La conquête du timbre : Dimitri Chostakovitch / Rudolf Barchaï

Bac musique 2010 : guide d'écoute Dimitri Chostakovitch - Rudolf Barchaï, *Symphonie de chambre op.110a*

La biographie sonore de Chostakovitch

L'oeuvre au programme :Dimitri CHOSTAKOVITCH- Rudolf BARCHAÏ Symphonie de chambre op.110a Version pour orchestre à cordes réalisée par Rudolf Barchaï d’après le Quatuor à cordes N°8 op.110 de Dimitri Chostakovitch

Comment aborder la thématique La conquête du timbre ? Eléments de réponse par Anne-Charlotte Rémond : GLOSSAIRETimbre : l’une des cinq qualités qui déterminent l’identification d’un son, les quatre autres étant la hauteur (ou la fréquence), la durée, l’intensité et la localisation spatiale. Transcription : adaptation d'une composition musicale originellement destinée à un effectif instrumental ou/et vocal, pour une autre formation. (Voir orchestration et réduction.) Orchestration : littéralement, l’art d’écrire pour l’orchestre en tenant compte des possibilités de chaque instrument, des effets de leurs sonorités opposées ou combinées, et de certaine loque musicale dans la façon d’associer les couleurs instrumentales, d’amener et de varier leurs interventions.
Dans le cas de l’intervention de Barchaï sur la partition de Chostakovitch, il s’agit de la réalisation de la version orchestrale d’une œuvre écrite pour un ensemble de chambre. Ecoutez par exemple l’orchestration par Ravel des Tableaux d’une exposition de Mussorgski, originellement écrites pour piano. Réduction : l’inverse de l’orchestration, l’adaptation d’une œuvre orchestrale pour un instrument soliste. Ecoutez les transcriptions pour piano des opéras par Liszt (Wagner : Isoldens Liebestod ) Citation : mention exacte d’un thème dans un nouveau contexte Allusion : transformation du thème ou du motif original tout en conservant certaines caractéristiques mélodiques, rythmiques ou harmoniques D.Es.C.H., les initiales de Dimiri Chostakovitch, correspondent à la cellule RéMibDoSi 1. Contexte de naissance de la Symphonie de chambre op. 110a Etudiant en composition de Dimitri Chostakovicth et proche de Prokofiev, Rudolf Barchaï fut défenseur ardent de la musique de ses contemporains. Il a interprété et dirigé les créations et nombreuses transcriptions de leurs œuvres et eut comme partenaires chambristes David Oïstrakh, Sviatoslav Richter, Emil Gilels, Leonid Kogan, Mstislav Rostropovich et Yehudi Menuhin. Âprès ses études de violon et alto au Conservatoire de Moscou, Barchaï participe à la fondation des Quatuors Borodin et Tchaïkovski. En 1955 Barchaï crée l'Orchestre de chambre de Moscou, et c'est pour cette formation qu'il réalise de nombreuses transcriptions des œuvres de Chostakovitch, dont la Symphonie de chambre op.110a reste l'exemple le plus connu. 2. Du quatuor à cordes à l'orchestre de chambre Le Quatuor à cordes N°8 de Chostakovitch, un de ses chefs-d'œuvre, fut écrit en 1960, en trois jours à peine. Il a très rapidement suscité plusieurs arrangements pour orchestre à cordes, et en espace de quelques années six arrangements ont vu le jour. Celui que le compositeur approuva et trouva le plus réussi, était l’arrangement par son ami, chef d’orchestre et violiste Rudolf Barchaï. Avec l’accord de Chostakovitch, cette version fut intitulée Symphonie de chambre et porte l’opus 110a. Plus tard Barchaï a orchestré deux autres quatuors de Chostakovitch, le 3e et le 10e, de nouveau pour un orchestre de chambre. Dans les trois exemples, l’intention de l’orchestrateur était de préserver les sonorités originelles de l’œuvre, en amplifiant quelque peu la masse sonore et en apportant quelques modifications mineures (rajout des contrebasses). La couleur générale de l’œuvre reste fidèle à l’idée initiale du compositeur. Pourquoi Barchaï s’est-il à ce point effacé devant l’empreinte de Chostakovitch dans son Quatuor N°8 ? L’explication peut être trouvée dans le caractère profondément intime, testamentaire, de cette œuvre, qui voit le jour dans un moment dramatique dans la vie du compositeur. 3. Une œuvre testamentaire En été 1960, juste avant d’écrire le Quatuor N°8, Chostakovitch accepta, après des années de refus, d’adhérer au Parti communiste. Depuis 1936 (interdiction de son opéra Lady Macbeth de Mzensk ), lorsqu’il fut publiquement taxé de formalisme bourgeois et condamné comme un artiste anti-populaire, Chostakovitch subissait un harcèlement plus ou moins subtil des autorités soviétiques, comme d’ailleurs tous les artistes soviétiques éminents. Après avoir tenu bon pendant des décennies de stalinisme, l’homme est finalement brisé et humilié. Sofia Gubaidulina, jeune compositrice à l’époque, se rappelle du choc que fut la nouvelle pour les amis et les collègues de Chostakovitch :

