La fascination de Beethoven pour Napoléon

L’empereur français et le compositeur allemand ont vécu à la même époque, mais ils ne se sont jamais rencontrés. Pourtant Napoléon a influencé l'œuvre de Beethoven. Explications en vidéo.

La fascination de Beethoven pour Napoléon
Napoléon et les idéaux révolutionnaires ont, un temps, influencé l'œuvre de Beethoven. , © Getty

Ludwig van Beethoven est né en 1770, il a donc 19 ans lorsque la Révolution française éclate. Les idées libertaires et révolutionnaires traversent les frontières et voyagent jusqu’à Bonn, la ville où il est étudiant. Le jeune homme se laisse séduire par l’idéal de la Révolution : la liberté pour tous, l’égalité des droits des citoyens, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

En 1792, Beethoven quitte Bonn pour s’installer à Vienne, où il part étudier auprès de Joseph Haydn. Les deux musiciens se sont rencontrés en 1790, et pour Beethoven l’occasion de travailler avec le célèbre compositeur, qui était un proche de Mozart, est un pas dans sa carrière. Durant cette période, il entend parler d’un certain Bonaparte. Le jeune général de brigade a presque son âge et il gagne peu à peu en popularité. Il s’illustre dans la campagne d’Italie en 1796, puis dans la campagne d’Egypte en 1798 jusqu’à devenir Premier Consul après le coup d’Etat du 18 brumaire en 1799.

Son nom circule jusqu’à Vienne, et Beethoven rêve de venir composer à Paris, la ville des idéaux de la Liberté, et la ville de Bonaparte. Le musicien tente donc de se faire remarquer, il dédie par exemple une Sonate pour violon et piano au violoniste Rodolphe Kreuzer, un musicien proche de Bonaparte. Mais ce n’est pas suffisant pour attiser l’intérêt de l’homme politique. Beethoven a alors une autre idée, il imagine une œuvre grandiose, imposante, à l’écriture complexe, qui va être beaucoup plus longue que la moyenne. Une grande symphonie : la Symphonie n°3, qu’il veut dédicacer à l’homme qu’il admire, Bonaparte. Avec des cuivres qui s’affrontent, des cors, une marche funèbre... Il retranscrit la vie d’un héros et le son de la Révolution.

La déception de Beethoven

Mais en 1804, alors qu’il termine son œuvre, ses espoirs sont brutalement renversés. Napoléon se fait sacrer empereur des Français… Bien loin des idéaux de la démocratie qui plaisent au compositeur. La légende veut qu’il raye avec rage le nom de Bonaparte du manuscrit, en trouant même le papier. Son élève, Ferdinand Ries, rapporte qu’il se serait écrié : « Ce n’est donc rien de plus qu’un homme ordinaire ! Maintenant, il va fouler au pied les droits humains, il n’obéira plus qu’à ses ambitions ». La symphonie prend alors le nom de SinfoniaEroica, en français, Symphonie Héroïque, avec en sous-titre « à la mémoire d’un grand homme ». Et la dédicace pour Bonaparte disparaît pour être remplacée par celle du prince Lobkowitz, un des mécènes de Beethoven.

Se sentant trahi, Beethoven développe des sentiments anti-français, anti-Bonaparte, surtout quand les troupes de l’Empereur et leurs canons marchent en Europe et jusqu’à Vienne en 1809. Beethoven a alors l’oreille fragile, il a commencé à devenir sourd quelques années plus tôt. Dans son Testament de Heiligenstadt, une lettre adressée à ses frères en 1802, il explique déjà son désespoir face à la perte de son audition. En 1809, il souffre donc des bruits des bombardements et cette situation l’empêche de continuer à composer sereinement. « Quelle vie épuisante et dévastatrice autour de moi ; rien que tambours, canons, misères humaines de tout genre ».

Alors quand Napoléon commence à subir de lourdes défaites, Beethoven compose, comme pour s’en réjouir. Il écrit une œuvre à la gloire du duc de Wellington, vainqueur des troupes napoléoniennes. Et il joue pour la partie adverse : l’aristocratie, les Princes, et même au Congrès de Vienne devant les têtes couronnées. Il est alors perçu comme un compositeur d’Etat.

Napoléon, quant à lui, est défait, il abdique en 1815, et il est exilé sur l’île de Sainte-Hélène. Il décède 6 ans plus tard à l’âge 51 ans. Et lorsque Beethoven apprend la nouvelle, il aura une phrase : « Il y a dix-sept ans que j’ai écrit la musique qui convient à ce triste évènement ».