complexifie avec l'indépendance des deux mains et les différentes combinaisons de pédales.

Tout ce mécanisme très complexe réunit plus de 1,400 pièces et en tout, il y a deux tonnes de tension dans cet instrument !

France Musique : Produit-elle des sons... inattendus ?

ÉG : On peut taper sur la table de résonance et l'utiliser comme un instrument de percussion, donc on peut même jouer du jazz ! On peut aussi jouer très près de la table, ce qui donne un son semblable à celui d'une guitare. Ensuite, il y a le son emblématique de la harpe, le fameux glissando, qui donne cet effet "magique". Il y a aussi les harmoniques, très utilisés avec cet instrument, qui s'obtiennent en effleurant la corde avec la paume de la main, au moment de la pincer. Enfin, on peut citer le mode de jeu dit "xylophonique" qui, un peut comme les harmoniques, s'obtient en pinçant une corde d'une main et en l'étouffant de l'autre.

France Musique : Quelle a été sa place dans l’orchestre ?

ÉG : C'est un instrument très ancien, qui nous vient de l'arc musical. Si nous faisons un bond dans le temps, la harpe commence à intégrer l’orchestre avec L’Orfeo de Claudio Monteverdi. Ensuite, elle réapparaît avec Marie-Antoinette, car la Reine de France en joue et cela suscite de l'intérêt pour la harpe. Des facteurs d'instruments vont alors s'y intéresser de plus près et y apporter un certain nombre d'améliorations. Mais pour moi, le moment clé de l'histoire de la harpe, c’est lorsque qu'Hector Berlioz l'utilise dans sa Symphonie fantastique. Dans la partition, il place quatre harpes qui vont parfois jusqu'à guider l'orchestre ! C'est à partir de ce moment-là qu'on se rend compte des capacités de cet instrument et de ce qu’elle apporte dans un ensemble orchestral.

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France Musique : Y-a-t-il un cliché sur la harpe ?

ÉG : Il y a le cliché de la harpiste très grande, élancée, avec des cheveux qui touchent le sol et de préférence une blonde... ce qui est totalement faux. La harpe a du caractère, elle peut être puissante et on peut faire énormément de choses avec. Il y a d’ailleurs des hommes qui jouent de la harpe et qui en jouent très bien, ce n’est pas réservé qu’aux femmes !

France Musique : Avez vous une anecdote à nous raconter ?

ÉG : Oui, l’anecdote assez classique de la harpiste qui casse une corde, de préférence dans les pianissimos ou dans un moment de silence, pour que cela ait plus d’impact et pour qu’on puisse se faire remarquer toujours un petit peu plus. Malheureusement, c’est ce que le public retient à la fin du concert : “la harpiste a cassé sa corde, mon Dieu !”.

France Musique : Qu’est-ce qu’elle vous apporte au quotidien ?

ÉG : C’est à travers elle que je peux faire passer mes émotions, des messages, c’est à travers elle que je m’exprime, tout simplement. Elle fait partie de moi depuis que j’ai cinq ans et je pense qu’elle sera là jusqu’au bout de ma vie, à mes côtés pour m’accompagner.