Qu'est-ce qu'un compositeur en 2017 ?

On l'imagine devant une table les yeux rivés sur une partition, mais le compositeur aujourd'hui n'est plus forcément le même qu'il y a 200, ou 50 ans. Son travail comme son rôle au sein de la création artistique et dans la société à changé. Comment ? Eléments de réponse au Conservatoire de Paris.

Qu'est-ce qu'un compositeur en 2017 ?
Le compositeur a évolué à travers les siècles mais la partition reste la même., © AFP / Leemage

Loin de nous l'idée d'établir un profil type. Il y a autant de définitions du compositeur qu'il y a de compositeurs. Le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSM) dispense une formation sur trois cycles pour qui veut devenir compositeur. Nous avons pu nous entretenir avec le compositeur Gérard Pesson qui donne des cours dans cette institution. Pour lui, « on ne leur apprend pas à composer », on guide les élèves. A l'instar de la session de cours qu'il vient de terminer avec Bastien David, étudiant en 2ème année qui est déjà l'auteur de nombreuses créations et dont le travail semble prometteur. Il est venu confronter sa création à l'avis et au conseil de Gérard Pesson.

À ÉCOUTER

La Matinale 16-17 - SEQUENCE REPORTAGE (27 jan 2017)_Conservatoire de Paris

Vous pouvez écouter plusieurs créations de Bastien David en ligne, publiées sur son Soundcloud.

Bruno Mantovani, directeur du CNSM et compositeur :

« On est dans la période de la musique où la diversité esthétique est la plus grande. Si on prend le début du XIXème et la fin du XVIIIème siècle par exemple, on peut très bien confondre Haydn, le premier Beethoven et le dernier Mozart, on pourrait dire que de loin ça se ressemble. Aujourd'hui, entre un répétitif américain, un compositeur de musique sérielle, quelqu'un qui fait de l'électroacoustique, quelqu'un qui est attaché à une tradition tonale ou quelqu'un qui fait du post-spectral par exemple, On a un éventail qui est extrêmement large. Un compositeur c'est d'abord quelqu'un qui fait des choix dans cette palette la plus large de l'histoire, et qui ensuite essaye de trouver sa propre personnalité là-dedans. Ce qui n'est pas évident : il y a beaucoup plus de compositeurs qu'avant et les œuvres voyagent. C'est donc quelqu'un qui, aujourd'hui, dans un paysage quasiment saturé de diversité, doit trouver sa propre personnalité. »

Peut-on véritablement former quelqu'un à être compositeur ?

« Une école doit former les élèves à être autonome et autodidacte. On essaye de donner aux élèves un maximum d'outils techniques, esthétiques, culturels... Mais après, c'est aux élèves de se trouver. C'est à lui de se situer, de faire un choix. Quand vous êtes à Sciences-Po, vous apprenez tous les courants politiques qui existent, mais ça ne détermine pas le fait que vous allez être de gauche ou de droite. C'est un peu pareil avec la musique son enseignement : on ne leur dit pas "tu vas être un compositeur de gauche ou un compositeur de droite", mais on leur donne tous les éléments pour que leur choix soit fait en connaissance de cause. »

« Le compositeur ne peut plus être complètement dans une tour d'ivoire, dégagé de toute responsabilité sociale. Une chose qu'on sent apparaître maintenant, c'est cette préoccupation de savoir à qui on s'adresse. Il ne s'agit pas de dire "je vais faire de la musique pour untel ou pour tel autre". Il ne faut pas se leurrer, un compositeur, c'est un homme ou une femme égoïste qui écrit pour lui ou pour elle. Mais, il s'agit de dire "cet objet que je vais créer va être reçu, alors voyons comment il peut être reçu". C'est une chose qui me paraît très importante aujourd'hui. »

Et la folie, l'excentricité dans tout ça ?

« Les musiciens en règle générale sont parmi les artistes les plus concrets qu'il soit. Depuis petit, ils apprennent leur discipline, le piano, le violon, avant de les mener à la composition. Donc, il peut arriver qu'il y ait des excentriques... On a tous en tête l'image du compositeur de musique contemporaine des Tontons Flingueurs par exemple. Ça existe ! Mais il n'y a pas uniquement ça. Quand vous êtes devant un orchestre de 80 personnes et que vous devez expliquer, très clairement, ce que vous attendez que l'orchestre fasse, vous avez intérêt à être un tout petit peu équilibré, clair dans votre tête.»

« S'il y a un point commun entre tous ces gens-là, c'est, qu'il soit homme ou femme, qu'il soit Chinois ou Colombien, qu'il soit riche ou pauvre, ils doivent être de talent. La seule discrimination, c'est celle du talent