L'Opéra de Paris s'engage pour la diversité et contre les stéréotypes

Les annonces ont été faites lundi par l'institution tricentenaire, à l'occasion de la présentation d'un rapport sur la diversité, élaboré par l'historien Pap Ndiaye et la secrétaire générale du Défenseur des droits Constance Rivière.

L'Opéra de Paris s'engage pour la diversité et contre les stéréotypes
Onéguine chorégraphié par John Cranko, au Palais Garnier, © Maxppp / Laurent Paillier

Comment favoriser la diversité ?  L'Opéra de Paris a lancé, il y a quelques mois, une mission inédite sur la question raciale, au moment où des salariés appelaient à abolir certaines pratiques au sein de l'institution tricentenaire. Ce lundi, Constance Rivière, la secrétaire générale de la Défenseure des droits, et Pap Ndiaye, historien, ont rendu un rapport sur la question. Quelles sont donc les pistes évoquées ? 

La diversité à l'Opéra commence dès le recrutement, c'est le premier volet du rapport. Pour cela, il faudrait réformer le concours d'entrée à l'école de danse de l'Opéra de Paris, car les profils ne sont pas assez variés. Le rapport préconise ainsi de revoir la composition des jurys, pour qu'ils soient plus paritaires. 

« C'est à l'école d'aller chercher les élèves »

Il est également nécessaire de se projeter, d'aller recruter des jeunes danseurs partout, comme le suggère Constance Rivière : « Il nous semble que c'est à l'école d'aller chercher, et pas seulement d'attendre que les personnes arrivent, estime-t-elle, de faire ce que font, pour des raisons différentes, des clubs de sports qui vont essayer d'identifier partout des jeunes sportifs de talent. L'école de danse pourrait recruter partout en France, évidemment aussi dans les territoires d'Outre-mer. »

« Par ailleurs, les danseurs de l'Opéra pourraient continuer à se projeter dans les écoles pour faire connaître les métiers de la danse, et de la danse classique en particulier, qui sont aujourd'hui très fermés », ajoute la secrétaire générale de la Défenseure des droits.

En finir avec le "blackface" et le "yellow face"

Puis vient la question, souvent polémique, des représentations. Le rapport préconise dans ce sens de valoriser des créateurs méconnus. Ils donnent l'exemple du Chevalier de Saint-Georges, un compositeur du 18ème siècle, né en Guadeloupe, figure de l'émancipation des esclaves. Finie, aussi, la pratique du blackface et du yellow face, dénoncée par l'historien Pap NDiaye : « Il faut que l'Opéra de Paris se débarrasse de cette pratique qui n'apporte rien, qui peut être remplacée par des choses beaucoup plus intéressantes, y compris artistiquement. À l'Opéra de Paris, on ne grimera plus des artistes en personnes noires, en personnes asiatiques ou en personnes non blanches. » 

Pap Ndiaye a rappelé l'importance d'un "modèle" pour des enfants issus de la diversité qui seraient intéressés par la danse, la musique ou le chant. Il évoque le cas de Misty Copeland, première Afro-américaine à être nommée « principal dancer » à l'American Ballet Theater en 2015 et qui selon lui a inspiré des enfants afro-américains.

Des changements qui passent aussi par une contextualisation des œuvres problématiques, en donnant par exemple des conférences, en parallèle des représentations, ou en montant des expositions. Un « comité consultatif scientifique composé des artistes de la maison et de personnalités extérieures » sera également créé dans les prochains mois pour être « sollicité sur des problématiques de diversité », de même qu'un dispositif de signalement de cas de racisme ou de discrimination.

Un vaste plan de lutte contre le racisme

Enfin, il est nécessaire d'agir à plus grande échelle, pointe le rapport. Cela passe par la création d'un plan de lutte contre le racisme et les discriminations à l'Opéra. Par la nomination, aussi, d'un responsable diversité et inclusion. Constance Rivière et Pap NDiaye proposent également au ministère de la Culture la mise en place d'un baromètre, qui servirait à mesurer la diversité dans le spectacle vivant.  

Alexander Neef, le directeur de l'Opéra, dit les avoir entendu. Il s'engage déjà, notamment, à arrêter la pratique des maquillages stéréotypés. Et ce n'est que le début d'une réflexion bien plus vaste, dit-il : « Dès mon arrivée à Paris, alors que j'étais déjà sensibilisé à ces questions grâce à mon expérience au Canada, j'ai souhaité faire évoluer l'institution sur la question de la diversité. Aujourd'hui, ce n'est pas quelque chose qui se termine, mais quelque chose qui commence. » 

Le directeur promet d'ores et déjà plus de diversité sur scène, dès la saison prochaine. Alexander Neef a aussi annoncé la future nomination d'un « référent diversité », comme l'a fait récemment le Metropolitan Opera de New York.