L’Orchestre de Paris et le Festival d’Angoulême fusionnent musique et BD

Pour la première fois, le Festival international de la bande dessinée d'Angoulême invite l’Orchestre de Paris pour des concerts où le dessin se mêle à la musique. Des projets ambitieux et difficiles à monter, mais pour un résultat encourageant.

L’Orchestre de Paris et le Festival d’Angoulême fusionnent musique et BD
La grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris., © Maxppp / Charles Platiau

À la question : comment renouveler les formats et ouvrir à la musique classique ? L’Orchestre de Paris a répondu : grâce à la bande dessinée. Depuis plusieurs années déjà, l’orchestre, installé à la Cité de la Musique-Philharmonie de Paris, organise des concerts qui mêlent dessin et musique. Mais cette année, ils ont décidé d’aller encore plus loin en créant un partenariat inédit avec le Festival international de la bande dessinée d'Angoulême qui a lieu du 24 au 27 janvier 2019. 

Dans ce cadre-là, les deux institutions ont réussi à créer deux formats spécifiques, un concert avec orchestre donné le week-end du 19 et 20 janvier dans la grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris et la semaine précédente pour les scolaires, et un format de musique de chambre donné à la Philharmonie et à Angoulême pendant le festival. 

Nous voulions partir d'une page blanche et accepter que ce soient des processus longs.

« La solution de facilité aurait été de faire des projets un peu tout faits, classiques », témoigne Edouard Fouré Caul-Futy, délégué artistique de l’Orchestre de Paris. « Mais nous voulions partir d'une page blanche et accepter que ce soient des processus longs ». Le temps de préparation pour un concert avec dessinateur prend en effet de 4 à 5 mois. Pour le premier projet autour d’Hansel et Gretel, l’Orchestre de Paris est accompagné par un narrateur, le poète Grand Corps Malade, et un dessinateur : l’Italien Lorenzo Mattotti

Le noir et blanc pas pour les enfants ? 

« La seule difficulté c'est le minutage. Il faut parfois faire des dessins en 2 minutes parfois en 4 minutes… Il faut être très efficace et ne pas se perdre », confie l’illustrateur. Sur scène, il s’installe avec son encre de Chine et des dessins préparés en amont. Pendant le concert, il aura cinq illustrations à effectuer en direct, les autres dessins projetés sont déjà réalisés. Le résultat donne un univers mystérieux et poétique, une recette qui plaît aux enfants : « Par exemple j’utilise le noir et blanc car cela laisse beaucoup plus de liberté au public de projeter leur propre imagination sur mes dessins, surtout avec une histoire étrange comme celle d’Hansel et Gretel », poursuit Lorenzo Mattotti.

Pourtant au départ, cette collaboration n’était pas forcément des plus évidentes : « On a eu des réactions comme quoi ce ne serait peut-être pas pour les enfants, que le noir et blanc n’était pas assez ludique », témoigne Edouard Fouré Caul-Futy avant de continuer : « C’était justement intéressant de contourner ces arguments. Et on voit que les concerts en famille sont remplis or c’est un projet exigeant et ambitieux. » 

En travaillant avec des techniciens de si haut niveau, les ajustement sont très lourds, longs et parfois difficiles...

Ambitieux aussi du côté du festival qui n’a pas l’habitude de travailler avec l’univers de l’orchestre : « C'est très difficile, avoue Stéphane Beaujean, directeur artistique du festival.  En travaillant avec des techniciens de si haut niveau, les ajustement sont très lourds, longs et parfois difficiles... Ce sont des dispositifs que l'on ne soupçonne pas, mais ce sont deux rythmes physiquement différents. La musique classique a des mesures si précises que cela demande des ajustements vis à vis du dessin et pas tous les dessinateurs sont capables d'être à l'aise, d'oublier le public, de maîtriser leur corps, de maîtriser leur rythme de leur mouvement. » 

Des résultats encourageants

Mais le résultat est là, et les ambitions de prolonger ce genre de projets bien réelle : « Pour nous c'est une aubaine, et on souhaite développer ce partenariat dans les années à venir », témoigne Stéphane Beaujean. Même son de cloche du côté de l’Orchestre de Paris : «  La réflexion que l'on a mené ensemble doit se poursuivre. » C’est en effet tout un processus encore assez nouveau dans le monde musical même si allier le dessin et la musique tend à se développer dans les salles ces dernières années, cela reste des terrains à explorer. 

C'est même une mine d’or pour Edouard Fouré Caul-Futy qui voit dans le mariage entre la BD et la musique classique un « effet bulle » puissant : « Ces formats inventés de toute pièce libèrent une puissance poétique, un espace de liberté et un espace tout court » qui collent bien à l’acoustique de la grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris, selon le délégué artistique. « On a l’impression que l’orchestre s’adresse à soi, on est très proche de l’état dans lequel on se trouve en lisant une bande dessinée », continue celui qui fera partie du jury du Festival d’Angoulême. 

Le week-end du 19 et 20 janvier, les quatre dates pour le concert en famille Hansel et Gretel affichaient complet. Preuve du succès de ce croisement entre les arts. Et l’aventure se poursuit à Angoulême avec le projet Monstres d’Asie (jeudi 24, vendredi 25 et samedi 26 janvier 2019, à 14h au théâtre d’Angoulême), un format de musique de chambre avec quelques musiciens de l’Orchestre de Paris et le dessinateur coréen Kim Jung Gi. « On souhaitait faire une rencontre entre d’un côté l’univers des yōkai (divinités asiatiques) avec les illustrations de Kim Jun Gi et de l’autre un répertoire choisi par les musiciens de l’orchestre, tout en laissant une place à l’improvisation pour voir jusqu’où l'adaptabilité des musiciens sur scène peut aller dans un contexte comme celui-ci », détaille Edouard Fouré Caul-Futy.