"Notre déception était immense... qu’est-ce donc qui l’avait poussé à agir ainsi ? Un homme capable d’endurer la famine et de tenir bon face aux turpitudes de la politique, est maintenant incapable de résister à la tentation de la carotte. Chostakovitch a mordu l’appât".

Le musicologue Isaac Glikman se souvient comment le 29 juin 1960 Chostakovitch l’appela pour lui demander de venir le voir, et ce qu’il ressentit en arrivant chez lui :

"J’ai été frappé par sa souffrance apparente, par son expression troublée, confuse. Il se laissa choir sur son lit et se mit à pleurer. Ils m’ont poursuivi, ils m’ont traqué... Je n’avais jamais vu Dimitri Dimitrievitch dans un tel état."

Ses proches se souviennent qu’il a sérieusement pensé au suicide. Peu de temps après Chostakovitch se rend à Dresde, où il devait travailler sur la musique du film Cinq jours, cinq nuits. De retour en Russie, il écrit à Gilkman :

"J’avais beau me casser la tête à écrire la musique du film, pour le moment je n’y suis pas arrivé. A sa place, j’ai écrit un quatuor idéologiquement condamnable, et dont personne n’a besoin. Je me suis dit que si je mourrais un jour, personne ne songerait à écrire une œuvre à ma mémoire. Aussi ai-je décidé de l’écrire moi-même. On pourrait mettre sur la couverture : Dédié à la mémoire de l’auteur de ce quatuor. Le thème principal du quatuor sont les notes D.Es.C.H., c'est-à-dire mes initiales. J’y ai utilisé les thèmes de mes différentes compositions et le chant révolutionnaire « Victime de la terrible prison ». Mes thèmes sont les suivants : ceux de la 1ère et de 5ème symphonies, du Trio, du Premier Concerto pour violoncelle, de Lady Macbeth. Je fais aussi allusion à Wagner (La Marche funèbre du Crépuscule des Dieux) et à Tchaïkovski ( le 2e thème du 1er mouvement de la 6e symphonie). Ah, oui, j’ai oublié aussi ma 10e Symphonie. Une sacrée salade. Le pseudotragique de ce quatuor est tel qu’en le composant j’ai versé autant de larmes qu’on perd d’urine après une demi-douzaine de bières."

