Kevin Amiel, révélation des Victoires de la musique classique 2020

Le ténor Kevin Amiel est nommé dans la catégorie “Artiste lyrique” des Victoires de la musique classique 2020. Rencontre et portrait en cinq questions.

Kevin Amiel, révélation des Victoires de la musique classique 2020
Le ténor Kévin Amiel fait parti des nommés aux Révélations des Victoires de la Musique Classique 2020, © GUYON Nathalie

Le ténor Kevin Amiel a été nommé Révélation pour les Victoires de la musique classique édition 2020 dans la catégorie "Artiste lyrique". Le ténor de 30 ans savoure chaque instant de sa carrière fulgurante. Nous l'avons rencontré lors de ses répétitions à la salle Gaveau à Paris, juste avant le Concert des Révélations du mercredi 16 janvier.

France Musique : Pourquoi  avoir choisi le chant ?

Je suis venu au chant grâce à un pari avec des amis au collège. Je n'étais absolument pas bercé dans la musique classique. J'avais 16 ans, Florent Pagny sortait un album Baryton qui a été très critiqué puisque effectivement, en général, on ne chante pas du lyrique quand on est un chanteur de variété. Mais moi, mes parents m'ont éduqué dans la variété française et internationale. Donc, le pari était de chanter un air de cet album là. Ce que j'ai fait devant tout le collège. Et puis, apparemment, je chantais pas mal. Et ma professeur de maths s'est dit : Ah, il y a ici peut être quelque chose à faire. 

Ça a été la première à réagir, et ensuite mon professeur de musique m'a trouvé mon premier professeur de chant. Ce dernier m'a fait chanter trois notes de la Bohème (que je vais chanter ce soir) et puis m'a demandé : Quand est ce que tu commences ? J'ai répondu qu'on n'avait pas d'argent pour payer les cours. C'est pas grave, tu viens à la maison, ça sera gratuit pour toi, m'a-t-il dit. Du coup, c'est par un pari que tout a commencé.

Vous auriez pu faire autre chose? 

Je viens des arts martiaux, j'en fais depuis que j'ai 12 ou 13 ans, je crois. C'était ma première vocation. J'ai passé un diplôme pour enseigner. J'ai été l'assistant d'un professeur avant de venir à Paris, il y a huit ans. Je partais en Chine m'entraîner pendant trois mois dans les écoles, à dormir sur du bois, à l'ancienne. Et à la base, je voulais monter une école d'arts martiaux et faire des échanges avec les élèves chinois et les élèves français. Je n'ai pas vraiment abandonné l'idée, mais c'est par la suite que le chant est arrivé. Par contre, j'ai gardé des arts martiaux cette capacité à regarder les autres pour me caler à leur rythme, pour me synchroniser, ce dont je me sers sur scène. 

Si vous aviez la possibilité de rencontrer ou de jouer avec un musicien célèbre, mort ou vivant, ce serait qui? 

Il y a peut être deux personnes. La première serait Luciano Pavarotti, tout simplement parce que c'est le premier ténor qu'on m'a fait écouter en me disant : Tu ne sais pas ce que c'est, un chanteur lyrique ? Ecoute ça, voilà, ça, c'est un ténor. Du coup, j'en suis tombé complètement amoureux. La chance que j'avais, c'est que mon premier professeur avait déjà pris des cours avec Arrigo Pola, qui était le professeur de Pavarotti, justement. Donc, je crois que c'est la première personne que je voudrais rencontrer. Et ce serait plutôt pour qu'il m'écoute et qu'il me donne des conseils. Ne serait-ce que côtoyer le personnage parce que c'était un personnage haut en couleur, tout simplement. 

Et puis la deuxième personne, ce serait Jules Massenet. Quand j'écoute sa musique, j'ai même pas de mots. Ne serait ce que Werther, c'est l'un des plus beaux rôles. Le jour où je l'entamerais, je serais très heureux. 

Comment travaillez-vous votre instrument ? 

Je suis très instinctif. Je ne suis pas un musicien pur et dur. Je ne suis pas un très grand lecteur de partitions. Je lis la musique, mais je ne suis pas passé par la vraie case d'apprentissage de la musique comme tout le monde. Ça allait très, très vite. J'ai travaillé trois ans la technique pure avec mon premier professeur. Et après, à 21 ans, je suis rentré directement à l'Atelier lyrique de l'Opéra de Paris. J'ai fait l'école de musique qui était à côté de mon lycée et je continuais mes études en même temps, et j'ai fait deux ans de conservatoire de Toulouse. Mon apprentissage s'est fait sur le tas et en regardant les partitions. Donc, c'est beaucoup d'instinct. De par les arts martiaux, j'ai beaucoup appris à écouter les autres, à m'écouter. 

Vous avez un rêve en tant que musicien ?

Non, je vis plutôt au jour le jour, c'est ma personnalité.  Mais on est obligé de se projeter dans la voix. Ne serait ce que pour de temps en temps sortir un peu de son répertoire et y revenir pour savoir jusqu'où on peut aller. C'est la seule projection que je puisse faire, sinon j'apprécie chaque jour le rêve que je vis en ce moment. 

Vidéos de Kévin Amiel

Giacomo Puccini, La Bohème "Che gelida manina" 

Francesco Cilea, L’Arlesiana "E’ la solita storia del pastore" 

Jacques Offenbach, La Belle Hélène - "Au mont Ida" 

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