L'Orchestre de Chambre de Toulouse vous propose le menu

L’Orchestre de Chambre de Toulouse a donné samedi une nouvelle version de son fameux « concert à la Criée » au Parc Floral à Paris. Avec cet ensemble, le spectateur est maître du programme : il lui suffit de crier le nom des œuvres qu’il souhaite entendre.

L'Orchestre de Chambre de Toulouse vous propose le menu
Avec l'Orchestre de Chambre de Toulouse, c'est le public qui détermine le programme, © Radio France / Charlotte Landru-Chandès

En avant pour un petit « parcours gustatif des nationalités » ! Au beau milieu d’un amphithéâtre de verdure sous un grand chapiteau blanc, l’Espace Delta, les douze musiciens de l’orchestre à cordes prennent place. Parmi les douze œuvres préparées pour le concert, seules dix seront jouées ce soir. Mais ils ignorent encore lesquelles… En effet pour une fois c’est le public qui va déterminer le programme.

Avant de s’installer, les spectateurs ont reçu un « menu » et parmi les morceaux à la carte, ils vont devoir sélectionner deux entrées, deux plats et deux fromages. Pour passer commande, il leur faudra crier l’œuvre de leur choix. « L’idée est de faire participer le public, explique Gilles Colliard, chef et premier violon solo de l’Orchestre de Chambre de Toulouse. Nous leur proposons une sorte de patchwork musical qui regroupe toutes les grandes époques de la musique. Avant chaque plat, j’introduis les différents concepteurs de recettes musicales, et ensuite je laisse le public s’exprimer ».

Gilles Colliard, violon solo et chef de l'Orchestre de Chambre de Toulouse
Gilles Colliard, violon solo et chef de l'Orchestre de Chambre de Toulouse, © Radio France / Charlotte Landru-Chandès

Les « Concerts à la Criée » ont été lancés en 2007 et depuis, l’expérience a été renouvelée environ tous les deux ans dans des lieux comme l’église Saint-Pierre des Cuisines à Toulouse ou la salle Gaveau à Paris. Pour Classique au Vert en revanche, c’est une grande première ! Le principe a séduit Marianne Gaussiat, directrice artistique du festival. « Je trouve cette forme de concert à la criée très originale, très moderne et très sincère dans le contenu. C’est un bon moyen pour dédramatiser le concert de musique classique, de le rendre accessible et festif ».

Du Bizet et du Mendelssohn en plats de résistance

Tout au long du concert, en animateur convaincant, Gilles Colliard joue avec le public, présente les œuvres avec humour et bonne humeur. Dans sa Suite baroque, Edvard Grieg reprend une « vieille recette », Felix Mendelssohn est un « cuisinier prodige », Georges Bizet concocte de bons petits « plats français »

À ÉCOUTER

Présentation gustative de l'Arlésienne de Bizet par Gilles Colliard

En guise « d’amuse-bouche », le chef propose une savoureuse transcription pour cordes du « Lion » extrait du Carnaval des Animaux de Camille Saint-Saëns. Musicien accompli, c’est en premier violon solo que Gilles Colliard entraîne son orchestre, et quand sa partition lui impose le silence, le violoniste redevient chef et bat la mesure avec son archet.

Vient alors l’heure du premier vote du public. Les spectateurs crient avec un tel enthousiasme qu’il est impossible de distinguer les noms des compositeurs. « Ce n’est pas toujours évident d’entendre l’œuvre qui ressort, explique Gilles Colliard. On saisit parfois une consonance mais je demande souvent au public une confirmation à main levée ».

Au moment du vote, le chef d'orchestre se transforme en animateur convaincant
Au moment du vote, le chef d'orchestre se transforme en animateur convaincant, © Radio France / Charlotte Landru-Chandès

Rangée par rangée, le maestro laisse les spectateurs s’exprimer. Verdict : en entrée ce seront donc l’Elegy d’Edward Elgar et la Bagatelle en mi mineur d'Antonin Dvorak.

Si le choix des entrées se fait sans trop de difficultés, celui du plat de résistance divise davantage. La Symphonie n°10 de Mendelssohn, l’Arlésienne de Bizet, la Simple Symphony de Benjamin Britten et la Suite Holberg de Grieg se disputent le podium. Et pour mettre le public d’accord, Gilles Colliard a la solution : « Si vous avez encore faim à la fin du repas, en guise d’armagnac, on peut vous offrir du Britten… ».

À ÉCOUTER

Le public de Classique au Vert crie le nom des oeuvres qu'il souhaite entendre pour le "plat de résistance"

La « surprise » du chef en dessert

La joie du public ne s’épuise pas. C’est un tonnerre d’applaudissements quand arrive l’heure du dessert et que la surprise du chef est révélée : les spectateurs vont finir leur repas en beauté avec le presto de « l’Été » des Quatre saisons d'Antonio Vivaldi. Gourmands, ils en redemandent. « Ce n’est pas très sage de trop manger… Ceci dit c’est votre digestion et non la mienne ! » Taquin, le chef élance son orchestre dans deux autres œuvres dont le Britten, laissé de côté un peu plus tôt.

Gilles Colliard entraîne ses musiciens dans l'Eté de Vivaldi, extrait des Quatre Saisons
Gilles Colliard entraîne ses musiciens dans l'Eté de Vivaldi, extrait des Quatre Saisons, © Radio France / Charlotte Landru-Chandès

A la fin du concert, l’Espace Delta est rempli, certains ont même été contraints de rester debout pour mieux voir. « Ce genre de concert attire nos mélomanes habituels, mais aussi des personnes qui n’auraient peut-être pas osé pousser la porte d’un autre concert de musique classique », constate Marianne Gaussiat.

« A la salle Gaveau, le public hurlait le nom des œuvres »

A chaque fois, la Criée est une réussite. Gilles Colliard se réjouit. « Nous ignorons toujours comment va réagir le public. Quand nous avons testé l’expérience à la salle Gaveau, avec un public plutôt habitué à des concerts traditionnels, nous avons été très surpris de voir les spectateurs hurler le nom des pièces qu’ils voulaient entendre, et quand je dis hurler, c’était vraiment le cas ! »

Musiciens de l'Orchestre de Chambre de Toulouse
Musiciens de l'Orchestre de Chambre de Toulouse, © Radio France / Charlotte Landru-Chandès

Cette fois encore, au parc Floral, c’est un succès. Et même les quelques enfants présents se sont pris au jeu. Au moment du plat, le nom de Bizet est sorti de leurs lèvres avec enthousiasme. Parmi les 1217 spectateurs présents, Eliane, une violoncelliste retraitée originaire de Monaco, venait au Festival Classique au Vert pour la première fois. « Ce beau programme européen nous a mis en appétit ! Tout le monde en a eu pour son goût, j’ai beaucoup apprécié ». Annie, elle, fréquente le festival depuis quatre ans et est un peu plus partagée : « C’est un excellent orchestre mais j’aurais préféré me contenter de lever le doigt. Quand j’assiste à un concert, mon oreille est préparée à entendre du silence entre les œuvres ».

Quoiqu’il en soit, l’Orchestre de Chambre de Toulouse ne compte pas s'arrêter là et proposera à nouveau son Concert à la Criée du 26 au 29 septembre à Tournefeuille et à Toulouse.