. NOTES INTERDITES - Scènes de la vie musicale en Russie sovietique (extrait)

Réalisateur : Bruno Monsaingeon
Production : IDEALE AUDIENCE
Distributeur DVD: MEDICI ARTS INTERNATIONAL Le Quatuor N°8 est une sorte d’épitaphe avant l’heure. L’omniprésence du motif D.Es.C.H., qui revient 87 fois, renvoie sur l’inspiration très personnelle que comporte cette œuvre. Ce motif fut déjà utilisé par le composteur dans une autre œuvre autobiographique : sa 10e Symphonie écrite en 1953, au lendemain de la mort de Staline, symphonie qui est en quelque sorte la confrontation entre l’artiste et le tyran, où le Scherzo est, selon les dires du compositeur, le portrait musical de Staline. Le Quatuor N°8 porte la dédicace "À la mémoire des victimes du fascisme et de la guerre", dédicace qui fut maintenue sur la version de Barchai. Dans les années soixante, ce quatuor fut utilisé dans les fins de la propagande soviétique. Les commentaires officiels soulignaient que la composition de cette œuvre fut inspirée par la destruction de Dresde en février 1945 par les troupes anglo-américaines. La création eut lieu à Leningrad, par le Quatuor Beethoven. 4. Structure de l’œuvre : • éléments formels inhabituels : les trois des cinq mouvements sont marqués Largo • 1er mouvement : prélude contrapunctique commençant immédiatement avec le motif D.Es.C.H. • 2ème mouvement : forme de sonate • 3ème mouvement : Allegretto dans le style d’une valse avec comme principal motif le motif D.Es.C.H. en diminution • 4ème mouvement : récitatif déclamatoire qui reprend le chant patriotique Ecrasé par le poids du servage • 5ème mouvement : répond au prélude initial par une fugue basée sur le même thème et qui dans sa coda réexpose plusieurs passages du 1er mouvement 5. La place du quatuor à cordes dans l’œuvre de Chostakovitch Le genre de quatuor devient depuis les années 1940 pour Chostakovitch une forme d’expression privilégiée, parce que peu attractive à la propagande soviétique, un terrain où il pouvait donner libre cours à son inspiration. Il avait envisagé d’en écrire 24, correspondant au nombre des tonalités du système tempéré. Dans ses quatuors, Chostakovitch déverse toutes ses larmes et toute son amertume (ses quatuors sont le plus souvent dédiés à ses amis et ses proches). On peut distinguer trois périodes stylistiques dans les quatuors de Chostakovitch : • Quatuors 1 à 6 (1938-1956) : langage hétérogène, attachement à un certain classicisme formel • Quatuors 7 à 10 (1960-1964) : discours dramatique et urgent, écriture basée sur le contraste • Quatuors 11 à 15 (1966-1974) : discours épuré, hermétique, angoissé BIBLIOGRAPHIE • Solomon Volkov : Chostakovitch et Staline • Documentaire de Bruno Monsaingeon (DVD): Notes Interdites, Scènes de la vie musicale en Russie sovietique IDEALE AUDIENCE - distr.MEDICI ARTS INTERNATIONAL DISCOGRAPHIE : Version orchestre de chambre • Orchestre de chambre d’Europe, Barchaï • Orchestre Philharmonique de Vienne, Jansons Version pour le quatuor : • Quatuor Beethoven • Quatuor Borodin SUGGESTIONS D’ECOUTE • De la poésie populaire juive op. 79 • Tous les quatuors • Symphonies : 1, 5, 10, 14 • Opéra Lady Macbeth de Mzensk • Musiques de film : Odna, La Nouvelle Babylone, le Taon • Les suites de jazz BIBLIOGRAPHIE Dimitri Chostakovitch : Témoignages/Les mémoires de Chostakovitch, Albin Michel Liouba Bouscant : Les Quatuors à cordes de Chostakovitch, L’Harmattan 2003 Gustave Munoz : Dimitri Chostakovitch, Guide des quatuors à cordes, Lacour 1999 Bertrand Dermoncourt : Dimitri Chostakovitch, Actes Sud Classica 2006 Solomon Volkov : Chostakovitch et Staline, Editions du Rocher, 2004 Documentaire de Bruno Monsaingeon (DVD): Notes Interdites, Scènes de la vie musicale en Russie sovietique IDEALE AUDIENCE - distr.MEDICI ARTS INTERNATIONAL LIENSLes extraits sonores sur le portail Musique contemporaine

Association Internationale et Centre de Documentation Dimitri Chostakovitch

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