« L'Eglise comme lieu de concert » de Fanny Gribensky - Sélection du Prix France Musique des Muses 2020

Sélectionné pour le Prix France Musique des Muses 2020, « L'Eglise comme lieu de concert » de Fanny Gribensky est publié chez Actes Sud. Présentation :

« L'Eglise comme lieu de concert » de Fanny Gribensky - Sélection du Prix France Musique des Muses 2020
" L'Eglise comme lieu de concert " de Fanny Gribenski (Actes Sud/PalazzettoBru Zane) - Sélection du Prix France Musique des Muses 2020, © pôle vidéo - France Musique

Toutes les infos sur le prixici

L'auteur :

Fanny Gribenski est musicologue, chargée de recherche au CNRS (à l’IRCAM) et membre du groupe de recherche « Epistemes of modern acoustics » de l’Institut Max Planck d’histoire des sciences de Berlin. Après des études d’histoire et de musicologie à l’ENS de Lyon et au CNSMDP, elle a fait sa thèse de doctorat à l’EHESS. 

Le livre :

L'ouvrage retrace la riche histoire musicale des églises parisiennes au XIXe siècle. Dans de nombreuses paroisses, les temps forts du calendrier religieux du temps sont l'occasion d'une "musicalisation" exceptionnelle qui attirent un public formé en grande partie d'amateurs de musique. Annoncées et parfois longuement commentées dans la presse, ces cérémonies mobilisent des chanteurs et des instrumentistes extérieurs aux paroisses et proposent des ouvrages de grande ampleur, brouillant la frontière entre liturgie et concert. L'ouvrage s'organise autour de cinq études de cas, qui mettent en lumière la grande diversité des pratiques musicales accueillies par les paroisses et la plasticité des églises comme lieux de musique – tour à tour temples nationaux, salons d’exposition pour les facteurs d’orgue, tremplins pour les jeunes chanteuses, ou encore musées sonores de musique sacrée.

  • Quelle est la place de cet ouvrage dans votre carrière ?

L’Église comme lieu de concert est l’aboutissement de plusieurs années de recherche à la croisée de la musicologie et de l’histoire culturelle. Au moment où je faisais mes études, l’histoire du concert avait fait l’objet de travaux porteurs d'échanges disciplinaires très stimulants à l’EHESS et je souhaitais m'inscrire dans le sillage de ces recherches. Je me suis tournée vers les églises parce qu'elles étaient des terra incognita, alors même qu’elles offraient des objets tout particulièrement propices à la multiplication des points de vue sur la musique, de l’histoire de l’art et de l’architecture à la sociologie de l’espace, en passant par l’histoire de l’interprétation et l’histoire politique, culturelle, et religieuse. 

  • Qu’avez-vous chercher à montrer avec cet ouvrage ?

Mon livre cherche à montrer l’importance centrale des églises parisiennes dans la vie musicale européenne au XIXe siècle. Quand j’ai commencé mes recherches, alors que l’on commençait à connaître assez bien l’histoire des lieux de concert et des institutions lyriques parisiennes, les musicologues et les historiens de la musique avaient eu tendance à rester à distance des églises. Celles-ci souffraient d’un double préjugé : d’une part, les répertoires religieux français du temps étaient réputés peu intéressants, voire "impurs" (car censément trop séculiers), d’autre part, les églises du XIXe siècle apparaissaient comme des lieux d’un autre âge, à l’heure du développement du concert et d’autres formes musicales émancipées du cadre politique ou clérical où l'on avait pratiqué la musique jusqu'alors. Il suffit pourtant d’ouvrir le principal quotidien du temps, où l'on trouve d'innombrables comptes rendus d'exécutions musicales à l'église, ou encore de songer à la création du Te Deum de Berlioz à Saint-Eustache en 1855 et à l’inauguration de l'orgue Cavaillé-Coll de Notre-Dame en 1868 pour se convaincre de l'importance centrale des églises pour l'histoire musicale, mais aussi politique et culturelle du XIXe siècle.

  • Quels sont vos prochains projets ?

Je travaille actuellement à l’écriture de mon deuxième livre, Tuning the World, consacré à l’histoire de la standardisation du diapason en Europe et aux États-Unis aux XIXe et XXe siècle. Si ce projet peut sembler éloigné de L’Église comme lieu de concert, il est en réalité issue de mes recherches pour ce livre.Jusqu’au XIXe siècle, l’accord des instruments de musique n’est régi par aucune régulation et le diapason varie d’un lieu de musique à l’autre. À Paris, à partir des années 1830, l’intensité des circulations de musiciens venus d’autres scènes à l’églises amène les commanditaires et les facteurs à reconsidérer l’accord de l’orgue et à mettre les églises au diapason des autres lieux de concert. Mon nouveau projet témoigne de la richesse des questionnements soulevés par l’histoires des pratiques musicales à l’église, qui nous font passer de la liturgie à la technologie, au politique ou encore à l’économie.